À Pulligny, la chapelle Notre-Dame-de-Pitié pourrait bientôt disparaître du paysage. Édifié il y a 158 ans, ce lieu de prière, témoin de plusieurs générations de fidèles, fait aujourd’hui l’objet d’un arrêté municipal de mise en sécurité en raison d’un risque d’effondrement. Mais pour l’association Urgences Patrimoine, qui a engagé un recours pour tenter de sauver l’édifice, cette démolition annoncée soulève une question essentielle : a-t-on réellement tout tenté pour préserver cette chapelle avant de décider de sa destruction ?
Le 26 août 2026, la municipalité de Pulligny annonçait une aggravation préoccupante de l’état du bâtiment. Après l’intervention des sapeurs-pompiers, un arrêté de mise en sécurité était pris, entraînant l’interdiction de circulation dans une partie de la rue de la Chapelle. Dans son communiqué, la mairie ne laissait guère de doute sur l’avenir envisagé pour l’édifice : « La démolition du bâtiment va être programmée dès que possible ; la dépose des cloches sera privilégiée afin de conserver une trace de ce patrimoine pullinéen. » Autrement dit, les cloches pourraient être sauvées, mais pas la chapelle qui les abrite depuis plus d’un siècle et demi.
Des alertes dès 2023, mais aucune restauration engagée selon l’association
C’est précisément cette situation que dénonce Urgences Patrimoine. Selon l’association, le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Meurthe-et-Moselle (CAUE 54) avait déjà examiné l’édifice à la fin de l’année 2023 et préconisé des interventions urgentes.
Or, toujours selon l’association, ces recommandations n’auraient pas été suivies d’effet. Aucun devis n’aurait été établi pour déterminer le coût d’une consolidation ou d’une restauration, avant que la municipalité ne s’oriente vers la démolition.
Ces affirmation posent une question légitime : pourquoi attendre qu’un édifice menace de s’effondrer pour envisager sa disparition, alors que son état préoccupant était connu depuis plusieurs années ?
Urgences Patrimoine affirme avoir engagé un recours avant l’expiration du délai du 26 octobre 2026. À ce stade, aucune décision judiciaire suspendant la démolition n’a été confirmée. L’association a également lancé une collecte destinée à financer ses actions juridiques en faveur du patrimoine menacé.
Une chapelle voulue par un prêtre, bénie en 1868
Au-delà de la controverse administrative, Notre-Dame-de-Pitié possède une histoire profondément liée à la vie catholique locale. La chapelle fut construite en 1868 par l’architecte Léon Vautrin, à la demande et aux frais de l’abbé Joseph-Pierre Clément, alors curé de Pulligny. Elle s’éleva à l’emplacement d’un ancien oratoire appelé Savignon et fut bénie le 24 juin 1868 par Mgr Foulon. L’abbé Clément avait souhaité disposer de ce lieu de prière à proximité de sa future résidence de retraite. Mais le prêtre mourut quelques jours seulement après la bénédiction de l’édifice qu’il avait fait construire. La chapelle accueillit également une Pietà datant du début du XVIIe siècle, transférée dans ses murs en 1868 avant de rejoindre l’église paroissiale en 1981.
Ces éléments, rapportés dans l’histoire du patrimoine bâti publiée par la commune elle-même, rappellent que Notre-Dame-de-Pitié n’est pas simplement une construction ancienne. Elle est aussi le témoignage matériel de la foi d’un prêtre et de l’histoire religieuse d’un village.
Une chapelle qui n’aurait jamais été désacralisée
Autre élément soulevé par Urgences Patrimoine : l’édifice n’aurait jamais été désacralisé. Cette affirmation reste à confirmer auprès du diocèse de Nancy et Toul, notamment pour établir son statut canonique actuel. La distinction est importante. Un édifice religieux peut ne plus accueillir régulièrement de célébrations tout en conservant son affectation au culte. La désaffectation civile et la réduction d’un lieu sacré à un usage profane répondent par ailleurs à des procédures distinctes.
La situation de Notre-Dame-de-Pitié interroge donc aussi sur la place accordée au patrimoine religieux rural, particulièrement lorsque des bâtiments anciens deviennent coûteux à entretenir pour de petites communes. La sécurité des habitants constitue évidemment une priorité incontestable. Mais elle n’interdit pas de s’interroger sur les solutions qui auraient pu être envisagées pour conserver l’édifice. À Pulligny, l’enjeu dépasse désormais le seul état des murs. Il s’agit de savoir si une chapelle bâtie par la générosité d’un prêtre, transmise pendant 158 ans et toujours présente dans la mémoire locale, doit disparaître sans que toutes les possibilités de sauvegarde aient été sérieusement examinées. Pour Urgences Patrimoine, la réponse est clairement négative. Reste désormais à savoir si la justice permettra de rouvrir le débat avant qu’il ne soit trop tard.


