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L’idole Pachamama attend-elle Léon XIV au Pérou ? Le précédent François ressurgit avant la visite du pape

Léon XIV ( Depositphotos) - Capture écran
Léon XIV ( Depositphotos) - Capture écran
"Respecter les peuples indigènes ne signifie pas, du point de vue catholique, adopter leurs anciennes croyances religieuses" : Sept ans après François, la question des limites de l’inculturation ressurgit

À quelques mois du retour de Léon XIV au Pérou, la Pachamama s’invite de nouveau dans l’actualité de l’Église. Les 13 et 14 août 2026, à Cusco, une rencontre consacrée aux droits humains et au bien commun, réunissant des représentants d’organisations sociales et de communautés indigènes de neuf régions du sud du pays, s’est ouverte par une cérémonie traditionnelle andine comportant feuilles de coca et offrandes à la « Terre-Mère ».

L’événement, intitulé « Tejiendo Voces por la Dignidad », intervient à un moment particulier : Léon XIV effectuera du 6 au 17 novembre sa première grande tournée en Amérique latine, avec l’Uruguay du 6 au 8, l’Argentine du 8 au 11, puis le Pérou du 11 au 17 novembre 2026. Six jours sont donc consacrés à son pays d’adoption, avec des étapes annoncées à Lima, Chiclayo, Cusco et Pucallpa. Le gouvernement péruvien a fait de cette visite une « haute priorité » dans ses relations avec le Saint-Siège. C’est dans ce contexte que les images récemment diffusées depuis Cusco prennent une résonance particulière. Une femme y explique que le mois d’août est, selon la cosmovision andine, celui de la « Madre Tierra ». Des feuilles de coca sont distribuées aux participants, invités à effectuer des exercices de respiration, puis à souffler trois fois sur les feuilles avant de les déposer dans des récipients disposés au sol avec des aliments.

Il s’agit du « pago a la tierra », une offrande traditionnelle à la Terre associée à la Pachamama. Les images montrent notamment Monseigneur Jordi Bertomeu Farnós, officiel du Dicastère pour la Doctrine de la foi et commissaire pontifical chargé du dossier du Sodalitium Christianae Vitae, déposant lui-même des feuilles dans le récipient. Monseigneur Lizardo Estrada Herrera, évêque auxiliaire de Cusco et secrétaire général du CELAM, participe également à la rencontre.

La scène des prélats participant à ce genre de mise en scène rappelle inévitablement la controverse d’octobre 2019. Pendant le Synode sur l’Amazonie convoqué par François, des statuettes représentant une femme enceinte avaient été utilisées lors d’une cérémonie dans les jardins du Vatican avant d’être présentes dans plusieurs événements liés au Synode. Le 21 octobre 2019, plusieurs de ces statuettes, alors installées dans l’église Santa Maria in Traspontina, furent retirées puis jetées dans le Tibre. François avait ensuite demandé pardon pour leur disparition et parlé lui-même des « statues de la Pachamama », en précisant qu’elles avaient été présentes « sans intentions idolâtres ». Mais l’épisode avait suscité une profonde controverse au sein de l’Église.

Le cardinal Robert Sarah avait bien précisé, pour sa part, la gravité qu’il accordait à cette affaire. Revenant encore récemment sur le Synode de 2019, l’ancien préfet de la Congrégation pour le Culte divin a rappelé qu’une « idole inca » était entrée dans la basilique Saint-Pierre, avant d’être portée en procession. Il s’était également interrogé : pourquoi avoir choisi la Pachamama plutôt que Notre-Dame de Guadalupe, vénérée dans toute l’Amérique latine ? Pour le cardinal Sarah, l’épisode témoignait de l’entrée du paganisme dans l’Église.

Cette précision est fondamentale : respecter les peuples indigènes ne signifie pas, du point de vue catholique, adopter leurs anciennes croyances religieuses. Une feuille de coca appartient depuis des siècles à la culture andine et n’est évidemment pas en elle-même une idole. La question change lorsque cette feuille devient une offrande explicitement destinée à la « Madre Tierra ».Sept ans après François, Léon XIV se retrouve donc face à cette frontière délicate entre inculturation et syncrétisme. Robert Francis Prevost connaît particulièrement bien le Pérou : il y fut missionnaire, évêque de Chiclayo de 2015 à 2023 et possède la nationalité péruvienne.

Rien ne permet d’affirmer que le pape participera en novembre à un rite comparable. Mais son passage à Cusco, précisément là où viennent d’être diffusées ces images, sera nécessairement observé. Léon XIV devra ainsi conjuguer le respect légitime des peuples indigènes avec une exigence proprement catholique : l’inculturation permet d’accueillir et de purifier ce qu’une culture porte de bon, mais elle ne saurait conduire à mettre sur le même plan la foi au Dieu révélé en Jésus-Christ et le culte rendu à la Terre-Mère. En novembre, le Pérou pourrait donc apporter une première réponse à une question demeurée brûlante depuis le pontificat de François.

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