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« L’aide à mourir est une imposture » : Monseigneur Marc Aillet démonte point par point une « loi de mort »

Marc Aillet - capture écran
Marc Aillet - capture écran
L'évêque de Bayonne démonte méthodiquement les fondements d'un texte qu'il qualifie d'« imposture » et appelle les députés à assumer leur responsabilité avant le vote décisif du 15 juillet

Parmi les évêques qui se dressent avec le plus de force contre ce projet de loi mortifère, Monseigneur Marc Aillet se distingue par la précision et la vigueur de son argumentation : « L’aide à mourir est une imposture. » Le ton est donné dès le titre du communiqué publié par Monseigneur Marc Aillet. Pour l’évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, la proposition de loi examinée par l’Assemblée nationale ne relève pas d’un débat technique ou sociétal parmi d’autres. Elle constitue une rupture majeure, tant sur le plan moral qu’anthropologique. Premier mensonge dénoncé : celui de la nécessité de cette loi. Monseigneur Aillet rappelle que les lois Leonetti et Claeys-Leonetti permettent déjà d’éviter « l’obstination déraisonnable » et de recourir, lorsque cela est nécessaire, à une sédation profonde et continue. Il cite même le Comité consultatif national d’éthique, qui reconnaissait en 2022 que la législation actuelle répond « dans la quasi-totalité des cas » aux demandes des malades. Dès lors, pourquoi vouloir aller plus loin ?

L’évêque dénonce ensuite ce qu’il appelle un « mensonge sémantique ». Selon lui, parler d’« aide à mourir » revient à masquer la réalité. Ce texte ne vise pas à mieux accompagner les personnes souffrantes, rôle qui appartient aux soins palliatifs, mais bien à légaliser le suicide assisté et l’euthanasie, deux termes soigneusement absents du projet de loi. Plus grave encore, il rappelle que le dispositif ne concernerait pas uniquement des personnes en toute fin de vie, mais potentiellement des centaines de milliers de malades atteints d’affections graves et incurables. Monseigneur Aillet démonte également l’argument d’une prétendue « loi de compromis ». Il souligne que les amendements destinés à mieux protéger les personnes les plus vulnérables ont été rejetés. Il s’inquiète notamment de l’absence de clause de conscience pour les pharmaciens et pour les établissements de santé dont l’identité repose sur le respect absolu de la vie, évoquant le cas des Petites Sœurs des Pauvres. « Cette proposition de loi n’a décidément rien d’une loi de liberté », écrit-il.

Autre sujet d’inquiétude : les garde-fous. Pour l’évêque, ils sont largement illusoires. Il rappelle que le délai de réflexion prévu n’est que de quarante-huit heures et que la commission de contrôle n’interviendra… qu’après le décès du patient. Il met également en garde contre le risque d’un élargissement progressif de la loi, comme cela s’est produit en Belgique, aux Pays-Bas ou encore au Canada.

Le cœur de son argumentation demeure la protection des plus fragiles. Alors que près de la moitié des Français n’ont toujours pas accès aux soins palliatifs, l’évêque redoute que « la mort administrée » ne devienne la réponse aux défaillances du système de santé. Il cite le député Dominique Potier, pour qui « l’idée d’une mort digne et choisie est une fiction bourgeoise dont les milieux populaires seront les premières victimes », et avertit qu’il deviendra demain « plus facile de demander la mort que d’obtenir un soin ».

Enfin, Monseigneur Aillet replace ce débat dans une perspective plus fondamentale. « Tu ne tueras pas », rappelle-t-il en citant le cinquième commandement. Mais son argumentation ne se limite pas à la foi catholique : l’interdit de tuer constitue, selon lui, un principe universel sur lequel repose toute civilisation. Légaliser le suicide assisté et l’euthanasie représenterait une « rupture anthropologique majeure », aux conséquences encore largement sous-estimées. À quelques jours du vote définitif, Monseigneur Marc Aillet appelle les catholiques à écrire à leurs députés et exhorte le gouvernement à suspendre l’examen du texte. Sa conclusion prend la forme d’une prière autant que d’un avertissement : « Choisis donc la vie, pour que tu vives, toi et ta descendance » (Dt 30, 19). Un appel qui résonne comme l’un des plaidoyers les plus complets et les plus fermes de l’épiscopat français contre ce que l’évêque n’hésite pas à qualifier de « loi de mort ».

