L’Église catholique en Allemagne semble une nouvelle fois décidée à suivre sa propre voie. Le mercredi 22 juillet 2026, lors de la fête liturgique de sainte Marie-Madeleine, Mgr Wolfgang Bischof, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Munich et Freising, a prononcé une « homélie dialoguée » avec Theresia Reischl, présidente de la Commission des femmes de l’archidiocèse, au cours de la messe célébrée dans l’église Saint-Michel de Munich.
Les deux intervenants se sont partagé la prédication devant les fidèles. Une initiative qui ressemble précisément à la pratique que le Saint-Siège venait de refuser d’autoriser quelques semaines auparavant. Le contexte est particulièrement significatif. Le 17 juin 2026, le Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des sacrements avait répondu à une demande officielle de la Conférence épiscopale allemande. Les évêques souhaitaient obtenir une dérogation afin que, dans certaines circonstances, des fidèles laïcs puissent prononcer l’homélie au cours de la messe.
Dans une lettre rendue publique le 23 juin, Rome a opposé un refus sans équivoque. Le dicastère rappelle que « l’homélie est réservée au prêtre ou au diacre » et que cette disposition ne relève pas d’une simple règle disciplinaire susceptible d’être adaptée localement. Elle découle de la nature même de la liturgie et de la mission d’enseigner (munus docendi) confiée, par le sacrement de l’Ordre, aux ministres ordonnés. Le Vatican précise que les fidèles laïcs peuvent naturellement annoncer l’Évangile, témoigner de leur foi ou intervenir dans de nombreux cadres pastoraux. En revanche, l’homélie prononcée au cours de la célébration eucharistique appartient au ministère propre du prêtre ou du diacre.
Dans ces conditions, l’initiative prise à Munich apparaît comme un défi direct au rappel formulé par le Saint-Siège. Le fait qu’elle soit intervenue moins d’un mois après la publication de cette décision ne peut qu’alimenter les interrogations sur la volonté de certains responsables ecclésiastiques allemands de se conformer aux orientations de Rome.
Cet épisode s’inscrit dans une série de tensions qui opposent depuis plusieurs années une partie de l’épiscopat allemand au Saint-Siège. Le « chemin synodal », lancé en 2019, a notamment proposé la bénédiction des couples de même sexe, une place accrue des laïcs dans le gouvernement de l’Église, une réflexion sur l’accès des femmes aux ministères ordonnés ainsi qu’une évolution de la discipline concernant la prédication pendant la messe.
À plusieurs reprises, le Saint-Siège a exprimé ses réserves face à ces orientations, rappelant que les Églises particulières ne disposent pas de l’autorité nécessaire pour modifier unilatéralement des éléments relevant de la foi, des sacrements ou de la discipline universelle de l’Église. Les papes François puis Léon XIV ont tous deux insisté sur la nécessité de préserver la communion ecclésiale et l’unité de l’Église catholique. Pour de nombreux fidèles, l’événement survenu à Munich dépasse la seule question liturgique. Il donne l’impression qu’une partie de l’Église d’Allemagne poursuit son propre agenda ecclésial malgré les rappels explicites du Vatican. Une attitude qui nourrit les inquiétudes de ceux qui redoutent un éloignement progressif de certaines Églises locales vis-à-vis de Rome et du magistère universel.
L’affaire de Munich constitue ainsi un nouvel épisode des tensions qui traversent aujourd’hui l’Église en Allemagne. Elle pose une question de fond : que devient l’unité de l’Église lorsque des décisions clairement formulées par le Saint-Siège sont, dans les faits, ignorées quelques semaines seulement après leur publication ?


