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[ ITW EXCLUSIVE ] « Avoir voté une telle loi mérite l’excommunication »: Le père Édouard Divry demande une condamnation ferme de la part de l’Église de France

"Une morale fondée sur l’obéissance aux lois purement humaines est un attrape-nigaud. Les nazis, le régime de Vichy, les communistes russes ou chinois ont promulgué un nombre considérable de lois iniques"

Mercredi 25 février 2026, l’Assemblée nationale a adopté en deuxième lecture, par 299 voix pour et 226 contre, le texte instaurant ce que ses promoteurs appellent un « droit à l’aide à mourir ». Sauf retournement improbable, le texte final s’alignera sur ce vote. Derrière l’expression choisie, il s’agit concrètement de la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie. Même si Monseigneur Matthieu Rougé appelle à « poursuivre l’engagement », il est fort probable que cette loi mortifère entre en vigueur après son retour du Sénat.

Dans ce contexte particulièrement grave, nous avons voulu interroger le fr. Édouard Divry. Dominicain de la Province de Toulouse, maître en philosophie et docteur en théologie, il est reconnu pour la solidité de sa réflexion et la rigueur de ses analyses. Rarement un prêtre aura tenu un jugement aussi radical sur un texte législatif.

Ce théologien hautement respecté ne se contente pas de dénoncer une faute morale grave : il demande explicitement l’excommunication pour les responsables politiques catholiques qui ont soutenu et voté cette loi. Selon lui, il ne s’agit pas d’un simple désaccord prudentiel, mais d’une rupture objective avec un principe non négociable de la doctrine catholique, la protection absolue de la vie humaine.

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Une prise de position d’une telle fermeté marque un tournant dans le débat ecclésial. Elle témoigne de la gravité avec laquelle certains théologiens considèrent ce vote du 25 février 2026, qu’ils perçoivent non comme une évolution sociétale parmi d’autres, mais comme un basculement moral majeur :

Vous avez écrit un livre de théologie morale, le dernier paru ces dernières semaines, La morale bouge encore, que vous inspire la loi sur l’aide à mourir à peine votée ?

C’est un désastre moral. Je vois la chambre des députés sous l’emprise de lobbies. Les députés ont comme des cornes rouges qui leur ont poussé. Les rares qui n’en ont pas sont restés pétrifiés à leur place sans se lever, sans objecter, sans contester une loi dont l’ancêtre s’avère être une loi nazie sous le 3e Reich en faveur de l’euthanasie (Aktion T4) : tuer les handicapés physiques ou mentaux. On dit qu’à la différence de l’Allemagne ce sera en France à la suite d’une demande libre. Mais on excelle à manier les libertés par pression médiatique !

Que dire des effets d’une loi autorisant l’aide au suicide ?

« Pépé, tu nous coûtes ! Il y a une loi pour ton cas… » Ce seront les petits et les pauvres qui vont en premier trinquer. Le parti communiste s’est uni à l’Église catholique contre cette loi meurtrière. Le baby boom va se transformer, sous l’effet des assureurs, en papy boom allant volontairement à la morgue !

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Quoi encore comme conséquences ?
Le texte voté ce mercredi 25/02/26 en France provoquera la même chose que la légalisation de l’aide au suicide au Canada, en Belgique et au Luxembourg : c’est-à-dire la réduction drastique des soins palliatifs ce que tous en fait désirent dès qu’ils en ont goûté le bienfait. Évidemment il y aura en outre une stratégie politique visant à élargir progressivement cette loi euthanasique.

Faut-il condamner moralement et religieusement l’euthanasie ?
Soutenir cette loi d’« aide à mourir » constitue une faute grave pour tout homme de bonne volonté dont la conscience lui dit que commettre un meurtre est un mal, à commencer par les catholiques qui ont eu, en plus, la lumière de la Révélation, la Bible et le Magistère. Les autorités catholiques ne doivent pas hésiter à prononcer une excommunication pour les personnes catholiques qui l’ont votée ou laissée voter.

Peut-on justifier l’euthanasie par un souci du rejet de la douleur physique ?

L’idée que la souffrance incurable justifie l’euthanasie consiste en un sophisme ancien. La médecine a longtemps été incapable de soulager la douleur sans jamais autoriser de mettre à mort un patient. Le serment d’Hippocrate en est la preuve. Alors que la médecine peut désormais soulager toute souffrance, il est absurde de changer de valeurs ! Le principe moral « ne pas commettre de meurtre » est universel et immuable. On ne peut faire confiance qu’à des médecins et des infirmiers qui tiennent au serment d’Hippocrate. Obligeons dès demain nos médecins et infirmiers à dire qu’ils tiennent au serment d’Hippocrate.

frère Édouard Divry

Peut-on choisir entre les devoirs et les droits ?

