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Léon XIV : « Les commandements du Seigneur sont un mode de vie qui nous guérit des faux amours »

Léon XIV - 10 mai 2026 - capture écran
Léon XIV - 10 mai 2026 - capture écran
la vie chrétienne est comprise comme une guérison progressive de la personne humaine par la grâce ( intégralité du texte)

Lors du Regina Caeli célébré place Saint-Pierre le 10 mai 2026, Pape Léon XIV a développé une réflexion sur le lien entre l’amour de Dieu, les commandements et l’action de l’Esprit Saint dans la vie chrétienne. Son commentaire s’appuie principalement sur le discours du Christ pendant la Cène dans l’Évangile selon saint Jean. Le pape ouvre sa méditation par cette parole du Christ : « Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements » (Jn 14, 15). Il précise ensuite : « Cette affirmation nous libère d’un malentendu, à savoir l’idée que nous sommes aimés si nous observons les commandements : notre justice serait alors une condition de l’amour de Dieu. Au contraire, l’amour de Dieu est la condition de notre justice. »

Dans ce passage, Léon XIV propose une lecture théologique centrée sur la priorité de l’initiative divine. L’amour de Dieu précède l’action humaine et rend possible la fidélité du croyant. Cette approche rejoint une ligne importante de la tradition chrétienne, particulièrement développée chez saint Augustin et dans la théologie de la grâce : l’homme ne produit pas par lui-même la communion avec Dieu, mais répond à une grâce déjà donnée. Le pape insiste également sur le fait que les paroles du Christ doivent être comprises dans le cadre d’une relation vivante avec Dieu : « Les paroles de Jésus sont donc une invitation à la relation, et non un chantage ou une suspension incertaine. »

Cette formule écarte une compréhension uniquement juridique ou extérieure des commandements. Dans la perspective présentée par Léon XIV, l’observance chrétienne découle d’une communion avec le Christ. Les commandements ne sont donc pas décrits comme une simple série d’obligations morales, mais comme l’expression concrète d’une relation avec Dieu. Le pape poursuit : « C’est pourquoi le Seigneur nous commande de nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés (cf. Jn 13, 34) : c’est l’amour de Jésus qui fait naître en nous l’amour. »

Le commentaire s’inscrit ici dans la théologie johannique de la charité. L’amour chrétien n’est pas seulement présenté comme un idéal éthique ; il est lié à la participation à l’amour même du Christ. Le croyant peut aimer parce qu’il reçoit lui-même cet amour. Cette idée apparaît fréquemment dans la tradition spirituelle chrétienne, où la charité est comprise comme un don reçu avant d’être une œuvre accomplie. Léon XIV décrit ensuite la nature de cet amour : « Le Christ lui-même est le critère, la norme de l’amour véritable : celui qui est fidèle pour toujours, pur et inconditionnel. Celui qui ne connaît ni “mais” ni “peut-être”, celui qui se donne sans vouloir posséder, celui qui donne la vie sans rien prendre en échange. »

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Cette définition de l’amour renvoie à une compréhension christologique du don de soi. Le pape présente le Christ comme mesure de toute relation humaine authentique. Le contraste implicite entre le don et la possession rappelle plusieurs thèmes de la théologie chrétienne contemporaine : l’amour véritable se caractérise par la gratuité et non par la domination ou l’utilité. La phrase centrale de l’allocution intervient ensuite : « Les commandements du Seigneur sont donc un mode de vie qui nous guérit des faux amours ; ils constituent un style spirituel, qui est un chemin vers le salut. » Le vocabulaire de la guérison possède ici une portée théologique importante. Dans la tradition chrétienne, le péché est souvent présenté comme une désorientation de l’amour humain. L’homme aime alors de manière désordonnée ce qui ne peut pleinement le conduire à Dieu. En parlant de « faux amours », Léon XIV évoque ainsi les formes d’attachement qui enferment l’être humain sur lui-même ou dans des relations de possession.

