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[Vidéo] Monseigneur Antoine de Romanet : « La parole de Dieu, ce ne sont pas des mythes ou des contes pour endormir les enfants »

Monseigneur Antoine de Romanet,  évêque aux Armées françaises @tribunechretienne
Monseigneur Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises @tribunechretienne
"De la loi à la grâce, de la lettre à l'esprit, des commandements aux béatitudes" : une prédication où l'expérience militaire devient le point d'appui d'une réflexion exigeante sur ce que signifie croire au Christ

À Fréjus, ce lundi 31 août 2026, Monseigneur Antoine de Romanet s’est adressé aux Troupes de marine réunies à l’occasion des célébrations traditionnelles de Bazeilles. Chaque année, autour des 31 août et 1er septembre, marsouins et bigors commémorent les combats de Bazeilles de 1870, l’un des épisodes fondateurs de la mémoire des Troupes de marine.

L’Évangile du jour, tiré de saint Luc, fournit le fil conducteur de son homélie : « Cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » L’évêque aux Armées développe à partir de ces mots une méditation sur la parole : celle par laquelle Dieu crée, celle qui se fait chair en Jésus-Christ, mais aussi celle que les hommes se donnent et sur laquelle repose leur confiance. « Au commencement, Dieu crée par sa parole. Dieu dit, et cela est », rappelle-t-il. Cette Parole est le Christ lui-même. Jésus n’est pas seulement « l’Enfant Jésus du 24 décembre au soir dans la crèche de Bethléem », mais le Verbe dont parle saint Jean, celui par qui tout fut créé et qui « s’est fait chair ».

Monseigneur de Romanet inscrit ainsi l’Incarnation dans la continuité de la Première Alliance. Jésus reprend la prophétie d’Isaïe et accomplit l’attente messianique d’Israël. Le peuple juif, explique-t-il, attendait le Messie sans pouvoir imaginer « que ce Messie, ce soit Dieu lui-même qui se fasse homme en venant partager notre condition ». L’évêque prononce alors l’un des passages marquants de son homélie : « Nous comprenons que la parole de Dieu, ce ne sont pas des mythes ou des contes pour endormir les enfants ; c’est une réalité historique incontournable dont la permanence du peuple d’Israël est le témoignage le plus exemplaire. La Bible, Israël, Jérusalem sont bien au centre de l’actualité mondiale depuis trente siècles. »

La permanence d’Israël est ici évoquée par Monseigneur de Romanet comme le signe visible de cet enracinement historique. Une manière aussi de rappeler que le christianisme ne peut comprendre sa propre identité en faisant abstraction de la Première Alliance dont il est issu.

La Révélation biblique s’inscrit en effet dans une histoire, celle d’un peuple, d’alliances et d’événements concrets, jusqu’à l’Incarnation. Pour la foi chrétienne, Dieu ne demeure pas extérieur à l’histoire : le Verbe y entre et se fait chair. Devant des militaires, cette réflexion sur la Parole prend ensuite une signification très concrète. « Je te donne ma parole » : derrière cette expression se trouve la confiance sans laquelle aucune communauté humaine ne peut tenir. Dans l’armée, elle devient vitale. « Sans cela, il n’y a pas d’armée, il n’y a pas de force, il n’y a pas d’efficacité, il n’y a pas de cohésion », affirme Monseigneur de Romanet. Cette confiance lie le militaire à son chef autant qu’à ceux qui combattent avec lui : « Ma vie est entre tes mains, ta vie est entre les miennes. »

La fraternité d’armes permet alors à l’évêque d’aborder la foi elle-même. Croire ne consiste pas simplement à connaître un contenu doctrinal. Il rappelle la distinction classique entre fides quae, le contenu objectif de la foi, et fides qua, l’acte personnel par lequel le croyant adhère à cette foi.

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On peut connaître le christianisme sans que cette connaissance transforme l’existence. « Je peux connaître le Christ et l’Évangile au plan conceptuel des idées, et ne pas l’accueillir dans mon cœur, dans ma vie, dans la vérité de mon être et de mon existence. » L’image qui traverse l’homélie est alors celle d’un passage : de la tête au cœur, puis du cœur aux mains. La Parole s’accomplit lorsqu’elle devient acte. Le parallèle avec l’expérience militaire prend ici tout son sens : comprendre un ordre ne suffit pas, encore faut-il qu’il mette celui qui le reçoit en mouvement.

« Il s’agit de passer à l’action ensemble avec mes frères d’armes pour gagner la victoire militaire », explique Monseigneur de Romanet, avant d’ajouter qu’il faut également passer à l’action avec ses « frères les hommes pour renaître, revivre et ressusciter ».

