L’Église fête, mardi 1er septembre 2026, saint Gilles, ou Aegidius, cet ermite dont la vie demeure entourée d’une part de mystère mais dont le culte connut une extraordinaire diffusion dans l’Europe chrétienne. Mort vers 720 selon la tradition, il est indissociable de Saint-Gilles-du-Gard, de son abbaye et de cette biche qui accompagne presque toujours ses représentations. Les données historiques certaines sur sa vie sont peu nombreuses. La tradition le dit d’origine grecque et le fait parvenir en Gaule avant de choisir la solitude dans les forêts de la région de Nîmes, alors située dans la Septimanie. Il y mène la vie des premiers ermites : pauvreté, silence, prière et retrait du monde.
C’est là que prend place l’épisode qui fera de lui l’un des saints les plus facilement reconnaissables de l’iconographie chrétienne.
Selon la tradition, une biche venait quotidiennement nourrir Gilles de son lait. Un jour, alors que l’animal était poursuivi par des chasseurs, il se réfugia auprès de l’ermite. Une flèche destinée à la biche atteignit Gilles. Le saint, blessé, refusa ensuite les honneurs qui lui étaient proposés et demanda seulement de pouvoir poursuivre sa vie consacrée à Dieu. La légende a certainement enrichi au fil des siècles ce récit. Mais elle dit quelque chose de la figure spirituelle que les chrétiens ont reconnue en Gilles : celle d’un homme retiré de la violence du monde, vivant dans une proximité presque retrouvée avec la Création et acceptant lui-même la blessure plutôt que de voir périr l’animal placé sous sa protection.
Autour de l’ermite se constitue progressivement une communauté. Un monastère est fondé dans la vallée Flavienne, à l’emplacement de l’actuelle ville de Saint-Gilles, dans le Gard. C’est là que Gilles aurait achevé sa vie et qu’est conservée la mémoire de son tombeau. L’histoire de saint Gilles aurait pu rester celle d’un saint local du Midi. Elle prit pourtant une tout autre dimension.
La situation du monastère sur les grandes routes empruntées par les pèlerins contribua puissamment à sa renommée. Ceux qui se rendaient vers Rome ou Saint-Jacques-de-Compostelle s’arrêtaient auprès du tombeau de l’ermite. De retour chez eux, ils rapportaient son nom et son histoire. Saint-Gilles devint ainsi l’un des grands sanctuaires de pèlerinage du Moyen Âge et son culte franchit rapidement les frontières. Des églises lui furent dédiées dans de nombreux pays européens. En France même, son nom demeure attaché à des communes, des paroisses et des sanctuaires. L’abbatiale de Saint-Gilles-du-Gard témoigne encore aujourd’hui de l’importance exceptionnelle prise par le lieu au temps de la chrétienté médiévale.
Cette popularité explique aussi les nombreuses protections qui lui furent attribuées. Saint Gilles fut invoqué contre les peurs, les frayeurs nocturnes, l’épilepsie autrefois appelée « mal caduc », mais également dans les situations considérées comme désespérées. Sa biche, sa coule monastique et parfois la flèche rappelant sa blessure permettent de l’identifier immédiatement dans la peinture et la statuaire chrétiennes.
Sa réputation de thaumaturge devint telle que Gilles fut compté parmi les Quatorze Saints Auxiliateurs, particulièrement invoqués à la fin du Moyen Âge contre les maladies et les grandes détresses humaines. Mais derrière l’immense succès populaire du saint demeure une vie fondée sur un paradoxe profondément chrétien : Gilles avait choisi de disparaître aux yeux des hommes et son nom traversa les siècles. L’ermite avait cherché le désert ; des foules prirent la route pour venir jusqu’à lui.Cette dimension du pèlerinage reste d’ailleurs attachée à sa mémoire. Le Guide du pèlerin de saint Gilles invite celui qui marche à comprendre que la route extérieure peut devenir une route intérieure, conduisant progressivement l’homme vers Dieu.
Plus étonnant encore, cette tradition du voyage connaît aujourd’hui un prolongement inattendu : saint Gilles est devenu en 2017 le patron des camping-caristes dans la paroisse de Malestroit, en Bretagne, où un pardon leur est consacré autour de sa fête. Une prière demande notamment, par son intercession, la protection des voyageurs et la grâce de savoir s’émerveiller devant la Création.
Treize siècles après sa mort, saint Gilles reste ainsi associé à ceux qui prennent la route. Mais sa vie rappelle surtout que le véritable voyage chrétien peut commencer dans le silence : celui d’un homme qui quitte le bruit du monde pour chercher Dieu et finit, sans l’avoir voulu, par montrer le chemin à des générations de pèlerins.


