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[Exclusif] « Au Bangladesh, les gens souffrent énormément et ont vraiment besoin d’un élan de solidarité » : Monseigneur Shorot Francis Gomes, évêque de Sylhet témoigne

Monseigneur Shorot Francis Gomes @tribunechretienne - Depostiphotos
Monseigneur Shorot Francis Gomes @tribunechretienne - Depostiphotos
Durant son passage à Paris, Monseigneur Shorot s'est confié sur son action pastorale et la situation des catholiques dans son diocèse

Monseigneur Shorot Francis Gomes est l’évêque du diocèse de Sylhet, au Bangladesh, depuis mai 2021. Cette région à majorité indigène, située dans la zone de plantation de thé, abrite une petite communauté catholique dans un pays en voie de développement (129ᵉ au classement de l’Indice de développement humain), marqué par une forte croissance démographique et une population très majoritairement musulmane sunnite (plus de 90 %) et hindoue (près de 9 %). Dans cet entretien accordé à Tribune Chrétienne, il revient sur la situation des catholiques, les relations avec les autorités et la communauté musulmane, le soutien de l’Aide à l’Église en Détresse (AED), ainsi que sur l’appel qu’il adresse aux chrétiens de France :

Gabriel Larralde : Parlez-nous de la situation des chrétiens au Bangladesh, et plus particulièrement dans votre diocèse.

Mgr Shorot Francis Gomes : Nous représentons moins d’un demi pour cent de la population, seulement 0,3 %, au sein d’une communauté musulmane qui en constitue 91 %. La population totale du Bangladesh atteindra bientôt 180 millions d’habitants.

Mais en tant que communauté chrétienne catholique, nous apportons une contribution importante au développement et au progrès du pays, une contribution reconnue par le gouvernement. Nous pouvons donc dire que nous entretenons de bonnes relations avec les autorités. Les chrétiens vivent généralement proches du peuple, des gens simples qui vivent dans les villages, mais aussi en ville, puisque nous sommes très peu nombreux.

Nous vivons aux côtés de la communauté musulmane, dans la paix. Il existe bien sûr quelques incidents et problèmes ponctuels, qui créent parfois de petites tensions ou conflits. Mais immédiatement, avec l’aide du gouvernement, en particulier celle des leaders communautaires et d’une partie du clergé, nous communiquons avec eux, nous négocions pour résoudre les problèmes. Dans l’ensemble, nous pouvons dire que nous vivons en harmonie, en paix, avec la plus grande communauté du Bangladesh.

G. L. : Est-ce dû au nouveau gouvernement, installé depuis janvier 2026 ?

M. S. : Le nouveau gouvernement est au pouvoir depuis seulement quelques mois, après tous ces changements. Il essaie de mettre en place une politique, un certain nombre d’actions, afin d’œuvrer au développement du pays. Mais il est encore trop tôt pour se prononcer sur l’avenir du pays ou sur les actions du gouvernement. Ils travaillent dur, ensemble avec les autres groupes et les partis de l’opposition. Cela peut prendre un peu de temps.

L’action de l’AED sur le terrain

G. L. : Qu’en est-il de l’aide apportée par l’Aide à l’Église en Détresse dans votre action, votre mission, sur le plan matériel et pastoral ?

M. S. : Nous mettons l’accent avant tout sur le rôle de l’Église catholique. Pour notre communauté, la formation spirituelle est essentielle, afin que les fidèles grandissent et vivent dans leur foi, avec des valeurs à la fois chrétiennes et humaines, dont ils pourront témoigner à travers leur vie quotidienne et leurs actes.

Mais nous proposons aussi nos services à la communauté plus large, notamment dans le domaine de l’éducation. Nous disposons d’excellentes écoles et universités dans le pays, où plus de 70 % des élèves appartiennent à d’autres religions, en particulier des étudiants musulmans. Ils y reçoivent une excellente éducation, une bonne formation, de la discipline, ainsi que des activités extrascolaires qui les aident à s’épanouir en tant que personnes à part entière, à développer leur charisme et leurs qualités, afin qu’ils puissent apporter leur contribution à la société et au pays.

Nous intervenons également dans le domaine des soins de santé, grâce à nos dispensaires et à nos hôpitaux, ce qui nous permet d’offrir de meilleurs services aux plus démunis, en particulier dans les zones reculées. Enfin, nous menons de nombreuses actions caritatives, notamment à travers Caritas, une branche de la Conférence épiscopale par l’intermédiaire de laquelle nous menons des actions de développement social, en particulier auprès de la communauté musulmane.

Un message aux chrétiens de France

G. L. : Quel message avez-vous à transmettre aux chrétiens et catholiques de France ?

M. S. : En tant que catholiques et chrétiens, nous faisons partie de la même famille de foi, nous sommes tous des fidèles, tous des disciples. Nous voulons affirmer qu’en tant que famille de véritables disciples de Jésus, nous pouvons travailler ensemble, en particulier en partageant les uns avec les autres, notamment à travers notre vie de foi et notre œuvre caritative.Dans cette partie du monde, et dans les pays de mission comme au Bangladesh, les gens souffrent énormément, ils sont très pauvres et ont vraiment besoin d’un élan de solidarité qui leur permette de ressentir l’amour de Dieu dans leur vie et de vivre une vie humaine digne et respectée.

C’est pourquoi les projets que nous présentons à différents donateurs ici et là, en particulier par l’intermédiaire d’organisations comme l’AED, constituent une aide précieuse, une bénédiction pour l’amélioration de la vie de la communauté et des personnes qui vivent sur ce site, dans notre pays.

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