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Le Pape François rappelle la souffrance des Chrétiens d’Orient

Monseigneur Gollnisch reçu par le pape François
Monseigneur Gollnisch reçu par le pape François
Le Pape François a souligné la souffrance des "Églises martyres d'Orient", portant les "stigmates du Christ" à cause des guerres

Le pape François a réuni ce matin au Vatican l’ensemble des organismes d’Eglises œuvrant pour les Eglises orientales qui composent la ROACO, Réunion des Œuvres d’Aide aux Églises Orientales.

Le pape François a abordé les souffrances des communautés chrétiennes en Terre Sainte, en Ukraine, en Syrie, au Haut Karabagh et au-delà, et a réaffirmé l’importance de leur soutien continu.

Ce message, résonnant comme un appel à la paix et à l’unité, est un moment clé pour toutes les agences et œuvres impliquées dans l’aide aux Églises orientales.

Intégralité du discours du Pape François ci-dessous.

« Chers amis !

Je vous souhaite la bienvenue, heureux de vous rencontrer au terme de votre session plénière. Je salue le Cardinal Gugerotti, les autres Supérieurs du Dicastère, les Officiels et les membres des Agences qui composent votre assemblée.

Je vous regarde et, avec le regard du cœur, je pense aux Églises orientales. Ce sont des Églises qu’il faut aimer : elles conservent des traditions spirituelles et sapientielles uniques, et elles ont tant à nous dire sur la vie chrétienne, la synodalité et la liturgie ; pensez aux premiers Pères, aux Conciles, au monachisme : des trésors inestimables pour l’Église. Parmi les Églises orientales, il y a celles qui sont en pleine communion avec le successeur de l’apôtre Pierre. Elles enrichissent la communion catholique de la grandeur de leur histoire et de la beauté de leur spécificité.

Mais cette beauté est blessée. De nombreuses Églises orientales sont écrasées par une lourde croix et sont devenues des « Églises martyres » : elles portent en elles les stigmates du Christ. Oui, comme la chair du Seigneur a été transpercée par les clous et la lance, tant de communautés orientales sont blessées et saignent à cause des conflits et des violences qu’elles subissent. Pensons à quelques-uns des lieux où elles se trouvent : la Terre Sainte et l’Ukraine ; la Syrie, le Liban, tout le Moyen-Orient ; le Caucase et le Tigré : là même, où vit une grande partie des catholiques orientaux, la barbarie de la guerre fait rage de manière odieuse.

Nous ne pouvons rester indifférents.

L’Apôtre Paul a mis sur papier la recommandation qu’il avait reçue des autres Apôtres de ne pas oublier les plus nécessiteux parmi les chrétiens (cf. Ga 2, 10) ; et lui-même a exhorté à la solidarité avec eux (cf. 2 Co 8-9). C’est la Parole inspirée de Dieu, et vous, la ROACO, vous êtes les mains qui donnent chair à cette Parole : des mains qui apportent de l’aide, qui soulagent ceux qui souffrent.

C’est pour cela que vous vous réunissez : non pas pour des discours et des théories, non pas pour développer des analyses géopolitiques, mais pour trouver les meilleurs moyens de s’unir et d’alléger la souffrance de nos frères et sœurs orientaux.

Je vous prie, je vous le demande de tout cœur, de continuer à soutenir les Églises catholiques orientales, en les aidant, en ces temps dramatiques, à être fermement enracinées dans l’Évangile. Avec votre soutien, qu’elles contribuent à compenser ce que le pouvoir civil devrait apporter aux plus faibles et aux plus misérables, mais qu’il ne peut pas, ne sait pas ou ne veut pas apporter. Soyez stimulants pour que le clergé et les religieux tendent toujours l’oreille devant le cri de leurs peuples, admirables de foi, pour qu’ils placent l’Évangile avant les dissensions ou les intérêts personnels, pour qu’ils s’unissent afin de promouvoir le bien, parce que tous dans l’Église sont au Christ et que le Christ est à Dieu (cf. 1 Co 3, 23).

