Fondateur des Frères de la Charité (+ 1550)
Le 8 mars, l’Église fait mémoire de saint Jean de Dieu, fondateur des Frères de la Charité et figure majeure de l’hospitalité chrétienne. Né au Portugal à la fin du XVe siècle sous le nom de João Cidade, celui qui deviendra l’un des grands serviteurs des pauvres mena d’abord une existence marquée par l’errance et l’instabilité.Très jeune, vers l’âge de huit ans, l’enfant quitte mystérieusement son foyer. Les circonstances de cette fuite demeurent inconnues. Commence alors pour lui une longue période de vagabondage qui durera plus de trente ans. Au fil de ses déplacements à travers l’Espagne et l’Europe, il exerce de nombreux métiers. Berger, soldat, domestique, journalier, infirmier, libraire ou encore mendiant, il connaît une vie faite d’aventures, de dangers et de précarité. À un moment de son existence, il participe même à des campagnes militaires en Hongrie contre les Turcs.
Cette vie agitée trouve un tournant décisif à Gibraltar. C’est là qu’il entend un sermon de saint Jean d’Avila, prédicateur espagnol renommé. Profondément bouleversé par cet appel à la conversion, João Cidade vit une expérience spirituelle intense. Son comportement exalté conduit toutefois son entourage à le considérer comme dément, au point qu’il est un temps enfermé parmi les malades mentaux. Cette épreuve marque profondément son existence. Elle devient le point de départ d’une vocation nouvelle. Sensible à la souffrance des plus pauvres et des malades, il décide de consacrer sa vie à leur service. À Grenade, il commence à recueillir des dons pour les nécessiteux et ouvre un hôpital où il accueille les abandonnés et les malades. Peu à peu, des compagnons se joignent à lui. De cette œuvre naîtra l’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu, également appelé Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu.
L’hôpital fondé à Grenade devient ainsi l’origine d’une mission appelée à se déployer dans l’Église, celle de l’hospitalité chrétienne au service des plus vulnérables. Cette œuvre perdure aujourd’hui dans de nombreux pays à travers des établissements de santé, des centres d’accueil et des œuvres sociales.Selon la tradition, au moment de sa mort en 1550, Jean de Dieu confia ces paroles qui expriment l’esprit de son engagement : « Il reste en moi trois sujets d’affliction : mon ingratitude envers Dieu, le dénuement où je laisse les pauvres, les dettes que j’ai contractées pour les soutenir. »
L’Église reconnaîtra plus tard l’importance de son témoignage pour le monde de la santé. Le 22 juin 1886, le pape Léon XIII le proclame protecteur des hôpitaux et des malades, en même temps que saint Camille de Lellis. Par la suite, Pie XI les désigne tous deux comme patrons du personnel hospitalier.
Aujourd’hui encore, le charisme de saint Jean de Dieu demeure vivant dans les institutions inspirées par son œuvre. Il s’exprime notamment à travers cinq valeurs fondamentales : l’hospitalité, la qualité du soin, le respect de la personne, la responsabilité et la spiritualité. Ces repères guident la mission des établissements et de leurs collaborateurs au service des malades, des pauvres et des personnes fragiles.La mémoire liturgique de saint Jean de Dieu rappelle ainsi qu’une vie marquée par l’errance et l’épreuve peut devenir, par la conversion et la charité, une source durable de miséricorde pour les plus démunis.
Avec nominis


