Depuis 2000 ans

Mexique : l’Église et l’État unis face au spectre d’une nouvelle guerre des cartels

Depositphotos
Depositphotos
Face à l’embrasement, les autorités civiles et religieuses ont fait front commun pour tenter d’enrayer la contagion de la peur

Le Mexique retient son souffle. Quelques jours après l’assassinat de Nemesio Oseguera Cervantes, dit « El Mencho », chef du cartel Jalisco Nueva Generación, le pays s’est enfoncé dans une spirale de violences qui ravive de douloureux souvenirs. Fusillades, incendies, pillages, arrestations massives : l’État de Jalisco, épicentre des affrontements, ainsi que plusieurs régions du centre et du centre-nord, ont été le théâtre d’une instabilité brutale.

Face à l’embrasement, les autorités civiles et religieuses ont fait front commun pour tenter d’enrayer la contagion de la peur. Vendredi 20 février, après avoir localisé la cachette du chef criminel dans l’État de Jalisco, les forces fédérales ont préparé une vaste opération coordonnée. Deux jours plus tard, l’armée, la garde nationale, l’aviation et la marine sont intervenues. Selon le secrétaire à la Sécurité, Omar García Harfuch, Oseguera Cervantes a été tué après sa capture. Le bilan humain est particulièrement lourd : au moins 74 morts, dont 25 membres de la garde nationale. Dans les heures qui ont suivi, le gouvernement fédéral a appelé la population à rester chez elle et à éviter tout rassemblement. Dix mille soldats ont été déployés à travers le pays, principalement dans l’État de Jalisco, pour tenter de contenir les représailles et protéger les civils.

Le gouverneur de l’État, Pablo Lemus, a lancé un appel à l’unité et annoncé la reprise des activités ce mardi 24 février, signe d’une volonté de retour progressif à la normalité, malgré une situation encore fragile. Dans ce climat d’incertitude, l’Église catholique au Mexique a immédiatement élevé la voix. Les évêques ont exhorté les fidèles à renforcer les mesures de sécurité personnelles et communautaires, à se réfugier chez eux si nécessaire et à éviter les déplacements inutiles, en suivant scrupuleusement les indications des autorités civiles.

Lire aussi

L’archevêque de Mexico, le cardinal Carlos Aguiar Retes, s’est adressé aux prêtres, diacres, consacrés et laïcs dans un message marqué par la gravité du moment : « Nous sommes conscients des moments difficiles que nous traversons en tant que société ; c’est pourquoi j’adresse un message de paix et lance un appel pour que nous devenions des collaborateurs du bien commun, en promouvant la justice et la paix sociale dont nous avons besoin. » Il a également invité les fidèles à élever leurs prières vers Dieu le Père, afin d’implorer le don de la concorde et de la fraternité sociale. « En tant qu’Église pèlerine au Mexique, nous nous engageons à promouvoir la paix dans tous les domaines de notre nation », a-t-il affirmé.

Cet appel intervient dans un contexte où l’Église mexicaine a déjà payé un lourd tribut à la violence. Ces derniers mois, plusieurs prêtres ont été pris pour cible, certains blessés, d’autres assassinés, rappelant la vulnérabilité persistante des communautés ecclésiales face au crime organisé.

La convergence entre les autorités civiles et religieuses apparaît ainsi comme un signe fort. Sans confusion des rôles, chacun dans son domaine propre, l’État et l’Église affirment leur volonté commune de préserver la vie, de protéger les plus faibles et de restaurer un climat de paix. Au-delà des opérations militaires et des appels à la prudence, la crise actuelle pose une question plus profonde : celle des racines sociales, économiques et morales de la violence qui gangrène certaines régions du pays.

En appelant à devenir « collaborateurs du bien commun », le cardinal Aguiar Retes rappelle que la paix ne se réduit pas à l’absence de combats, mais suppose justice, responsabilité et conversion des cœurs.Dans un Mexique secoué par les armes, la voix de l’Église se veut ainsi à la fois réaliste et spirituelle : reconnaître la gravité des événements, soutenir les autorités dans leur mission de protection, et inviter le peuple à ne pas céder à la peur ni à la logique de la vengeance.L’unité affichée entre responsables politiques et pasteurs ne suffira pas, à elle seule, à refermer les plaies ouvertes. Mais elle constitue, en ces heures sombres, un signe d’espérance et un appel à la responsabilité collective pour que la spirale de la violence ne devienne pas un destin.

Recevez chaque jour notre newsletter !