Les commandements apparaissent dès lors non seulement comme une norme morale, mais comme un chemin de restauration intérieure. Cette perspective rejoint une longue tradition patristique et spirituelle dans laquelle la vie chrétienne est comprise comme une guérison progressive de la personne humaine par la grâce. Le pape aborde ensuite le thème du Paraclet : « C’est précisément parce qu’il nous aime que le Seigneur ne nous laisse pas seuls face aux épreuves de la vie : il nous promet le Paraclet, c’est-à-dire l’Avocat, l’“Esprit de vérité” (Jn 14, 17). »

L’expression « Esprit de vérité » renvoie directement au vocabulaire johannique. Léon XIV présente l’Esprit Saint comme une présence permanente qui accompagne le croyant dans le discernement et dans la fidélité au Christ. Le terme « Paraclet » possède également une dimension de défense et de consolation : l’Esprit n’est pas seulement une force abstraite, mais une présence agissante dans la vie de l’Église. Le pape ajoute : « Alors que le Saint-Esprit est la force de la vérité, cet Accusateur est le “père du mensonge” (Jn 8, 44), qui veut opposer l’homme à Dieu et les hommes entre eux. » Ce passage développe une opposition entre communion et division. L’action de l’Esprit est présentée comme une œuvre d’unité, tandis que le mensonge produit rupture et opposition. Cette lecture possède aussi une dimension ecclésiologique : l’Église apparaît comme le lieu où l’Esprit rassemble les hommes dans une communion fondée sur le Christ. Le discours atteint ensuite un sommet théologique avec cette citation :« Je suis dans le Père, vous en moi, et moi en vous » (v. 20).

Dans la tradition chrétienne, cette parole est souvent interprétée comme l’expression de la communion entre le Christ et les croyants. Léon XIV souligne ici que la vie chrétienne ne se limite pas à une pratique morale extérieure, mais qu’elle implique une participation à la vie même de Dieu. Cette idée est centrale dans la théologie johannique et dans la doctrine de la grâce développée par l’Église.

À la fin de son intervention, Pape Léon XIV a également évoqué plusieurs sujets internationaux et ecclésiaux. Il a exprimé son inquiétude face aux violences au Sahel, notamment au Tchad et au Mali, et a renouvelé son appel à la paix.Le pape a aussi adressé un salut à Pape Tawadros II à l’occasion de la « Journée de l’amitié copte-catholique », en rappelant l’importance du chemin œcuménique entre catholiques et coptes. Enfin, il a confié les mères de famille à l’intercession de la Vierge Marie, dans le cadre de la fête des mères célébrée dans plusieurs pays.

PAPE LÉON XIV

REGINA CAELI

Place Saint-Piere
Dimanche 10 mai 2026

« Chers frères et sœurs, bon dimanche !

Aujourd’hui, dans l’Évangile, nous avons entendu quelques paroles adressées par Jésus à ses disciples lors de la Cène. Alors qu’il fait du pain et du vin le signe vivant de son amour, le Christ dit : « Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements » (Jn 14, 15). Cette affirmation nous libère d’un malentendu, à savoir l’idée que nous sommes aimés si nous observons les commandements : notre justice serait alors une condition de l’amour de Dieu. Au contraire, l’amour de Dieu est la condition de notre justice. Nous observons véritablement les commandements, selon la volonté de Dieu, si nous reconnaissons son amour pour nous, tel que le Christ le révèle au monde. Les paroles de Jésus sont donc une invitation à la relation, et non un chantage ou une suspension incertaine.

C’est pourquoi le Seigneur nous commande de nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés (cf. Jn 13, 34) : c’est l’amour de Jésus qui fait naître en nous l’amour. Le Christ lui-même est le critère, la norme de l’amour véritable : celui qui est fidèle pour toujours, pur et inconditionnel. Celui qui ne connaît ni « mais » ni « peut-être », celui qui se donne sans vouloir posséder, celui qui donne la vie sans rien prendre en échange. Puisque Dieu nous aime le premier, nous aussi nous pouvons aimer ; et quand nous aimons vraiment Dieu, nous nous aimons vraiment les uns les autres. Il en va de même pour la vie : seul celui qui l’a reçue peut vivre, et ainsi seul celui qui a été aimé peut aimer. Les commandements du Seigneur sont donc un mode de vie qui nous guérit des faux amours ; ils constituent un style spirituel, qui est un chemin vers le salut.