intégralité du communiqué de Monseigneur Aillet

Pour une juste compréhension, texte à lire dans son intégralité

« L’aide à mourir » : une imposture

En votant, le 7 juillet, en faveur de la motion de rejet préalable qui leur était présentée, les sénateurs ont, pour la troisième fois consécutive, rejeté la proposition de loi relative à « l’aide à mourir ».
Le gouvernement ayant décidé de donner le dernier mot à l’Assemblée nationale, le vote définitif de ce texte devrait intervenir le 15 juillet prochain…

Un mensonge organisé

On a tout d’abord voulu nous faire croire qu’une nouvelle loi était absolument nécessaire. Or, la « loi Léonetti » adoptée en 2005 à l’unanimité, proscrit toute « obstination déraisonnable » et la loi Claeys-Leonetti de 2016 va jusqu’à prévoir la possibilité de recourir à une sédation profonde et continue pour soulager une personne dont le pronostic vital est engagé à court terme. Dans son avis du 13 septembre 2022, le Comité Consultatif National d’Éthique reconnaît d’ailleurs à demi-mot que « la loi actuelle permet de répondre aux demandes de malades dans la quasi-totalité des cas ».

« L’aide à mourir », nous dit-on, répond à une forte attente des Français, qui seraient très majoritairement favorables à l’adoption rapide de cette loi.
Mais le sondage précis et rigoureux d’OpinionWay réalisé en octobre 2025 pour la Fondapol, démontre à l’inverse que pour la moitié au moins de nos concitoyens, l’introduction d’un éventuel « droit à mourir » ne saurait être envisagée tant que l’accès des soins palliatifs n’est pas effectivement garanti sur l’ensemble du territoire national.

La proposition de loi « relative à l’aide à mourir » repose quant à elle sur un mensonge sémantique, car elle n’a pas pour objet de « venir en aide » aux patients qui en ont le plus besoin (ce qui est le propre des soins palliatifs), mais bel et bien de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie (mots qui n’apparaissent pourtant ni dans l’intitulé, ni dans le contenu du texte).
Plus grave encore, et contrairement à ce qu’imaginent un grand nombre de nos concitoyens, cette loi n’est nullement « une loi d’exception » ou « d’ultime recours » conçue pour un nombre limité de patients en « fin de vie », le critère principal retenu pour être « éligible » (souffrir d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital « en phase avancée ou terminale ») étant susceptible de concerner plusieurs centaines de milliers de personnes (en cas de cancer métastatique, de sclérose en plaques, de maladie de Parkinson, de certaines formes de diabète ou d’insuffisance respiratoire grave…).

Une « loi de compromis » ?

Cette proposition de loi n’est pas « une loi de compromis » car bien que le « délit d’entrave » ait notamment été retiré de la dernière version du texte à seule fin de rassurer les indécis, la quasi-totalité des amendements déposés pour renforcer la protection des personnes les plus vulnérables ont été balayés d’un revers de main par les défenseurs de « l’aide à mourir » :

  • En principe, nul ne peut demander à « bénéficier » de « l’aide à mourir » s’il n’est pas reconnu « apte à manifester une volonté libre et éclairée »… mais les amendements qui proposaient que les personnes mentalement déficientes ou que les « majeurs protégés » (adultes sous tutelle ou sous curatelle, qui n’ont pas le pouvoir de signer un chèque ou un contrat) ne puissent demander le suicide assisté ou l’euthanasie, ont été écartés.
  • Aucune clause de conscience n’est prévue pour les pharmaciens potentiellement chargés de préparer la potion létale : les députés s’y sont formellement opposés.
  • Cette clause de conscience est également refusée aux établissements privés dont la charte éthique ou les valeurs sont fondées sur le respect absolu de la vie, comme c’est le cas de nombreux établissements de soins qui dépendent d’une communauté religieuse telle que les Petites Sœurs des Pauvres. Ces communautés seront-elles prochainement condamnées à de lourdes peines d’amendes ou de prison pour avoir refusé d’admettre que l’euthanasie puisse être mise en œuvre en leur sein ? Seront-elles un jour contraintes de mettre la clé sous la porte ou de quitter la France ?…

Cette proposition de loi n’a décidément rien d’« une loi de liberté individuelle qui crée un nouveau droit mais n’enlève rien à personne »…

Et quoi qu’en dise le gouvernement ou la présidente de l’Assemblée Nationale, cette loi n’est pas non plus un texte « équilibré » ni « strictement encadré ».

