Édouard Balladur est mort lundi 31 août 2026 à Paris, à l’âge de 97 ans. L’ancien Premier ministre restera associé à Matignon, à la cohabitation avec François Mitterrand et à l’élection présidentielle de 1995. Mais derrière cette longue carrière politique se trouvait une histoire beaucoup moins connue : celle d’une famille catholique dont les racines chrétiennes remontaient à plusieurs siècles.
Édouard Balladur était né le 2 mai 1929 à Smyrne, l’actuelle Izmir, en Turquie. Sa famille appartenait au monde des chrétiens du Levant, étroitement lié à la culture française et au catholicisme latin. Les origines familiales conduisent beaucoup plus loin, jusqu’au Nakhitchevan, dans le Caucase. Les ancêtres des Balladur appartenaient à une communauté chrétienne marquée par l’action de missionnaires dominicains et passée au catholicisme. Les guerres et persécutions qui frappèrent la région provoquèrent l’exode d’une partie de ces catholiques.
L’un des ancêtres de l’ancien Premier ministre, André Balladur, quitta ainsi le Nakhitchevan avec son frère et d’autres chrétiens accompagnés par des dominicains. Son frère mourut au cours du voyage. André parvint jusqu’à Smyrne, grande cité cosmopolite de l’Empire ottoman, où s’établit la branche familiale dont devait naître, plusieurs générations plus tard, Édouard Balladur. La famille est souvent présentée comme d’origine arménienne, y compris dans la biographie officielle de l’ancien Premier ministre. La réalité historique est plus complexe. Le Monde, qui avait enquêté sur ses origines, relevait que cette communauté du Nakhitchevan parlait notamment arménien et latin et appartenait au catholicisme romain. Dans cet Orient chrétien, les appartenances religieuses, linguistiques et nationales ne correspondaient pas toujours aux catégories actuelles.
À Smyrne, les Balladur vécurent au sein de la communauté catholique latine et se rapprochèrent progressivement de la France. La famille devint francophone. Le père d’Édouard, Pierre Balladur, travailla notamment à la Banque ottomane. Devenue française dans les années 1920, la famille quitta la Turquie alors qu’Édouard était encore enfant et s’installa à Marseille en 1934. Sa formation resta profondément marquée par le catholicisme familial. À Paris, il fut notamment pensionnaire chez les maristes de la rue de Vaugirard, avant d’entrer à Sciences Po puis à l’ENA.
Edouard Balladur parlait peu publiquement de sa foi. Son catholicisme était celui d’un homme réservé, peu enclin à exposer sa vie intérieure. Mais lorsqu’il s’exprimait sur le christianisme, ses propos étaient sans ambiguïté. En 1997, interrogé sur la place de l’Église dans la société, il estimait qu’elle devait continuer à rappeler les exigences de la charité et à intervenir dans les questions morales. Il résumait surtout sa pensée par cette formule : « le christianisme doit d’abord rester fidèle à lui-même ». ( source : Vie publique, entretien du 30 septembre 1997).)
Il défendait également la place du catholicisme dans l’histoire nationale. Le 30 septembre 1997, revenant sur les controverses suscitées un an plus tôt par la venue de Jean-Paul II à Reims pour le 1 500e anniversaire du baptême de Clovis, Édouard Balladur rappelait le rôle déterminant de l’Église dans la naissance de la France :
« C’est sous l’aide de l’Église que la France s’est constituée » (source : Vie publique, entretien du 30 septembre 1997).
Les Journées mondiales de la jeunesse de Paris, en août 1997, l’avaient également marqué. Devant ces centaines de milliers de jeunes réunis autour de Jean-Paul II, l’ancien Premier ministre y voyait la manifestation d’une attente à laquelle la politique ne pouvait répondre seule. Il en tira une phrase qui résume peut-être le mieux cette dimension méconnue de l’homme : « Le discours politique ne comble pas l’attente des cœurs. » De ses ancêtres catholiques contraints de quitter le Caucase jusqu’aux maristes de Paris, en passant par la communauté chrétienne de Smyrne, la foi catholique appartient donc pleinement à l’histoire familiale d’Édouard Balladur. Elle demeura chez lui discrète, mais elle nourrissait manifestement une conviction : ni l’État ni la politique ne peuvent se substituer à ce qui relève de la vie spirituelle de l’homme.