Chers représentants des Agences, merci pour ce que vous faites : vous êtes des évangélisateurs, des participants à la mission de l’Église, des porteurs de l’amour de Jésus. Combien de personnes ont reçu, au fil des ans, le fruit de votre générosité ! Vous êtes des semeurs d’espérance, des témoins appelés, à la manière de l’Évangile, à travailler avec douceur et sans clameur. Presque tout ce que vous faites ne se remarque pas aux yeux du monde, mais plaît à ceux de Dieu. Merci parce que vous répondez à ceux qui détruisent en reconstruisant ; à ceux qui privent de dignité en redonnant l’espérance ; aux larmes des enfants par le sourire de ceux qui aiment ; à la logique maligne du pouvoir par la logique chrétienne du service. Les graines que vous plantez dans les sols pollués par la haine et la guerre germeront. Et elles seront la prophétie d’un monde différent, qui ne croit pas à la loi du plus fort, mais à la force d’une paix désarmée.

Je sais que ces derniers jours vous vous êtes attardés sur la situation dramatique de la Terre Sainte : là où tout a commencé, là où les Apôtres ont reçu le mandat d’aller dans le monde pour annoncer l’Évangile, aujourd’hui les fidèles du monde entier sont appelés à faire sentir leur proximité ; et à encourager les chrétiens, là et dans tout le Moyen-Orient, à être plus forts que la tentation d’abandonner leurs terres, déchirées par les conflits. Que de douleurs causées par la guerre, encore plus stridentes et absurdes là où l’Évangile de la paix a été promulgué ! À ceux qui alimentent la spirale des conflits et en tirent profit, je répète : arrêtez ! Arrêtez, car la violence n’apportera jamais la paix. Il est urgent de cesser le feu, de se rencontrer et de dialoguer pour permettre aux différents peuples de coexister, seule voie possible pour un avenir stable. Avec la guerre, au contraire, aventure insensée et sans issue, personne ne sera gagnant : tout le monde sera vaincu. Écoutons ceux qui en subissent les conséquences, comme les victimes et les nécessiteux, mais écoutons aussi les cris des jeunes, des gens ordinaires et des peuples, qui sont fatigués des discours belliqueux, des refrains stériles qui accusent toujours les autres, divisant le monde en bons et en méchants, des dirigeants qui peinent à se mettre autour d’une table pour trouver des médiations et promouvoir des solutions.

Je pense aussi au drame tragique de l’Ukraine tourmentée, pour laquelle je prie et ne me lasse pas d’inviter à prier : que des lueurs de paix s’ouvrent pour cette chère population, que les prisonniers de guerre soient libérés et les enfants rapatriés. Promouvoir la paix et libérer les prisonniers sont des caractéristiques de la foi chrétienne (cf. Mt 5, 9 ; Lc 4, 18), qui ne peut être réduite à un instrument de pouvoir.

Ces jours-ci, vous vous êtes également intéressés à la situation humanitaire des personnes déplacées dans la région du Karabakh : merci pour tout ce qui a été fait et sera fait pour aider ceux qui souffrent. Je voudrais remercier Son Excellence Gevork Saroyan, de l’Église apostolique arménienne, pour sa présence au cours de ces journées ; en rentrant chez vous, veuillez transmettre mes salutations fraternelles à Sa Sainteté Karékine II et au cher peuple d’Arménie.

Aujourd’hui, de nombreux chrétiens d’Orient, peut-être comme jamais auparavant, fuient les conflits ou émigrent à la recherche de travail et de meilleures conditions de vie : un grand nombre d’entre eux vivent donc en diaspora. Je sais que vous avez réfléchi à la pastorale des Orientaux vivant en dehors de leur territoire. Il s’agit d’une question actuelle et importante : certaines Églises, en raison des migrations massives de ces dernières décennies, ont la plupart de leurs fidèles qui vivent en dehors de leur territoire traditionnel, où l’assistance pastorale est souvent médiocre en raison du manque de prêtres, d’installations et de connaissances adéquates. Ainsi, ceux qui ont déjà dû quitter leur patrie courent le risque de se retrouver également privés de leur identité religieuse ; et au fil des générations, le patrimoine spirituel de l’Orient, richesse incontournable pour l’ensemble de l’Église catholique, se perd. Je suis reconnaissant aux diocèses latins qui accueillent les fidèles orientaux et je les invite à prendre soin d’eux, afin que ces frères et sœurs puissent maintenir leurs rites vivants et en bonne santé. Et j’encourage le Dicastère à travailler sur ce point, également en définissant des principes et des normes qui aideront les pasteurs latins à soutenir les catholiques orientaux de la diaspora. Je vous remercie pour ce que vous pourrez faire.

Et merci pour votre présence et pour votre aide !

Je vous bénis de tout cœur et vous demande de prier pour moi. »

Pape François Vatican, le 27 juin 2024″.

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