Un texte terriblement permissif

C’est ainsi qu’un délai de réflexion de 48 heures est jugé suffisant pour qu’un patient confirme ou non une demande de suicide assisté ou d’euthanasie, ce qui ferait de la loi française une des plus expéditives au monde (ce délai étant d’un mois en Belgique et de trois mois au Canada).

Quant aux garanties prévues par le texte, elles paraissent bien illusoires : c’est notamment le cas de la commission chargée de vérifier le respect de la procédure « d’aide à mourir », qui ne peut se réunir qu’a posteriori, c’est-à-dire après la mort du patient…

Il faudrait être bien naïf pour ne pas comprendre que ces prétendus garde-fous évolueront très rapidement, qu’ils seront progressivement élargis et qu’ils sauteront les uns après les autres, comme cela s’est effectivement produit dans l’ensemble des pays qui ont légalisé l’euthanasie (Belgique, Pays-Bas, Canada).

C’est d’ailleurs ce que reconnaissent, en privé, ses partisans les plus acharnés, parmi lesquels le professeur Jean-Louis Touraine (membre éminent de l’ADMD, l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) selon qui « il faut obtenir le plus possible dans la première loi, et surtout, une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans » pour l’étendre aux mineurs, aux malades mentaux ainsi qu’aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer
(cf. l’enregistrement vidéo du 30 novembre 2024).

Et puis, comment pourrait-on prétendre mener une politique de prévention du suicide digne de ce nom, tout en faisant du « suicide assisté » un véritable droit, dans un pays comme le nôtre où le suicide est hélas, la première cause de mortalité des jeunes ?

« L’interdit de tuer est une protection pour tous » rappelait il y a quelques jours Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune. Il n’est pas de garde-fou plus fiable et plus incontournable que celui-là.

Le témoignage des médecins et des soignants

Pour les personnes considérées comme « éligibles », la « proposition de loi Falorni » privilégie le « suicide assisté » ; elle prévoit néanmoins que l’euthanasie puisse être pratiquée par un médecin ou un infirmier si le patient n’est plus en mesure de se donner lui-même la mort…

Le fait est qu’une grande majorité de médecins, mais aussi des professionnels de santé (en particulier ceux qui exercent dans une unité de soins palliatifs), sont foncièrement hostiles à l’euthanasie, ou n’admettent pas que le fait de donner la mort puisse être assimilé à un soin.

La vocation du médecin et de l’ensemble du corps médical n’est-elle pas de soigner ou de soulager, et non de supprimer celui qui souffre ?

Un journaliste qui voulait connaître l’opinion d’un médecin généraliste sur l’ « aide à mourir », s’était entendu répondre : « Il existe des seuils que la médecine doit refuser de franchir pour rester humaine  »…

Faut-il également rappeler l’importance du Serment d’Hippocrate (IVème siècle avant Jésus Christ) que prononce tout médecin en début de carrière (« Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ») ? Faudra-t-il prochainement modifier le Code de déontologie médicale selon lequel « le médecin doit accompagner le mourant jusqu’à ses derniers instants, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d’une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage. Il n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort » (art. R 4127‑38.) ?

Or, les médecins et les professionnels de santé concernés le savent bien : il est toujours possible de soulager sans donner la mort, et la quasi-totalité des patients qui réclament l’euthanasie finissent par y renoncer lorsqu’ils sont correctement pris en charge dans une unité de soins palliatifs…

L’élimination programmée des plus vulnérables

En l’état actuel des choses, soit près de 30 ans après le vote de la loi du 9 juin 1999 « visant à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs », la moitié des Français n’ont toujours pas accès à des soins palliatifs de qualité et une vingtaine de départements en sont encore entièrement dépourvus.

Dans ces conditions, « la mort administrée ne risque-t-elle pas de devenir une partie de la réponse des pouvoirs publics aux défaillances de la prise en charge des malades ? » (Alain Milon, rapporteur du texte, le 7 juillet 2026 au Sénat) ?

Ceux de nos concitoyens qui vivent aujourd’hui dans de véritables déserts médicaux, subissent de plein fouet la dégradation de notre système de santé et ne peuvent pas non plus bénéficier d’une prise en charge au sein d’une unité de soins palliatifs, ne seront-ils pas nécessairement incités à demander le suicide assisté ou l’euthanasie ? Les plus vulnérables, les plus isolés ou les plus dépendants, qui n’ont ni les ressources ni les relations suffisantes pour s’en sortir par eux-mêmes, seront bel et bien les premières victimes de « l’aide à mourir » qu’on leur propose.

