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Procès Rupnik : Léon XIV mettra-t-il fin à trois années de confusion et d’opacité ?

Marko Rupnik ( Wikipedia) - Léon XIV  ( Depositphotos)
Marko Rupnik ( Wikipedia) - Léon XIV ( Depositphotos)
Près de trois ans après la levée de la prescription décidée par le pape François, le procès canonique de l'ancien jésuite Marko Rupnik apparaît plus chaotique que jamais

Le procès canonique de Marko Rupnik est-il en train de devenir un symbole des difficultés de l’Église à concilier discrétion judiciaire et exigence de transparence ? C’est la question qui s’impose au fil des mois, alors que la procédure engagée contre l’ancien jésuite slovène semble s’enliser dans un silence presque total. Accusé par de nombreuses anciennes religieuses d’abus spirituels, psychologiques et sexuels, le mosaïste avait vu son dossier rouvert en octobre 2023 lorsque le pape François avait levé la prescription canonique qui empêchait jusque-là toute poursuite. En 2025, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi avait constitué un collège de juges chargé d’instruire l’affaire. Depuis, très peu d’informations ont filtré.

Le 22 juillet dernier, le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a dû intervenir pour démentir des rumeurs faisant état d’un acquittement partiel de Marko Rupnik. La réponse officielle du Vatican s’est voulue sobre : aucune décision n’a été rendue et le procès est toujours en cours. Mais ce démenti n’a pas dissipé les interrogations.

Au contraire, quelques jours plus tard, Maitre Laura Sgrò, avocate de cinq femmes se présentant comme victimes de Marko Rupnik, a publiquement dénoncé ce qu’elle qualifie de « procès dans le noir ». Dans plusieurs entretiens accordés à des médias italiens et internationaux, elle affirme que ses clientes ignorent presque tout du déroulement de la procédure. Selon l’avocate, elles ne savent pas où en est l’instruction, ne connaissent pas le calendrier des audiences, ignorent l’identité des juges appelés à statuer et n’ont reçu aucune indication sur une éventuelle audition. Elle affirme également avoir adressé plusieurs demandes d’information au cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, sans obtenir de réponse substantielle.

Maitre Sgrò ne demande pas que le procès se déroule sur la place publique. Elle reconnaît la nécessité de respecter la confidentialité propre à toute procédure judiciaire. En revanche, elle estime que les victimes devraient être tenues informées des principales étapes de la procédure et pouvoir comprendre où en est un dossier qui les concerne directement.

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Ses critiques ont été relayées bien au-delà de la presse italienne. Des agences internationales comme Associated Press et Reuters, ainsi que plusieurs médias catholiques de sensibilités diverses, se sont fait l’écho de son inquiétude face à une procédure jugée particulièrement opaque. De son coté, le Vatican continue d’invoquer le respect du secret judiciaire. Les autorités romaines rappellent que le procès suit son cours et que les juges disposent de toute latitude pour conduire les investigations qu’ils jugent nécessaires. Aucune date n’a cependant été avancée concernant une éventuelle conclusion de la procédure.

C’est précisément cette absence de visibilité qui nourrit aujourd’hui le malaise. Plus le temps passe, plus le manque d’informations laisse place aux spéculations, comme l’ont montré les récentes rumeurs d’acquittement rapidement démenties par le Saint-Siège.

Au-delà du seul cas de Marko Rupnik, c’est désormais la crédibilité de la justice canonique qui se trouve en jeu. Depuis plusieurs années, l’Église affirme vouloir placer les victimes au cœur de sa réponse aux abus. Pourtant, dans ce dossier emblématique, celles-ci disent avoir le sentiment d’être tenues à l’écart d’une procédure dont elles ignorent presque tout. Léon XIV n’est évidemment pas appelé à intervenir dans les décisions des juges, dont l’indépendance doit être préservée. En revanche, son pontificat pourrait être celui d’une nouvelle culture de la transparence. Sans remettre en cause le secret nécessaire de l’instruction, une communication plus claire sur l’état d’avancement d’un dossier aussi sensible contribuerait sans doute à restaurer la confiance.

Car, dans une affaire devenue emblématique des blessures traversant l’Église, la justice ne doit pas seulement être rendue. Elle doit aussi être perçue comme telle. Faute de quoi, la confusion et l’opacité continueront d’alimenter les doutes, au détriment des victimes comme de l’institution elle-même.

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