Cette réflexion conduit à l’obéissance. Lorsque la parole passe de la tête au cœur, explique l’évêque, on passe « de la lettre à l’esprit ». L’obéissance ne se réduit plus à l’exécution d’une prescription : elle suppose d’en saisir le sens. Dans la vie chrétienne, le Christ fait ainsi passer « de la loi à la grâce, de la lettre à l’esprit, des commandements aux béatitudes ». « Nous ne sommes pas les disciples d’un livre, mais les disciples du Christ », poursuit Monseigneur de Romanet. La formule précise le centre de son propos : le christianisme ne se réduit ni à une morale ni à une connaissance intellectuelle. Il repose sur une relation avec le Christ, désigné ici comme « Messie, Fils de Dieu, Christ et Sauveur ».

Évêque aux Armées françaises depuis 2017, Monseigneur Antoine de Romanet exerce son ministère auprès des militaires et de leurs familles, en France comme sur les théâtres d’opérations. Ordonné prêtre pour l’archidiocèse de Paris en 1995, ancien élève de Sciences Po et docteur en sciences économiques, il porte au sein de l’épiscopat la responsabilité particulière de l’accompagnement pastoral du monde militaire. À Fréjus, l’univers militaire ne sert donc pas simplement de cadre à l’homélie. Parole donnée, confiance, obéissance, fraternité et engagement deviennent autant de points de rencontre avec la vie chrétienne.

intégralité de l’Homélie de Monseigneur Romanet

« Chers amis, l’Évangile que nous venons d’entendre est celui qui résonne dans l’Église universelle en ce lundi. Et voilà que nous sommes devant le début du ministère public de Jésus, au début de l’Évangile de saint Luc : « Cette parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

Je voulais ce matin avec vous très simplement réfléchir sur cette réalité de la parole : de la parole créatrice qui s’incarne en Jésus, de la parole qui est invitée à s’incarner en chacune de nos vies en passant de la tête au cœur.

Au commencement, Dieu crée par sa parole. Dieu dit, et cela est. C’est le sens profond du premier chapitre de la Genèse. Cette parole, c’est le Christ. Le Christ n’est pas simplement l’Enfant Jésus du 24 décembre au soir dans la crèche de Bethléem, il est le Verbe créateur : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire. »

Jésus est cette parole créatrice et recréatrice qui s’est incarnée un jour du temps, et qui aujourd’hui résonne à nos oreilles et à nos cœurs, et nous offre ce chemin de conversion passant de notre intelligence à notre cœur.

Le concile Vatican II a voulu souligner l’importance de la table de la Parole, qui est en principe de même matière et de même importance que la table des offrandes. Cette liturgie de la Parole, qui est celle à laquelle nous venons d’assister dans la synagogue de Capharnaüm où Jésus, en parlant à ses interlocuteurs, est venu parler à chacun de nos cœurs.

La parole, c’est le lieu de la confiance, de la foi : « J’ai confiance en toi, j’ai foi en toi. » Cette importance décisive de la parole donnée : « Je te donne ma parole. » Magnifique au jour du mariage, mais au fond, c’est chaque contrat, chaque relation humaine qui est fondée sur cette parole de confiance sans quoi il n’est pas de vie, de fécondité, de possibilité de rayonnement.

Importance de la confiance dans la parole du chef : sans cela, il n’y a pas d’armée, il n’y a pas de force, il n’y a pas d’efficacité, il n’y a pas de cohésion. Décisif que la confiance que j’ai dans la parole de mon lieutenant, de mon capitaine, de mon colonel, du général chef de corps, du général père de l’arme. Confiance également dans la parole de mon frère d’armes : « Ma vie est entre tes mains, ta vie est entre les miennes. » C’est cette fraternité d’armes, c’est cette confiance en la parole mutuelle qui est essentielle.

Cette parole, elle est créatrice et recréatrice. Et nous savons les merveilles des paroles d’encouragement, de soutien, de pardon. Une parole peut faire vivre comme elle peut tuer. Une parole peut résonner une vie entière comme un soutien, une lumière, une espérance, une parole de don, de pardon ou de confiance.

Ce que nous constatons humainement chacun dans nos existences s’éclaire par la parole de Dieu. Une parole enracinée dans des faits historiques. C’est toute la Première Alliance qui vient ici s’accomplir dans cet Évangile. Jésus reprend à son compte la prophétie d’Isaïe. Jésus accomplit toutes les prophéties de la Première Alliance en les dépassant de part en part. Parce que si le peuple juif attendait la venue d’un Messie, il ne pouvait imaginer que ce Messie, ce soit Dieu lui-même qui se fasse homme en venant partager notre condition. Nous comprenons que la parole de Dieu, ce ne sont pas des mythes ou des contes pour endormir les enfants ; c’est une réalité historique incontournable dont la permanence du peuple d’Israël est le témoignage le plus exemplaire. La Bible, Israël, Jérusalem sont bien au centre de l’actualité mondiale depuis trente siècles.

Et bien, pour s’accomplir, la parole de Dieu doit passer de la tête au cœur. Cette distinction centrale est très claire entre fides quae et fides qua.

  • Fides quae, c’est le contenu objectif de la foi : on peut y réfléchir avec notre intelligence, on peut faire des thèses, on peut l’étudier pendant des années à l’université.
  • Fides qua, c’est la signification personnelle de la foi, c’est la manière dont je la réfléchis dans mon cœur.

