Lorsque Léon XIV arrivera en France le 25 septembre, il foulera aussi le pays d’une partie importante de ses ancêtres. Né Robert Francis Prevost le 14 septembre 1955 à Chicago, le Pape possède une histoire familiale complexe, marquée par de nombreux parcours entre l’Europe, les Caraïbes et les États-Unis. Derrière ses origines américaines, italiennes et créoles apparaissent plusieurs lignées françaises, aujourd’hui documentées par les recherches généalogiques.

La plus proche conduit au Havre. Sa grand-mère paternelle, Suzanne Marie Louise Fontaine, y est née en 1894. Son père, Ernest Auguste Fontaine, était né à Saint-Pierre-sur-Dives, dans le Calvados, tandis que sa mère, Jeanne Eugénie Prévost, était née à Paris et appartenait à une famille ayant des attaches dans le pays de Caux. Suzanne Fontaine partit pour les États-Unis en 1915.
Cette branche fait apparaître plusieurs territoires normands dans l’arbre du futur Pape : le Calvados, la Seine-Maritime, l’Orne et la Manche. D’autres ramifications conduisent également vers Paris, mais aussi vers l’Indre et la Creuse.
Le patronyme Prevost pourrait laisser penser que la lignée masculine directe du Pape est elle aussi française. L’histoire est plus complexe : son grand-père paternel était né en Sicile en 1876. La généalogie de Léon XIV mêle ainsi très tôt des lignées françaises et italiennes établies aux États-Unis.
Du Béarn aux Antilles
La branche maternelle réserve une autre histoire française, particulièrement intéressante au regard de l’étape de Léon XIV à Lourdes. Parmi ses ancêtres figure Jean-Pierre Bacquié, né le 10 juillet 1752 à Monein, dans le Béarn, aujourd’hui dans les Pyrénées-Atlantiques. Son père, Jean-Baptiste Bacquié, bourgeois de Monein, est mentionné comme organiste en 1751. Sa mère, Marguerite de Ganosse, était elle-même fille d’un organiste. La musique d’église apparaît ainsi dans cette branche familiale plusieurs générations avant la naissance du futur Pape.

Jean-Pierre Bacquié quitta ensuite le Béarn pour les Antilles françaises. Cette branche se retrouve notamment à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, où naquit en 1811 Aristide Bacquié, avant que les générations suivantes ne rejoignent la Louisiane et l’univers créole de La Nouvelle-Orléans.Les recherches font également apparaître Marie-Thérèse Rancurel, née à Marseille en 1776. D’autres ramifications familiales conduisent vers Menton, Nice et Monaco, notamment à travers la famille Grosso. Une autre branche remonte à Coutances, dans la Manche.
La carte française des ancêtres de Léon XIV est donc étonnamment étendue : Normandie, Paris, Béarn, Provence et littoral méditerranéen apparaissent à différentes générations.
À Monein, l’élection du Pape relance les recherches
L’élection de Robert Francis Prevost a naturellement éveillé la curiosité dans ces communes. Dans le Béarn, l’histoire a pris ces derniers mois une dimension très concrète. À Monein, le caviste Claude Obermann et le vigneron Christian Lombart ont entrepris de remonter la piste des Bacquié. Les archives leur ont notamment permis de retrouver l’acte de baptême de Jean-Pierre Bacquié. Leur enquête les a ensuite conduits à Cuqueron, petit village voisin comptant moins de 200 habitants.
Le propriétaire du château de Cuqueron, Olivier Peyret, s’est associé aux recherches. En consultant le cadastre napoléonien, il a découvert la présence d’une maison portant le nom de « Bacquié », ajoutant une nouvelle pièce à cette histoire familiale. Les trois hommes ont écrit au Vatican pour faire connaître au Saint-Père le résultat de leurs investigations. Ils ont finalement reçu une invitation pour participer à la messe pontificale de Lourdes. Une cuvée de Jurançon baptisée « Léon XIV » a même été créée en référence aux racines béarnaises du Pape.
L’anecdote prend une dimension particulière avec le voyage pontifical : Monein et Cuqueron se trouvent à environ 70 kilomètres de Lourdes. Le 27 septembre, lorsque Léon XIV se rendra au sanctuaire marial, il sera donc tout près d’une région où vécurent certains de ses ancêtres il y a près de trois siècles.
Une famille entre plusieurs continents
Ces origines françaises ne résument évidemment pas l’histoire familiale de Robert Francis Prevost. Sa lignée paternelle comprend une importante composante italienne. Du côté maternel, son histoire passe par les Antilles et par la communauté créole de La Nouvelle-Orléans, avec des ascendances européennes, caribéennes et africaines.Des chercheurs ont également identifié des liens avec l’ancienne population française d’Amérique du Nord. Une branche remonterait notamment à Pierre Boucher (1622-1717), gouverneur de Trois-Rivières puis fondateur de Boucherville, grande figure de la Nouvelle-France.
Il convient toutefois de rester prudent avec les pourcentages parfois avancés pour qualifier les « origines » d’une personne. La Revue française de Généalogie a estimé que l’ascendance connue de Léon XIV serait aux deux tiers française, mais ce chiffre résulte d’une reconstitution généalogique et ne constitue pas une donnée biographique officielle.
L’intérêt est ailleurs : dans la succession de destins individuels et d’itinéraires familiaux qui relient Le Havre à Chicago, Monein à la Guadeloupe, Marseille aux Caraïbes et La Nouvelle-Orléans aux États-Unis.Le voyage de Léon XIV en France offre ainsi un singulier croisement entre l’histoire de l’Église et une histoire familiale beaucoup plus intime. Paris sera pour lui la capitale d’une nation visitée comme successeur de Pierre. Lourdes sera un sanctuaire universel où il viendra comme Pape. Mais à quelques dizaines de kilomètres de là subsistent aussi les villages, les registres paroissiaux et les noms de ceux dont il descend.
Une proximité que l’on peut relever sans faire de Léon XIV un « Pape français » : elle rappelle simplement que derrière Robert Francis Prevost se trouve une histoire familiale dont plusieurs chapitres ont été écrits en France.


