Pourquoi le pape se rend-il à Saint-Marin ? Avec ses 61 km² et quelque 34 000 habitants, cette République enclavée dans l’Italie pourrait sembler bien secondaire dans l’agenda diplomatique du Saint-Siège. Son importance est ailleurs : Saint-Marin constitue un cas presque unique en Europe, celui d’un État qui fait remonter sa naissance à un saint et dont l’histoire politique s’est progressivement construite autour d’une communauté chrétienne.
Selon la tradition, tout commence au début du IVe siècle avec Marin, tailleur de pierre originaire de l’île dalmate d’Arbe, l’actuelle Rab en Croatie. Venu travailler dans la région de Rimini, il se retire sur le mont Titano. Chrétien dans une époque encore marquée par les persécutions de Dioclétien, il rassemble autour de lui une petite communauté. La tradition sammarinaise fixe au 3 septembre 301 la naissance de cette communauté, date devenue symboliquement celle de la fondation de la République.
L’historien distinguera naturellement la tradition hagiographique des faits documentés. Mais l’essentiel demeure : avant d’être un État, Saint-Marin fut une communauté structurée autour d’une mémoire chrétienne. Entre les XIe et XIIIe siècles, elle évolua progressivement vers un « libre comune », se dotant d’institutions chargées de la justice, de la défense et de l’administration. Les autorités sammarinaises présentent elles-mêmes cette évolution comme le passage d’une communauté religieuse à une communauté politique organisée. Cette origine explique la place singulière de Saint-Marin dans l’histoire des relations avec Rome.
En 2011, Benoît XVI rappelait devant les autorités de la République que, « dès sa naissance », celle-ci avait entretenu des relations amicales avec le Siège apostolique. Il soulignait surtout qu’il y avait plus de dix-sept siècles qu’une communauté s’était constituée autour du diacre Marin, évangélisateur et témoin de sainteté.
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Pour Benoît XVI, il ne s’agissait pas d’un simple souvenir folklorique. Il établissait un lien entre les racines chrétiennes de Saint-Marin et sa culture politique : démocratie, solidarité, coexistence pacifique et liberté. Il invitait même les Saint-Marinais à conserver ce patrimoine chrétien comme la base de leur « identité la plus profonde ».La visite de Léon XIV s’inscrit ainsi dans une véritable continuité pontificale contemporaine. Saint Jean-Paul II s’était rendu à Saint-Marin le 29 août 1982. Benoît XVI y effectua à son tour une visite pastorale le 19 juin 2011, célébrant notamment la messe au stade de Serravalle et rencontrant les institutions de la République.Quarante-quatre ans après Jean-Paul II et quinze ans après Benoît XVI, Léon XIV reprendra donc ce chemin samedi 22 août.
Le programme est particulièrement significatif. Parti du Vatican à 8 heures, le pape doit atterrir vers 9 heures à Torraccia. Il gagnera la Piazza della Libertà puis le Palais public, où il rencontrera les autorités et les capitaines-régents. Il s’adressera ensuite au Grand Conseil général, avant de rejoindre la basilique de Saint-Marin. Là se trouve le cœur spirituel de la visite : Léon XIV présidera une adoration eucharistique dans la basilique consacrée au fondateur de la République. Le déplacement associera ainsi explicitement les deux dimensions de Saint-Marin : l’État souverain et la communauté chrétienne.
Le pape rejoindra ensuite Rimini pour le Meeting pour l’amitié entre les peuples, organisé par Communion et Libération, avant de poursuivre sa visite pastorale avec notamment une rencontre avec les malades, les personnes handicapées et les pauvres, puis la célébration de la messe au port. Saint-Marin n’est donc pas pour les papes une destination importante en raison de son poids géopolitique. Elle l’est par ce qu’elle représente.
Dans une Europe où la question des racines chrétiennes demeure régulièrement débattue, cette minuscule République rappelle une évidence historique difficile à contourner : ici, le christianisme n’est pas un élément ajouté tardivement à l’identité nationale. Il se trouve à son origine même. Le pays porte le nom d’un saint, célèbre sa fête le 3 septembre en même temps que sa fondation traditionnelle et conserve au cœur de sa capitale la basilique qui lui est dédiée.