La parole, d’abord je la réfléchis dans ma tête, mais pour qu’elle s’accomplisse, il faut que je la réfléchisse dans mon cœur. Là aussi, l’armée est exemplaire : je peux connaître un ordre et ne pas l’accueillir si la confiance en la parole ne touche pas mon cœur. C’est tous les développements sur le commandement d’intention ou le commandement d’amitié : comprendre dans mon cœur ce qui a été dit à ma tête. Je peux connaître le Christ et l’Évangile au plan conceptuel des idées, et ne pas l’accueillir dans mon cœur, dans ma vie, dans la vérité de mon être et de mon existence.

La parole est appelée à s’accomplir, c’est-à-dire à se réaliser. Je réalise d’abord dans ma tête (par exemple à l’étude de mes propos, je réalise que Jésus accomplit la prophétie d’Isaïe), mais ça ne va véritablement se réaliser que si ça touche mon cœur, si je me sens personnellement concerné et mis en mouvement. Et ça ne va véritablement se déployer que si ça se réalise par mes mains, par ma vie, par l’engagement concret, incarné de mon existence.

J’ai compris cela avec un professeur de mathématiques d’un collège, qui avait enseigné pendant trente ans la géométrie, qui était prêtre, et qui au moment de la retraite a voulu faire un diplôme d’ébénisterie. Il était passionné par le bois. Il m’a expliqué qu’il avait compris un théorème de géométrie qu’il avait enseigné pendant trente ans le jour où il avait réalisé par ses mains la pièce de bois correspondante. Réalisé dans sa tête, réalisé dans son cœur, réalisé par ses mains : c’est ainsi que s’accomplit la parole, non pas d’une manière conceptuelle ou théorique, mais dans l’engagement effectif de ce que je suis.

Il s’agit de passer à l’action ensemble avec mes frères d’armes pour gagner la victoire militaire, passer de la tête au cœur et à l’action. Mais il s’agit de passer aussi à l’action ensemble avec mes frères les hommes pour renaître, revivre et ressusciter.

Lorsque la parole passe de la tête au cœur, je passe de la lettre à l’esprit. Je n’obéis pas à une parole morte, à un ordre mort, mais à un esprit que j’ai compris et que j’ai accueilli dans mon cœur. C’est la merveille de l’esprit de corps, de l’esprit de la nation, de l’esprit du régiment, de l’esprit de valeur, de dignité et de liberté. Nous sommes au cœur de l’esprit qui anime le meilleur de l’armée. Le rôle des chefs est de faire passer précisément l’esprit profond de la signification, qui permet à un ordre de se réaliser parce que je l’accomplis en passant de la tête au cœur et à mes mains.

On sort du permis, du défendu, pour entrer dans l’intelligence du cœur. L’intelligence, c’est ce que l’on fait lorsqu’on ne sait pas, parce que le cœur sait découvrir le chemin le meilleur. C’est l’extraordinaire du Christ qui nous fait passer de la loi à la grâce, de la lettre à l’esprit, des commandements aux béatitudes. Et au fond, tout ceci est résumé par le refrain du psaume qui a été magnifiquement chanté tout à l’heure par notre ami : « De quel amour j’aime ta loi, Seigneur ! », parce que mon cœur s’est laissé toucher et a été mis en mouvement.

Alors nous comprenons que nous ne sommes pas les disciples d’un livre, mais les disciples du Christ avec qui nous sommes invités à entrer dans une relation non pas de connaissance intellectuelle, mais de relation personnelle. Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre est une relation personnelle, une parole qui nous répond à la mesure des questions que nous lui posons, avec une actualité stupéfiante. Des mots qui ont vingt siècles et qui ont une pertinence jour après jour, au-delà des changements de culture et de civilisation.

Cette parole de Dieu que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. La Bonne Nouvelle, ce n’est pas d’abord ce que le Christ nous dit, mais ce que le Christ est : Messie, Fils de Dieu, Christ et Sauveur.

  • Le premier saut de la vie chrétienne, c’est lorsque je réalise que cette parole, elle est pour moi.
  • Le deuxième saut de la vie chrétienne, c’est lorsque je réalise combien cette parole est une parole de libération pour moi : « Je suis venu pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres et aux aveugles qu’ils verront la lumière. »

Eh bien, mes amis, la Bonne Nouvelle du Christ, elle est Bonne Nouvelle pour moi en tant que je reconnais ma pauvreté, ma faiblesse et mon aveuglement. C’est dans la conscience de cette pauvreté et de cette faiblesse que je peux recevoir cette parole de vie, de libération, de résurrection, et la faire passer de ma tête à mon cœur et à mes mains, avec une totale confiance, une pleine lumière, une fabuleuse espérance.

« Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » Puissions-nous chacun ce matin prononcer cette parole à la première personne, parce que l’accomplissement de la parole de Dieu aujourd’hui passe par l’intelligence et l’engagement du cœur de chacune de nos vies.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. »

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