Ce samedi 24 octobre, le pape Léon XIV a autorisé la promulgation de six décrets reconnaissant les vertus héroïques de serviteurs de Dieu. La décision a été prise lors d’une audience accordée au cardinal Marcello Semeraro, préfet du Dicastère pour les causes des saints. Ces six figures pourront désormais être désignées comme vénérables. Cette reconnaissance ne constitue pas une béatification : celle-ci exige normalement la reconnaissance d’un miracle attribué à leur intercession. Mais elle marque une étape décisive dans l’examen de leur sainteté.
Derrière ces six noms se dessinent des histoires particulièrement riches, depuis les villages reculés de l’Inde jusqu’aux montagnes péruviennes, en passant par les couvents de Padre Pio et les œuvres de charité milanaises.
Oreste Marengo, le missionnaire qui parlait plus de vingt langues
Né le 29 août 1906 à Diano d’Alba, en Italie, Oreste Marengo entre chez les salésiens de Don Bosco avant de consacrer sa vie aux missions du nord-est de l’Inde. Ordonné prêtre le 2 avril 1932 à Shillong, il sillonne les villages, souvent éloignés des centres urbains, pour annoncer l’Évangile. Son apostolat possède une particularité remarquable : selon les archives salésiennes, il parlait plus de vingt langues locales, ce qui lui permettait de rencontrer directement les populations.
Nommé évêque de Dibrugarh en 1951, puis de Tezpur en 1964, il prend ensuite la responsabilité du territoire missionnaire de Tura. Il accepte finalement de se retirer pour permettre à un évêque indien de prendre la relève, illustrant sa volonté de voir l’Église locale accéder à sa pleine maturité. Il meurt à Tura le 30 juillet 1998, après plus de six décennies consacrées à l’Inde.
Friedrich Kaiser Depel, l’évêque qui entendait « le cri des Andes »
Né le 24 mai 1903 à Dülmen, en Allemagne, Friedrich Kaiser Depel appartient aux Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus. Arrivé au Pérou en 1939, il devient en 1957 le premier prélat de Caravelí, une immense région montagneuse où les communautés catholiques vivent parfois dans un profond isolement. Une anecdote rapportée par la congrégation qu’il a fondée résume son engagement. Une nuit d’insomnie, préoccupé par ce qu’il appelait « le cri des Andes », il imagine une communauté religieuse capable de rejoindre les populations les plus éloignées, là où prêtres et religieuses manquent.
De cette intuition naîtront les Missionnaires de Jésus Verbe et Victime, vouées à l’évangélisation et à l’assistance des populations rurales abandonnées. Il meurt à Lima le 26 septembre 1993.
Domenico Pogliani, le prêtre qui ouvrit sa maison aux plus pauvres
Né à Milan le 18 décembre 1838, Domenico Pogliani est ordonné prêtre en 1861. Après avoir exercé notamment à la cathédrale de Milan, il devient curé de Cesano Boscone. Profondément marqué par la misère des campagnes lombardes, il commence par accueillir chez lui des personnes âgées, aveugles ou handicapées, souvent privées de toute assistance. Le 1er juin 1896, il fonde l’hospice de la Sainte-Famille, destiné aux personnes considérées à l’époque comme incurables. Son œuvre prend rapidement de l’ampleur : en 1915, elle accueille déjà environ 400 personnes.
Sa devise, Super omnia charitas, signifie « Par-dessus tout, la charité ». Une guérison qu’il attribuait à l’intercession de Notre-Dame du Rosaire avait profondément marqué sa vocation charitable. Il meurt le 25 juillet 1921, laissant une institution qui poursuit encore aujourd’hui sa mission auprès des personnes fragiles.
Alessandro Vitetti, une vie entière au service de son diocèse
Né le 12 octobre 1915 à Cirò, en Calabre, Alessandro Vitetti est ordonné prêtre le 16 juin 1940. Son existence sacerdotale se déroule principalement à Cariati, où il exerce de nombreuses responsabilités : formateur au séminaire, directeur spirituel, chancelier de la curie diocésaine, enseignant et responsable de l’Action catholique. Une particularité de son parcours mérite d’être soulignée : pendant le concile Vatican II, il accompagne à Rome son évêque, Mgr Orazio Semeraro, participant ainsi de près à cette période importante de l’histoire de l’Église. Son ministère reste profondément marqué par l’attention aux pauvres et la formation spirituelle des fidèles. Atteint d’un grave diabète dans les dernières années de sa vie, il meurt à Cariati le 24 février 1995.
Frère Daniele Natale, le fils spirituel de Padre Pio
C’est probablement la figure la plus immédiatement connue des fidèles attachés à Padre Pio. Né Michele Natale le 11 mars 1919 à San Giovanni Rotondo, dans une famille de cultivateurs et de bergers, il grandit dans la pauvreté. Quatrième de sept enfants, il fréquente peu l’école et passe une partie de son enfance à garder les troupeaux. Il rencontre Padre Pio dès son plus jeune âge et entre chez les capucins à quatorze ans. Devenu frère Daniele, il choisit de demeurer frère laïc plutôt que de recevoir l’ordination sacerdotale.Son existence est marquée par les maladies, les hospitalisations et une profonde vie de prière. Après la mort de Padre Pio en 1968, il se consacre particulièrement aux groupes de prière fondés dans le sillage du saint capucin.Une parole attribuée à Padre Pio résume leur proximité spirituelle : « Là où tu seras, je serai aussi ; là où tu iras, j’irai aussi. »
Frère Daniele meurt le 6 juillet 1994. En 2015, sa dépouille est transférée dans l’église conventuelle Santa Maria delle Grazie, à San Giovanni Rotondo, où les fidèles peuvent se recueillir.
Margarita Bavosi, la sainteté dans les gestes ordinaires
Dernière figure reconnue ce 24 octobre, Margarita Bavosi, surnommée « Luminosa », est née le 19 septembre 1941 à Buenos Aires, en Argentine. Diplômée en histoire, elle découvre jeune la spiritualité du mouvement des Focolari, fondé par Chiara Lubich. À 21 ans, elle choisit de se consacrer entièrement à Dieu. Son surnom, « Luminosa », lui est donné en raison de son tempérament joyeux et de sa capacité à transmettre la paix autour d’elle. Elle exerce notamment des responsabilités pendant quatorze années en Espagne. Selon les témoignages recueillis par les Focolari, elle attachait autant d’importance à parler devant des milliers de personnes qu’à accomplir les tâches les plus modestes de la vie communautaire.
Les quatre dernières années de son existence sont marquées par la maladie. Elle meurt le 7 mars 1985 à Albano Laziale, près de Rome, à seulement 43 ans.
Six chemins différents, une même fidélité au Christ
Aucun Français ne figure parmi les six nouveaux vénérables. Leurs parcours témoignent néanmoins de l’universalité de l’Église : trois continents, des vocations différentes et des formes de sainteté qui vont de la mission lointaine au service quotidien des personnes fragiles. La reconnaissance de leurs vertus héroïques rappelle surtout que la sainteté ne se mesure ni à la notoriété ni aux responsabilités exercées, mais à la fidélité avec laquelle une existence entière est donnée au Christ.
À travers ces six figures, Léon XIV rappelle que la sainteté demeure une vocation ouverte à tous : évêques, prêtres, religieux et laïcs, chacun selon l’appel reçu et la fidélité avec laquelle il y répond.