C’est précisément parce qu’il nous aime que le Seigneur ne nous laisse pas seuls face aux épreuves de la vie : il nous promet le Paraclet, c’est-à-dire l’Avocat, l’« Esprit de vérité » (Jn 14, 17). C’est un don que « le monde ne peut recevoir » (ibid.), tant qu’il s’obstine dans le mal qui opprime le pauvre, exclut le faible, tue l’innocent. Celui, en revanche, qui répond à l’amour que Jésus porte à tous, trouve dans le Saint-Esprit un allié qui ne faillit jamais : « Vous le connaissez – dit Jésus – car il demeure auprès de vous et sera en vous » (ibid.). Nous pouvons alors, toujours et partout, témoigner de Dieu, qui est amour : ce mot ne désigne pas une idée de l’esprit humain, mais la réalité de la vie divine, par laquelle toutes choses ont été créées à partir du néant et rachetées de la mort.

En nous offrant l’amour vrai et éternel, Jésus partage avec nous son identité de Fils bien-aimé : « Je suis dans le Père, vous en moi, et moi en vous » (v. 20). Cette communion de vie captivante contredit l’Accusateur, c’est-à-dire l’adversaire du Paraclet, l’esprit opposé à notre défenseur. En effet, alors que le Saint-Esprit est la force de la vérité, cet Accusateur est le « père du mensonge » (Jn 8, 44), qui veut opposer l’homme à Dieu et les hommes entre eux : exactement le contraire de ce que fait Jésus, qui nous sauve du mal et nous unit en tant que peuple de frères et sœurs dans l’Église.

Très chers amis, remplis de gratitude pour ce don, confions-nous à l’intercession de la Vierge Marie, Mère de l’Amour Divin.

À l’issue du Regina Caeli

Chers frères et sœurs,

J’ai appris avec inquiétude les nouvelles concernant la recrudescence des violences dans la région du Sahel, en particulier au Tchad et au Mali, touchés par de récentes attaques terroristes. J’assure de mes prières les victimes et exprime ma solidarité envers tous ceux qui souffrent. Je souhaite que toute forme de violence cesse et j’encourage tous les efforts en faveur de la paix et du développement dans cette terre bien-aimée.

Le 10 mai, chaque année, est célébrée la « Journée de l’amitié copte-catholique ». J’adresse un salut fraternel à Sa Sainteté le Pape Tawadros II et j’assure de ma prière toute la bien-aimée Église copte, dans l’espoir que notre chemin d’amitié nous conduise à l’unité parfaite en Christ, qui nous a appelés « amis » (cf. Jn 15, 15).

Et maintenant, je vous souhaite la bienvenue à tous, Romains et pèlerins de différents pays ! Je salue en particulier le groupe des « Gardes d’honneur du Sacré-Cœur de Jésus », venu de différentes villes d’Italie, et les « Volontaires pour l’évangélisation » liés à la famille de Radio Maria ; ainsi que l’association de bénévoles « Komen Italia », engagée dans la prévention du cancer du sein.

Je tiens à remercier les habitants des îles Canaries pour leur accueil chaleureux, qui a permis l’arrivée du navire de croisière « Hondius » avec à son bord les personnes atteintes du hantavirus. Je me réjouis de pouvoir vous rencontrer le mois prochain lors de ma visite dans les Îles.

Et une pensée particulière va aujourd’hui à toutes les mères de famille! Par l’intercession de Marie, la Mère de Jésus et notre Mère, prions avec affection et gratitude pour chaque maman, en particulier pour celles qui vivent dans des conditions difficiles. Merci! Que Dieu vous bénisse!

Je vous souhaite à tous un bon dimanche. »

Source Vatican

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