Alors que le débat sur l’immigration continue de traverser l’Europe, un évêque italien vient de rappeler avec force ce qui constitue depuis deux mille ans le cœur même de la mission de l’Église. Dans une lettre pastorale intitulée « Il n’y a pas de plus grand amour« , adressée aux fidèles de son diocèse de Vintimille-San Remo à l’occasion de la Pentecôte, Monseigneur Antonio Suetta s’interroge sur la manière dont les chrétiens vivent leur relation avec les musulmans présents sur leur territoire. L’évêque part d’un constat concret. Son diocèse est depuis des décennies confronté aux flux migratoires venus principalement d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Les communautés catholiques sont engagées dans l’accueil, l’assistance et l’accompagnement des migrants. Mais une question, posée par un bénévole de la Caritas, l’a profondément marqué
« Pourquoi nous engageons-nous à donner aide, soutien et accueil à ces personnes, sans penser à leur offrir ce que nous avons de plus précieux, c’est-à-dire la foi et l’Évangile ? »
Pour Monseigneur Suetta, cette interrogation touche au cœur même de la vocation chrétienne. Car si l’aide matérielle est nécessaire, elle ne saurait épuiser le devoir de charité auquel les baptisés sont appelés. Selon lui, une conception erronée de l’accueil et du dialogue interreligieux a parfois conduit certains catholiques à considérer que l’annonce explicite du Christ devait être reléguée au second plan, voire abandonnée. Or l’évêque italien rappelle que l’Église n’a jamais reçu du Christ une mission limitée à l’assistance sociale. Le mandat évangélique demeure universel. Jésus n’a pas demandé à ses disciples de proclamer l’Évangile à certains peuples seulement, mais à toutes les nations. Cette universalité de la mission concerne également les musulmans. Comme le rappelait déjà le cardinal Giacomo Biffi, cité par Mgr Suetta, « l’action évangélisatrice est de sa nature universelle et ne tolère pas d’exclusions délibérées de destinataires ».
L’un des aspects les plus intéressants de cette réflexion évoqué par La Bussola, concerne la notion même de dialogue interreligieux. Loin de le rejeter, l’évêque en souligne la nécessité. Mais il refuse une vision du dialogue qui conduirait à relativiser la vérité ou à faire comme si toutes les religions étaient équivalentes. Selon lui, le dialogue possède d’abord une fonction de coexistence pacifique et de respect mutuel. Toutefois, il comporte également une dimension plus profonde : la recherche de la vérité.
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« Affirmer que nous avons des convictions communes ne signifie pas affirmer que toutes les religions sont égales », explique-t-il en substance. Pour Monseigneur Suetta, reconnaître les éléments de vérité présents dans d’autres traditions religieuses ne dispense pas les chrétiens de témoigner de leur foi en Jésus-Christ, qu’ils reconnaissent comme le Sauveur du monde. L’évêque s’attache également à corriger certaines lectures contemporaines de saint François d’Assise. À l’occasion du huitième centenaire de sa mort, il rappelle que la célèbre rencontre du Poverello avec le sultan d’Égypte en 1219 n’avait rien d’un simple exercice diplomatique ou d’un dialogue vidé de toute dimension missionnaire.
Les sources franciscaines montrent clairement que saint François souhaitait témoigner du Christ et annoncer l’Évangile. Certes, sans violence ni polémique, mais avec la conviction que le salut est offert à tous les hommes en Jésus-Christ.
Cette même logique conduit Mgr Suetta à revenir sur l’interprétation de Nostra Aetate, la déclaration du concile Vatican II sur les relations avec les religions non chrétiennes. Selon lui, les textes conciliaires n’ont jamais demandé à l’Église de renoncer à sa mission évangélisatrice. Le dialogue et l’annonce de l’Évangile ne s’opposent pas. Ils sont au contraire appelés à cheminer ensemble dans le respect de la liberté de chacun. La réflexion de l’évêque atteint son sommet lorsqu’il évoque la charité chrétienne. Citant saint Paul, il rappelle que la plus grande dette des croyants envers leurs frères est celle de l’amour. Mais quel est l’acte d’amour le plus élevé ? Sa réponse est sans équivoque : « L’acte le plus grand de charité est celui qui est ordonné au salut éternel. » Plus le bien offert est grand, plus grande est la charité qui l’accompagne. Dès lors, offrir la connaissance du Christ à ceux qui ne le connaissent pas devient, l’expression la plus haute de l’amour chrétien.
C’est dans cette perspective qu’il formule une réflexion particulièrement forte. Au jour du Jugement, affirme-t-il, les musulmans pourraient demander aux chrétiens pourquoi ils ne leur ont jamais parlé du Christ.
Une formule qui peut surprendre, mais qui traduit une conviction profondément enracinée dans la tradition catholique : si les croyants considèrent réellement l’Évangile comme un chemin de salut, alors le silence ne peut être présenté comme une forme supérieure de respect. À travers cette lettre pastorale, Mgr Antonio Suetta remet ainsi au premier plan une question devenue sensible dans de nombreux pays occidentaux. Peut-on accueillir sans témoigner ? Peut-on dialoguer sans annoncer ? Pour l’évêque de Vintimille-San Remo, la réponse est claire. La véritable charité chrétienne ne choisit pas entre l’aide concrète et l’évangélisation. Elle unit les deux. Car offrir un repas à celui qui a faim est une œuvre de miséricorde. Mais offrir la lumière du Christ à celui qui ne le connaît pas demeure, pour l’Église, le plus grand des dons.


