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Bangladesh : l’évêque Sebastian Tudu refuse la mise sous tutelle de l’Église

Monseigneur Sebastian Tudu - cathédrale de la Miséricorde-Divine à Sylhet
Monseigneur Sebastian Tudu - cathédrale de la Miséricorde-Divine à Sylhet
Au lendemain de l’annonce d’une allocation mensuelle promise à tous les responsables religieux du pays, un évêque catholique a fait savoir que l’Église n’accepterait pas l’argent de l’État, redoutant de futures pressions politiques

Le nouveau gouvernement du Bangladesh a décidé de verser une allocation mensuelle ainsi qu’une prime pour les fêtes religieuses à l’ensemble des responsables religieux du pays. Présentée comme la mise en œuvre d’une promesse électorale, cette mesure constitue une première dans cette nation à majorité musulmane. Le Premier ministre Tarique Rahman, investi le 17 février, a validé la décision lors d’un conseil des ministres tenu le 21 février. Son conseiller, Mahdi Amin, a expliqué devant les journalistes :

« Fondamentalement, lors de la réunion d’aujourd’hui, l’honorable Premier ministre a évoqué l’une de nos promesses électorales, qui consistait à fournir une allocation mensuelle et une prime pour les fêtes à tous les responsables religieux des différentes mosquées, y compris ceux des autres religions. »

Le montant n’a pas été précisé, mais le gouvernement souhaite mettre en œuvre la mesure avant l’Aïd al-Fitr, attendu en mars.

Dans un pays de 170 millions d’habitants, les chrétiens représentent environ 600 000 personnes. L’Église catholique y compte huit diocèses, 119 paroisses et plus de 400 prêtres, diocésains et missionnaires, engagés dans la pastorale, l’éducation, la santé ou la formation des jeunes. Face à cette annonce, l’évêque Sebastian Tudu, du diocèse de Dinajpur et président de la Commission pour le clergé et les religieux de la Conférence des évêques catholiques du Bangladesh, a exprimé une position claire : l’Église catholique ne prendra pas cet argent.

« Nos prêtres catholiques ne sont pas salariés, ils consacrent leur vie à Dieu, donc nous ne voulons recevoir aucun type de salaire mensuel du gouvernement », a-t-il déclaré. Au-delà de la question financière, l’évêque met en garde contre le risque d’une dépendance progressive à l’égard du pouvoir politique :

« Si l’Église acceptait cette allocation, à l’avenir il pourrait y avoir une forme de pression de la part du gouvernement ou sur le plan politique, ou bien ils pourraient essayer de nous utiliser. »

Dans un contexte marqué par des recompositions politiques récentes, cette prudence apparaît comme la volonté de préserver la liberté et l’indépendance de la mission ecclésiale.

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À Dhaka, le père Albert Rozario, vicaire général de l’archidiocèse, a lui salué l’initiative gouvernementale : « Nous avons un nouveau gouvernement, nous le félicitons. C’était une annonce électorale pour nous qui travaillons dans l’Église comme prêtres religieux. En preuve de cela, le Premier ministre Tarique Rahman a annoncé cette allocation mensuelle. Personnellement, je félicite le gouvernement », a-t-il affirmé. Il a également invité les fidèles à prier « afin que le gouvernement puisse gouverner le pays de manière belle, harmonieuse et juste et faire avancer la nation ».

Évoquant les attentes concrètes des citoyens, il a ajouté : « En tant que citoyens de ce pays, nous voulons que le gouvernement établisse l’État de droit, qu’il résolve les problèmes du pays. En même temps, nous voulons que la corruption qui existait dans le passé et existe encore soit résolue. Le gouvernement doit maîtriser le principal problème des gens, la hausse des prix des biens, c’est notre demande au gouvernement actuel. »

Cette initiative intervient après une période de bouleversements majeurs. En 2024, un soulèvement étudiant a entraîné la chute de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, au pouvoir depuis quinze ans et accusée d’autoritarisme croissant. Elle a quitté le pays pour l’Inde. Un gouvernement intérimaire dirigé par le prix Nobel Muhammad Yunus a ensuite organisé des élections le 12 février. Le Bangladesh Nationalist Party a remporté la majorité des sièges, ouvrant la voie à l’arrivée de Tarique Rahman au pouvoir. Dans ce climat de transition, la décision de financer les responsables religieux soulève une question de principe : l’Église peut-elle accepter une aide régulière de l’État sans compromettre sa liberté ?

Pour Monseigneur Sebastian Tudu, la réponse est sans ambiguïté. L’indépendance de l’Église, particulièrement dans un pays où les catholiques sont une minorité, ne peut être mise en balance avec une allocation mensuelle, aussi avantageuse soit-elle. Rappelons-nous qu’en février 2025, l’Église bangladaise a vécu un moment historique avec l’inauguration de la cathédrale de la Miséricorde-Divine à Sylhet, dans le nord-est du pays. Érigé en 2011 par Benoît XVI, le jeune diocèse ne compte que 17 000 catholiques sur plus de 14 millions d’habitants, dans une région très majoritairement musulmane.

cathédrale de la Miséricorde-Divine à Sylhet

La messe de bénédiction, présidée par le nonce apostolique Mgr Kevin S. Randall aux côtés de l’évêque local Mgr Shorot Francis Gomes, a rassemblé plusieurs milliers de fidèles. Les évêques présents, dont Monseigneur Sebastian Tudu, ont souligné que cette cathédrale est un signe d’unité et de fidélité dans un contexte minoritaire. Conçue non seulement comme lieu de culte mais aussi comme centre éducatif et caritatif. Dans un pays où les catholiques représentent moins de 0,2 % de la population, un tel édifice constitue un témoignage visible de foi et d’espérance.

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