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La Fondation du patrimoine distingue deux édifices religieux parmi les lauréats des Trophées Impact

couvent Saint-François d’Orezza ( à gauche) et  la  basilique Notre-Dame d’Avioth - DR
couvent Saint-François d’Orezza ( à gauche) et la basilique Notre-Dame d’Avioth - DR
Le couvent Saint-François d’Orezza en Corse et la basilique Notre-Dame d’Avioth en Meuse illustrent chacun une dimension significative de l’histoire religieuse et patrimoniale française

Pour sa trentième année d’existence, la Fondation du patrimoine a franchi en 2025 un seuil inédit avec 168 millions d’euros collectés au service des restaurations à travers la France. Plus de 105 500 particuliers, en hausse de 27 %, ainsi que 3 000 entreprises ont participé aux souscriptions. Cette mobilisation s’est accompagnée de l’attribution de onze Trophées Impact pour un montant total de 2,2 millions d’euros d’aides. Parmi ces onze projets lauréats, deux concernent directement des édifices religieux.

Créée pour soutenir le patrimoine non protégé, souvent rural et fragile, la Fondation intervient dans un contexte marqué par l’ampleur des besoins. La France compte des centaines de milliers d’édifices anciens nécessitant des travaux, parmi lesquels environ 5 000 églises. En 2025, le don médian s’est établi à 100 euros, traduisant un engagement largement partagé. Certains chantiers ont suscité une mobilisation exceptionnelle, comme la restauration du Fort Boyard, qui a réuni plus de 5 200 donateurs.

Les Trophées Impact reposent sur une étude démontrant qu’un euro donné génère 21 euros de retombées économiques locales. Ils distinguent des projets choisis pour leur effet structurant sur les territoires, qu’il s’agisse d’impact économique, social, environnemental, culturel, touristique ou de transmission des savoir-faire. En 2025, onze initiatives ont été retenues dans ce cadre.

( photo Fondation de France)

Parmi elles figure le couvent Saint-François d’Orezza, situé à Piedicroce, en Haute-Corse :

Situé à 680 mètres d’altitude en Castagniccia, ce couvent a été fondé en 1485 par des observantins avant de passer aux franciscains, il fut le seul couvent de l’ancienne pieve d’Orezza. Les religieux y édifièrent une église de 33 mètres sur 11 mètres, dotée de six chapelles, probablement au XVIIe siècle. Le site devint un haut lieu de l’histoire corse.

En mars et avril 1731, le chanoine Orticoni et d’autres théologiens s’y réunirent pour débattre de la légitimité de la révolte contre la République de Gênes, déclarant le 20 avril que la cause des Corses était « sainte et juste ». Les 6, 7 et 8 janvier 1735, la consulte d’Orezza élut Don Louis Giafferi, Hyacinthe Paoli et André Ceccaldi comme Généraux de la Nation et adopta un texte constitutionnel proclamé à Corte le 30 janvier. Elle plaça le peuple corse sous la protection de la Vierge et décida que la fête de l’Immaculée Conception serait célébrée dans toute l’île.

D’autres consultes se tinrent encore en 1751 et en 1790. À partir de 1832, le couvent entra dans une phase de déclin, fut vendu à des particuliers et abrita la gendarmerie jusqu’en 1934. Endommagé pendant la Seconde Guerre mondiale et presque détruit en 1943, il est depuis resté à l’abandon et se trouve aujourd’hui dans un état très dégradé. La dotation de 250 000 euros attribuée dans la catégorie « Impact prévention et sauvetage » vise à permettre les premières interventions indispensables à sa sauvegarde.

intérieur de la la basilique Notre-Dame d’Avioth
( photo Fondation de France)

Autre sanctuaire soutenu en 2025, la basilique Notre-Dame d’Avioth

Située dans le nord du département de la Meuse, au cœur d’un village de 140 habitants, poursuit sa campagne de restauration. La collecte en cours a déjà permis de réunir 56 480 euros sur un objectif de 65 000 euros, soit 86 %, grâce à 220 donateurs. Surnommée la « Basilique des Champs », elle constitue un sanctuaire actif depuis près de huit siècles. Selon la tradition, au début du XIIe siècle, une statue en bois de la Vierge Marie aurait été découverte dans un buisson d’épines. Une chapelle fut alors édifiée et devint un important lieu de pèlerinage.

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L’édifice roman initial fut progressivement agrandi pour donner naissance à l’imposante église gothique actuelle. Élevée au rang de basilique en 1993, elle se distingue par la richesse de son architecture et de ses décors sculptés. Une grande partie du mobilier intérieur et de la statuaire est protégée au titre des Monuments historiques. Devant la façade se dresse la Recevresse, petit édifice gothique flamboyant d’une grande finesse, destiné à recueillir les offrandes des pèlerins. Une reproduction grandeur nature de cet ouvrage unique est conservée à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris.

Le programme de travaux engagé porte sur la restauration des maçonneries, des sculptures des parties hautes, des toitures, des vitraux de la nef, des bas-côtés et du transept, ainsi que sur la restauration complète de la Recevresse. La basilique accueille environ 45 000 visiteurs par an et demeure un lieu de culte vivant, notamment lors du pèlerinage annuel organisé à la mi-juillet avec la procession de la statue de Notre-Dame.

On serait tenté de considérer que deux édifices religieux sur l’ensemble des onze lauréats, aux côtés notamment du château de Bénouville, de l’Hôtel de Barneville à Valenciennes ou encore de la Maison au Palmier en Pays-de-la-Loire, représentent une part modeste au regard des milliers de chapelles et d’églises qui restent à restaurer en France. Pourtant, ces distinctions rappellent que le patrimoine religieux demeure bien présent dans les priorités de la Fondation. Elles soulignent surtout l’ampleur du défi à relever et la nécessité d’une mobilisation durable pour préserver ces lieux qui structurent l’histoire, la mémoire et la vie des territoires.

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