Un chrétien meurt toutes les 86 minutes au Nigeria. C’est le constat dressé par l’organisation américaine Equipping The Persecuted dans un rapport publié le 18 septembre 2026. Entre le 1er janvier et le 8 septembre, elle affirme avoir recensé 4 216 chrétiens tués, soit près de 17 morts par jour. Ce bilan, établi à partir d’informations recueillies sur le terrain, témoigne de l’ampleur des violences qui frappent des populations déjà éprouvées par des années d’insécurité.
Des communautés chrétiennes prises pour cible
La situation est particulièrement préoccupante dans le Middle Belt, cette vaste région du centre du Nigeria où cohabitent des populations de différentes confessions et origines ethniques. Depuis plusieurs années, des villages agricoles à majorité chrétienne y subissent des attaques meurtrières, accompagnées de pillages, de destructions d’habitations et de déplacements forcés. Au-delà des conflits fonciers et des rivalités entre agriculteurs et éleveurs, le rapport dénonce de véritables persécutions antichrétiennes. Selon ses auteurs, certaines communautés sont délibérément prises pour cible en raison de leur foi. Les massacres, les enlèvements et l’expulsion des habitants menacent ainsi non seulement leur sécurité, mais aussi la présence chrétienne dans des territoires où l’Évangile se transmet depuis plusieurs générations.
L’étude attribue une part importante de ces violences à des groupes armés issus des communautés peules, auxquels elle impute davantage de morts parmi les chrétiens qu’à Boko Haram et à la branche ouest-africaine de l’État islamique réunis. Il importe cependant de distinguer ces groupes armés de l’ensemble de la population peule, qui ne saurait être tenue collectivement responsable de leurs crimes.
La crise sécuritaire nigériane possède plusieurs dimensions. Les conflits autour de l’accès aux terres et à l’eau, la criminalité organisée et les activités djihadistes contribuent à entretenir les violences. Mais les auteurs du rapport considèrent que la dimension religieuse de certaines attaques est trop souvent minimisée, au risque de méconnaître les persécutions subies par les populations chrétiennes.
Des villages abandonnés et des paroisses dispersées
Les conséquences de ces violences dépassent largement le nombre de victimes mortelles. Le document avance le chiffre de plus de cinq millions de chrétiens déplacés et de plus de 600 communautés chrétiennes détruites ou vidées de leurs habitants. Pour les familles concernées, la fuite signifie souvent la perte simultanée de leur maison, de leurs terres agricoles et de leurs moyens de subsistance. Beaucoup trouvent refuge dans des camps ou auprès de proches, sans savoir si elles pourront un jour regagner leur village. Cet exode compromet également la continuité de la vie ecclésiale. La dispersion des fidèles fragilise les paroisses, interrompt le catéchisme et prive les communautés de leurs lieux de prière. Dans certaines localités, c’est toute une présence chrétienne, construite au fil des générations, qui risque de disparaître.
Les attaques se poursuivent à un rythme soutenu. Au cours d’une seule semaine de septembre, les enquêteurs font état de plus de 70 enlèvements et d’au moins 35 morts. En collaboration avec le réseau Truth Nigeria, ils indiquent avoir diffusé plus de 200 alertes destinées à prévenir les habitants de possibles attaques et à leur permettre de se mettre à l’abri.
Des bilans difficiles à établir dans les régions les plus dangereuses
Le recensement des victimes repose sur des enquêtes de terrain, des témoignages de survivants et des informations transmises par des correspondants locaux. Les données recueillies sont confrontées avant d’être intégrées au bilan. Malgré ces précautions, certaines attaques pourraient échapper au décompte, notamment dans les zones reculées où les déplacements restent dangereux. Ces chiffres constituent les estimations de l’association et non un bilan officiel confirmé par les autorités nigérianes ou les Nations unies. La moyenne d’un mort toutes les 86 minutes concerne précisément la période étudiée, du 1er janvier au 8 septembre 2026. Elle ne signifie pas que chacun de ces décès a pu être individuellement établi comme un meurtre motivé par la religion.
Cette distinction ne diminue en rien la gravité des persécutions dénoncées. Elle permet de mesurer la complexité d’une crise dans laquelle les violences religieuses se mêlent parfois à des affrontements communautaires et à des conflits territoriaux.
Protéger les chrétiens et permettre leur retour
Face à cette situation, Judd Saul, fondateur d’Equipping The Persecuted, appelle à une mobilisation internationale et à une action plus déterminée des autorités nigérianes. Il demande notamment que les auteurs des massacres, leurs fournisseurs d’armes et leurs réseaux de financement soient identifiés et poursuivis.
L’enjeu est également de prévenir les attaques. Dans des régions où les secours arrivent parfois trop tard, les dispositifs d’alerte et la capacité des forces de sécurité à intervenir rapidement peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Mais la protection des populations ne peut se limiter aux interventions d’urgence. Le retour des familles déplacées suppose la sécurisation des villages, la reconstruction des habitations, des écoles et des églises, ainsi que la possibilité de reprendre une activité agricole. Sans ces garanties, des communautés entières risquent de demeurer durablement privées de leurs terres et de leurs lieux de culte.
Derrière le chiffre d’un chrétien tué toutes les 86 minutes se trouve ainsi une autre réalité, moins visible : celle de fidèles dont la vie quotidienne est marquée par la peur, le deuil et l’exil. Pour eux, la liberté religieuse ne se résume pas au droit de professer leur foi. Elle suppose aussi de pouvoir célébrer la messe, transmettre l’Évangile à leurs enfants et demeurer sur la terre de leurs ancêtres sans craindre de nouvelles attaques.


