Plusieurs élus de gauche et écologistes dénoncent une dépense jugée excessive. Un débat qui révèle aussi le regard de plus en plus critique porté sur la présence de l’Église dans l’espace public. Accueillir le successeur de saint Pierre serait-il devenu un sujet de controverse ? À Metz, où le pape Léon XIV est attendu le 28 septembre prochain dans le cadre de son voyage apostolique en France, la question semble désormais se poser. Selon les informations du Républicain Lorrain, l’examen du budget supplémentaire de la Ville de Metz a fait apparaître une provision de 500 000 euros destinée à préparer la venue du souverain pontife. Deux enveloppes de 250 000 euros ont été inscrites : l’une en investissement pour financer les équipements nécessaires à l’accueil du pape, l’autre en fonctionnement afin de couvrir les dépenses liées à l’organisation de cette journée exceptionnelle. Il ne s’agit pas d’une dépense définitivement engagée mais d’une provision budgétaire. Pourtant, le simple montant annoncé a suffi à enflammer les débats.
Comme l’a rapporté Tout-Metz, l’élu écologiste Jérémy Roques s’est insurgé contre cette enveloppe, estimant que « 500 000 euros, c’est une somme énorme ! ». Au cours des échanges, il est même allé jusqu’à comparer la venue du pape à celle de personnalités comme Donald Trump, le dalaï-lama, Beyoncé ou encore Céline Dion. La comparaison a de quoi surprendre. Car le pape n’est ni une vedette de la chanson ni une personnalité médiatique de passage. Il est le successeur de saint Pierre, le chef spirituel de plus de 1,4 milliard de catholiques et le chef de l’État de la Cité du Vatican. Chacune de ses visites attire des centaines de milliers de fidèles et bénéficie d’une couverture médiatique mondiale.
Le maire de Metz, François Grosdidier, a d’ailleurs rappelé qu’il s’agissait d’un événement « diffusé en mondiovision », offrant à la ville une visibilité exceptionnelle. Emmanuel Lebeau, rapporteur du budget, a quant à lui souligné qu’une telle visite relevait de l’histoire, rappelant qu’il s’agissait seulement de la troisième visite d’un pape à Metz.
Fait révélateur, les critiques formulées contre cette dépense n’ont pas fait l’unanimité jusque dans les rangs de l’opposition. Le conseiller socialiste Bertrand Mertz a reconnu qu’il était normal pour une ville d’accueillir « l’une des personnes les plus en vue du monde ». Plus direct encore, le conseiller du Rassemblement national Étienne Anstett a répondu : « Le pape est le souverain pontife. Ce n’est ni Beyoncé, ni un chanteur. » Au-delà du débat budgétaire, cette controverse interroge. Lorsqu’une collectivité investit plusieurs millions d’euros pour accueillir une compétition sportive, un festival ou un grand événement culturel, ces dépenses sont souvent présentées comme un investissement pour l’attractivité du territoire. Mais lorsqu’il s’agit de recevoir le chef de l’Église catholique, certains semblent ne plus voir qu’un coût.
Pourtant, la visite de Léon XIV dépasse largement le cadre d’une simple célébration religieuse. À Metz, le Saint-Père doit notamment rendre hommage à Robert Schuman, père fondateur de la construction européenne dont la cause de canonisation est en cours, et porter un message de paix sur une terre marquée par les déchirures de l’histoire. Bien sûr, il est légitime que les élus débattent de l’utilisation de l’argent public. C’est même leur devoir. Mais réduire la venue du successeur de Pierre à une simple ligne comptable, ou la placer sur le même plan qu’un spectacle ou la tournée d’une célébrité, témoigne d’une difficulté croissante à reconnaître la place singulière qu’occupe encore le christianisme dans l’histoire, la culture et l’identité de notre pays.
Le 28 septembre prochain, les débats budgétaires auront sans doute été oubliés. En revanche, les images de Metz accueillant le pape Léon XIV feront le tour du monde. Et elles rappelleront qu’au-delà des polémiques politiques, une visite pontificale demeure un événement exceptionnel, spirituel, diplomatique et historique.
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