Dans sa première catéchèse consacrée à la Constitution Sacrosanctum Concilium, le pape Léon XIV a souhaité revenir aux fondements théologiques de la liturgie tels qu’ils furent exposés par le Concile Vatican II. Son intervention ne s’est pas limitée à évoquer la réforme liturgique elle-même ; elle a mis en lumière la place centrale de la liturgie dans la vie de l’Église et dans la rencontre du croyant avec le Christ.La phrase qui a particulièrement retenu l’attention est la suivante :
« Laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie. »
Par cette invitation, Léon XIV souligne que la liturgie n’est pas seulement un ensemble de rites ou de pratiques religieuses. Elle est le lieu où l’Église reçoit continuellement sa vie du Christ et où les fidèles sont appelés à entrer plus profondément dans le mystère du salut. Parmi les passages les plus significatifs de cette catéchèse figure la réflexion du Saint-Père sur la participation des fidèles à l’action liturgique. Il rappelle que celle-ci est à la fois « intérieure » et « extérieure ». Cette précision permet de mieux comprendre l’intention du Concile Vatican II lorsqu’il a encouragé une participation plus active des fidèles à la liturgie. Cette participation ne se limite pas à l’accomplissement de gestes visibles ou à l’exercice de fonctions particulières au sein de la célébration. Elle implique également une adhésion intérieure au mystère célébré.
Pour la tradition catholique, la participation liturgique consiste avant tout à s’unir au Christ dans son offrande au Père. Les paroles, les gestes, les symboles et les silences de la liturgie ont précisément pour fonction d’introduire les fidèles dans cette réalité spirituelle. La distinction rappelée par Léon XIV met ainsi en évidence l’équilibre recherché par Sacrosanctum Concilium : la liturgie engage tout l’être humain, dans sa dimension corporelle comme dans sa dimension spirituelle. Tout au long de sa catéchèse, le pape insiste sur la notion de « Mystère », qui occupe une place essentielle dans la théologie liturgique du Concile.
Il rappelle que ce Mystère ne désigne pas une réalité obscure ou inaccessible, mais le dessein de salut révélé par Dieu en Jésus-Christ. Ce dessein atteint son accomplissement dans l’événement pascal , la Passion, la Mort, la Résurrection et la Glorification du Christ , qui devient sacramentellement présent dans la liturgie. Ainsi, chaque célébration liturgique permet à l’Église de participer à cette œuvre du salut. La liturgie n’est donc pas seulement un souvenir des événements fondateurs de la foi chrétienne ; elle est le lieu où ces événements continuent d’agir dans la vie des croyants.
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Cette perspective explique pourquoi le Concile a pu définir la liturgie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie ».
Le pape rappelle également que le Christ demeure l’acteur principal de toute célébration liturgique. Reprenant l’enseignement de Sacrosanctum Concilium, il souligne sa présence dans la Parole proclamée, dans les sacrements, dans le ministre ordonné, dans l’assemblée réunie et, d’une manière toute particulière, dans l’Eucharistie. Cette insistance sur l’initiative du Christ permet de comprendre la liturgie comme une action divine à laquelle l’Église est associée. La célébration ne repose pas d’abord sur les capacités de la communauté chrétienne ; elle trouve sa source dans l’action du Seigneur lui-même, qui continue de sanctifier son peuple par la puissance de l’Esprit Saint. Dans cette perspective, l’Eucharistie apparaît comme le centre de la vie ecclésiale. En recevant le Corps du Christ, l’Église devient toujours davantage ce qu’elle est appelée à être : le Corps du Christ dans l’histoire.
La catéchèse de Léon XIV souligne enfin que la liturgie ne peut être séparée de l’existence quotidienne des fidèles. La participation au Mystère célébré est appelée à porter des fruits dans la vie concrète, dans les choix moraux, dans la charité et dans le témoignage chrétien. La liturgie apparaît ainsi comme une école permanente de vie chrétienne. En façonnant intérieurement les croyants, elle les conduit à vivre ce qu’ils célèbrent et à prolonger dans le monde l’œuvre de communion inaugurée dans l’assemblée liturgique. À travers cette première catéchèse consacrée à Sacrosanctum Concilium, Léon XIV propose une lecture profondément théologique du texte conciliaire. Son intervention rappelle que la liturgie demeure avant tout le lieu de la rencontre entre Dieu et son peuple, la source de la vie de l’Église et l’expression visible du Mystère du Christ agissant dans l’histoire.