Léon XIII dont le pape Léon XIV a fait sa référence, Benoît XVI et Gandhi, et tant d’autres ont affirmé que les droits découlent des devoirs supérieurs. Selon cette vérité, les devoirs envers Dieu fondent les droits humains. Ainsi, le pseudo droit de mourir ne peut exister car il contredit les devoirs fondamentaux en faveur de la vie laquelle reste toujours à défendre, ce qui doit se réaliser cependant sans acharnement thérapeutique d’où l’existence des soins palliatifs. Le réalisme humain et chrétien est l’acceptation de la mort qui advient un jour ou l’autre pour tous.

La dignité humaine relève-t-elle uniquement de la santé ?

La dignité humaine ne dépend pas de l’état physique ou de la souffrance vécue. L’idée d’une « mort digne » par euthanasie relève d’une illusion trompeuse. La dignité de chaque personne reste intacte même dans la maladie, la vieillesse ou la faiblesse, et finalement dans la mort. L’absence d’anthropologie est un mal profond, une gangrène de la société matérialiste.

La pitié pour les souffrants justifie-t-elle l’euthanasie ?

Saint Jean-Paul II a montré que l’euthanasie relève d’une « fausse pitié, et plus encore une inquiétante “perversion” de la pitié » (encyclique Evangelium vitae, 66). Puisqu’il faudra toujours un administrateur d’un cocktail lithique pour mettre fin en même temps à la souffrance et à la vie d’un malade cela restera toujours un meurtre. Cette pratique de l’administration d’un cocktail lithique ne soulage que faussement la conscience de ceux qui entourent la personne souffrante. C’est un leurre gravissime.

La loi change-t-elle la perspective des choses ?

Pour beaucoup ce qui est légal est forcément moral. Mais une morale fondée sur l’obéissance aux lois purement humaines est un attrape-nigaud. Les nazis, le régime de Vichy, les communistes russes ou chinois ont promulgué un nombre considérable de lois iniques. La suppression de l’objection de conscience est une atteinte supérieure à la dignité de l’homme qui doit pouvoir choisir toujours le bien – conserver la vie – et refuser le mal : commettre un meurtre.

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Sommes-nous arrivés à une opposition radicale entre la morale de la vie et la culture de la mort ?

La vraie morale consiste toujours à choisir le bien et à protéger la vie. « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité » (Dt 30, 19). Avoir voté une loi autorisant l’euthanasie est un choix de mort, gravement coupable qui mérite l’excommunication sous une forme ou une autre.

Combien y a-t-il de formes d’excommunication ?

Il existe deux types d’excommunication dans l’Église catholique. Certaines sont prononcées après un jugement (ferendae sentetiae), d’autres sont automatiques (latae sententiae). Ces sanctions, dont l’Église a la possibilité de choisir la forme, visent à corriger et éloigner temporairement les fautifs de la communauté ecclésiale pour leur amendement avant qu’ils ne meurent dans leurs fautes au risque de subir les peines éternelles que le Christ évoque par sept fois dans les évangiles.

Quel mot final ?

Les générations futures jugeront la génération présente. On ne peut laisser le plus petit doute s’immiscer dans les consciences. Les responsables de l’Église doivent dénoncer clairement la loi votée ce mercredi 25 février 2026 comme un mal intrinsèquement mauvais au risque sinon de laisser s’introduire une inversion des valeurs morales, gravement coupable (cf. Is 5, 20). Les coupables doivent être avertis.

Propos recueillis par Philippe Marie

*Le frère Édouard Divry est dominicain de la Province de Toulouse. Maître en philosophie et docteur en théologie, il est l’auteur d’une thèse dogmatique, La Lumière du Christ transfiguré chez les saints (Université de Fribourg, 2000), et d’une thèse d’habilitation en théologie fondamentale, Aux fondements de la liberté religieuse, Confrontation avec les religions monothéistes (Faculté de théologie de Lugano – Université suisse italienne, 2003).De (2011-21) il a été représentant de l’Eglise dans le dialogue avec les juifs. Il enseigne en divers centres théologiques et est représentant de l’Église catholique dans le dialogue judéo-chrétien pour le diocèse de Toulouse.

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