« L’idée d’une mort  »digne et choisie » est une fiction bourgeoise dont les milieux populaires seront les premières victimes » déplore à juste titre le député socialiste Dominique Potier.

De fait, il sera demain « plus facile de demander la mort que d’obtenir un soin», mais aussi « plus facile et bien plus économique d’accéder à l’euthanasie qu’à une unité de soins palliatifs ».

Une députée Renaissance n’est-elle pas précisément allée jusqu’à reconnaître, en février dernier, en commission des affaires sociales, à l’Assemblée nationale, que le suicide assisté et l’euthanasie seraient proposés aux patients en fin de vie « qui n’ont pas accès aux soins palliatifs » ?

Les plus idéologues présentent volontiers le suicide assisté et l’euthanasie comme « l’ultime liberté » de l’homme ou « l’expression du libre arbitre absolu» (cf. le sénateur communiste Pierre Ouzoulias le 21 janvier 2026). Mais que vaut cette prétendue liberté individuelle ou ce prétendu droit de disposer de sa vie pour une personne vulnérable qui n’a pas la possibilité ni les moyens de se soigner et ne peut bénéficier des soins palliatifs ?

Enfin, comment ne pas voir ou ne pas comprendre qu’en réalité, la loi sur le suicide assisté et l’euthanasie fera peser sur les personnes malades, handicapées ou en fin de vie considérées comme « éligibles », une pression aussi terrible qu’insidieuse : celle qui consiste à se demander si l’on n’est pas devenu pour sa famille, ses proches, le corps médical et la Sécurité sociale, un poids ou une charge financière insupportables, à se demander s’il ne vaut pas mieux abréger son existence et s’en aller plutôt que de s’accrocher à la vie…

Le risque est d’autant plus avéré que si l’on en croit une étude de la Fondapol, l’euthanasie permettrait de réaliser 1,4 milliard d’euros d’économies par an, dont les principales mutuelles de santé, qui militent activement pour l’euthanasie, seraient naturellement les premières à profiter…

« L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures » prophétisait (si j’ose dire) Jacques Attali en 1981.

Puisse l’avenir ne pas lui donner raison…

« Tu ne tueras pas »

Nous ne nous lasserons jamais de dire et de répéter que la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie est absolument contraire au Vème Commandement du Décalogue (« Tu ne tueras pas »), et qu’elle elle est inconciliable avec l’enseignement constant de l’Église selon lequel « L’euthanasie volontaire, quels qu’en soient les formes et les motifs, constitue un meurtre. Elle est gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. » (CEC 2324).

Indépendamment de toute considération religieuse ou confessionnelle, la protection de la vie humaine innocente et l’interdit de tuer sont non seulement des valeurs universelles qui s’imposent à tous et à chacun, mais des principes essentiels sur lesquels repose, depuis des millénaires, la vie en société.

Légaliser le suicide assisté et l’euthanasie constituerait donc bel et bien une rupture anthropologique majeure, dont on est encore loin de mesurer l’extrême gravité et les conséquences.

Nous ne cesserons pas non plus de rappeler que la seule alternative possible à « l’aide à mourir » réside, pour l’essentiel, dans le développement et la généralisation des soins palliatifs, de telle sorte qu’ils soient non seulement présents sur l’ensemble du territoire national, mais réellement accessibles à tous. Encore faut-il que les pouvoirs publics, qui se sont jusqu’à présent contentés de légiférer, se décident à faire des soins palliatifs une véritable priorité budgétaire.

Peut-on raisonnablement espérer que le Premier ministre se décide in extremis à suspendre l’examen de cette proposition de loi, il en a théoriquement le pouvoir ?

S’il est désormais permis d’en douter, il n’est en revanche pas trop tard pour écrire aux députés, qui devront, en tout état de cause, assumer la responsabilité de leur vote…

Puisse, enfin, le Seigneur, à qui rien n’est impossible, préserver la France d’une loi de mort dont les conséquences seraient terriblement dramatiques et probablement irréversibles.

« Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance » (Dt 30, 19).

+Marc Aillet

Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron

Fait à Bayonne, le 10 juillet 2026″

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