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« La mafia ne tue pas seulement quand elle tire » : devant le pape Léon XIV, l’archevêque de Naples dénonce le crime organisé

Le dôme de l’église du Saint-Esprit à Naples, et le cardinal Domenico Battaglia, archevêque de Naples - Depositphotos
Le dôme de l’église du Saint-Esprit à Naples, et le cardinal Domenico Battaglia, archevêque de Naples - Depositphotos
Lors de la visite du Pape Léon XIV à Naples, le cardinal Domenico Battaglia a dénoncé la camorra comme une « religion de l’argent » qui détruit les jeunes et fragilise les communautés populaires

Sur la Piazza del Plebiscito, devant des milliers de fidèles réunis pour accueillir le souverain pontife, l’archevêque de Naples, surnommé « Don Mimmo », a prononcé un discours particulièrement fort contre la mafia napolitaine. Le cardinal Battaglia a décrit la camorra non seulement comme une organisation criminelle, mais comme un système culturel capable de façonner les consciences et de voler l’avenir des plus jeunes : « Paix et justice contre la camorra, qui n’est pas seulement criminalité, mais mensonge éducatif, fausse promesse, religion de l’argent, vol d’avenir. » Dans une intervention applaudie par le pape Léon XIV, le prélat italien a insisté sur les ravages humains et spirituels provoqués par l’emprise mafieuse dans certains quartiers de Naples :

« La camorra ne tue pas seulement quand elle tire. Elle tue quand elle convainc un garçon que valoir signifie commander. Quand elle fait croire que le respect s’achète avec la peur. »

Le cardinal a également dénoncé le vide social dans lequel prospèrent les réseaux criminels : « Quand elle occupe le vide laissé par la solitude, le manque d’adultes crédibles, la fragilité des communautés. » Dans un message d’espérance adressé aux familles napolitaines, il a enfin affirmé :

« Aucun garçon ne naît perdu. Aucun quartier ne naît condamné. Aucune famille ne doit être laissée seule à combattre contre ce qui est plus grand qu’elle. »

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Le pape Léon XIV a longuement applaudi cette intervention, dans la continuité des prises de position des souverains pontifes contemporains contre les mafias italiennes. Saint Jean-Paul II avait lancé en 1993 son célèbre appel aux mafieux siciliens à « se convertir », tandis que le pape François avait déclaré que « les mafieux sont excommuniés ». À Naples, les paroles du cardinal Battaglia rappellent que pour l’Église italienne, la lutte contre la mafia dépasse largement la seule question sécuritaire, et touche aussi à l’éducation, à la dignité humaine et à l’espérance sociale.

Rappelons que dans le sud de l’Italie, les organisations mafieuses ont longtemps cherché à se donner une apparence religieuse afin de renforcer leur légitimité sociale. Processions détournées au profit de parrains locaux, statues de saints inclinées devant les maisons de chefs mafieux, références constantes à Dieu, à la Vierge ou aux saints protecteurs, la camorra comme la Cosa Nostra ont souvent utilisé le vocabulaire chrétien pour masquer une culture fondée sur la violence, l’omerta et l’argent. Plusieurs mafieux se présentent eux-mêmes comme « croyants » ou « catholiques pratiquants », allant jusqu’à financer des fêtes religieuses locales ou afficher des images pieuses dans leurs repaires.

En 2014, en Calabre, une procession mariale s’était arrêtée devant le domicile du parrain de la ’Ndrangheta Peppe Mazzagatti, provoquant le départ immédiat des carabiniers présents sur place en signe de protestation. Pour l’Église, ces pratiques relèvent d’une véritable manipulation du sacré. Pour de nombreux évêques italiens, la mafia ne représente pas une déviance marginale du christianisme, mais une véritable contrefaçon spirituelle qui utilise les symboles religieux pour maintenir son emprise sociale et culturelle.

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