AUDIENCE GÉNÉRALE
Place Saint-Pierre
Mercredi 20 mai 2026
Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II III. La Constitution dogmatique Sacrosantum Concilium, 1. La liturgie dans le mystère de l’Église
« Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Nous commençons aujourd’hui, une série de catéchèses sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II : La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium (SC).
En élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit : le mystère du Christ. La liturgie, en effet, touche au cœur même de ce mystère : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. En effet, dans la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC, 2), qui fait de nous une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (cf. 1 P 2, 9).
Comme l’a montré le triple renouveau – biblique, patristique et liturgique – qui a traversé l’Église au cours du XXe siècle, le Mystère en question ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé en Christ, selon l’affirmation de saint Paul (cf. Ep 3, 3-6). Voici donc le Mystère chrétien : l’événement pascal, c’est-à-dire la passion, la mort, la résurrection et la glorification du Christ, qui nous est rendu sacramentellement présent précisément dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous participons à l’assemblée réunie « en son nom » (Mt 18, 20), nous sommes plongés dans ce Mystère.
Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.
Dans la sainte liturgie, cette communion se réalise « par les rites et les prières » (SC, 48). La ritualité de l’Église exprime sa foi – selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi –, et façonne en même temps l’identité ecclésiale : la Parole proclamée, la célébration du sacrement, les gestes, les silences, l’espace, tout cela représente et donne forme au peuple convoqué par le Père, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit. Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière, comme l’a rappelé saint Jean-Paul II (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 9).
Si la liturgie est au service du mystère du Christ, on comprend pourquoi elle a été définie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie » (SC, 10). Il est vrai que l’action de l’Église ne se limite pas à la seule liturgie, mais toutes ses activités (la prédication, le service des pauvres, l’accompagnement des réalités humaines) convergent vers ce « sommet ». À l’inverse, la liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur et, par conséquent, à travers la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements et la prière commune, ils sont fortifiés, encouragés et renouvelés dans leur engagement de foi et dans leur mission. En d’autres termes, la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois « intérieure » et « extérieure ».
Cela signifie également qu’elle est appelée à se déployer concrètement tout au long de la vie quotidienne, dans une dynamique éthique et spirituelle, de sorte que la liturgie célébrée se traduise en vie et exige une existence fidèle, capable de concrétiser ce qui a été vécu dans la célébration : c’est ainsi que notre vie devient « un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », réalisant notre « culte spirituel » (Rm 12, 1).
Ainsi, «la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur » (SC, 2), et forme une communauté ouverte et accueillante envers tous. Elle est en effet habitée par l’Esprit Saint, elle nous introduit dans la vie du Christ, elle fait de nous son Corps et, dans toutes ses dimensions, elle représente un signe de l’unité de toute l’humanité en Christ. Comme le disait le pape François, « le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9) » (Lettre apostolique Desiderio desideravi, 5).
Très chers, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie, que nous aurons encore l’occasion d’approfondir lors des prochaines catéchèses.
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Je salue cordialement les pèlerins de langue française venus du Sénégal, de Côte d’Ivoire et de France en particulier les élèves des diverses écoles.
Chers amis, laissons-nous transformer intérieurement au cours de la liturgie, par les rites, les symboles, les gestes, les silences et surtout par la présence vivante du Christ.
Que l’Esprit Saint vous comble de ses dons ! Je vous bénis de tout cœur.
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Résumé de la catéchèse du Saint-Père
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Nous abordons aujourd’hui une série de catéchèses sur le premier document promulgué par le Concile Vatican II, Sacrosantum Concilium, portant sur la liturgie. Les Pères conciliaires ont voulu amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit au mystère du Christ.
La liturgie, en effet, touche au cœur même du mystère du Christ : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa vie même. Or ce mystère ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé dans le Christ. Celui-ci continue à agir, à sanctifier et à associer l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce ainsi son sacerdoce absolument unique, Lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans les gestes, les paroles, les silences et l’espace, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie qui nous configure au Christ et édifie l’Église dans la communion. »
Source Vatican


