À l’approche du premier tour des élections municipales à Paris, la rédaction de Tribune Chrétienne a souhaité interroger les principaux candidats à la mairie de la capitale afin de mieux connaître leurs positions sur plusieurs sujets touchant particulièrement les chrétiens et les familles : liberté éducative, place de l’enseignement catholique, coopération avec les œuvres caritatives de l’Église, sauvegarde du patrimoine religieux ou encore rapport personnel à la foi.
Les quatre principaux candidats ont ainsi été contactés par notre rédaction. Après l’entretien accordé par Madame Rachida Dati, nous poursuivons cette série d’interviews avec Monsieur Pierre-Yves Bournazel, qui détaille à son tour sa vision pour Paris et répond à nos questions sur ces différents enjeux.
Plusieurs candidats aux municipales évoquent désormais la question du patrimoine chrétien de Paris et la sauvegarde des églises. Selon vous, quelle responsabilité particulière la Ville de Paris a-t-elle envers ce patrimoine qui est à la fois historique, culturel et spirituel ?
Paris compte plus d’une centaine d’églises. Parmi elles, une grande partie des églises historiques construites avant 1905 relèvent de la compétence de la Ville, ce qui représente un parc à entretenir significatif pour un plan de rénovation. Hormis cette responsabilité intrinsèque aux compétences de la Ville, il y a une responsabilité naturelle qui en découle. Il en va de la préservation de notre histoire, de notre culture. C’est également une responsabilité à l’égard de tous les chrétiens parisiens, et ceux de passage à Paris qui doivent trouver en la ville de Paris une ville prête à accueillir leur foi.
Certains proposent aujourd’hui des plans ambitieux pour la restauration des églises parisiennes. Pensez-vous que la capitale consacre aujourd’hui suffisamment de moyens à l’entretien et à la préservation de ces édifices ?
Les moyens mis en place par la dernière mandature sont insuffisants. Maire de Paris, je lancerai un plan décennal de rénovation des 96 églises communales parisiennes, doté d’un budget d’environ 200 millions d’euros sur 10 ans mobilisant la Ville, l’État, la Région, les associations cultuelles et le mécénat. Ce plan garantira la préservation de notre patrimoine, la sécurité du public et l’ouverture accrue de ces lieux à la vie culturelle.
Ces dernières années, plusieurs églises parisiennes ont été victimes de dégradations ou de profanations. Face à ces actes, estimez-vous que la protection des lieux de culte devrait être renforcée dans la capitale ?
Oui, elle doit être renforcée. C’est intolérable que nos lieux de culte soient attaqués. Quand un lieu de culte est attaqué, c’est notre histoire et la foi de chaque croyant qui l’est. Mon plan de protection des lieux de culte se décline en plusieurs points :
• Installer des boutons d’alerte dans les lieux de culte, directement reliés aux commissariats pour une intervention rapide en cas d’incident ;
• Déployer des caméras de vidéoprotection aux abords des lieux de culte pour dissuader les actes de vandalisme et faciliter les enquêtes en cas de profanation ;
• Renforcer la présence policière autour des lieux de culte, notamment en période de fêtes religieuses, pour assurer une protection accrue.
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La question du libre choix de l’enseignement est également revenue dans le débat public, notamment pour les familles qui se tournent vers l’enseignement catholique. Comment regardez-vous cette aspiration des parents à transmettre certaines valeurs éducatives et religieuses ?
À Paris, l’enseignement privé joue un rôle complémentaire essentiel dans le paysage éducatif. Il est normal que des parents d’élèves puissent avoir ce choix, et la Ville de Paris doit le rendre possible en encourageant la diversité éducative. Ainsi, je prévois de soutenir les écoles privées en facilitant leur accès aux subventions et en assurant une équité dans l’attribution des locaux. Également, il est impératif de renforcer la collaboration entre les écoles publiques et privées pour mutualiser les ressources et améliorer la qualité de l’enseignement pour tous.
Dans une ville comme Paris, marquée à la fois par une grande diversité religieuse et par une forte sécularisation, pensez-vous que la tradition chrétienne conserve encore une place particulière dans l’histoire et l’identité de la capitale ?
La France étant d’origine judéo-chrétienne, il va de soi que sa capitale incarne naturellement cette tradition. La sécularisation et la diversité de notre capitale n’efface pas et n’effacera jamais cette réalité historique. Il suffit de regarder l’émotion et la solidarité internationales lorsque Notre Dame a brûlé en 2019, la joie des Parisiennes, des Parisiens et du monde de la retrouver en 2024. Paris incarne cette histoire et cette identité.
Le futur Maire de Paris doit y veiller, et si je suis élu, je m’engage à le faire.
L’Église catholique insiste également beaucoup aujourd’hui sur la solidarité envers les plus pauvres. Dans une capitale où les inégalités sociales restent fortes, quelles priorités la prochaine municipalité devrait-elle fixer pour venir en aide aux personnes les plus démunies ?
Maire de Paris, je renforcerai les dispositifs d’urgence en augmentant le nombre de places dans les centres d’hébergement et en améliorant l’accès aux services sociaux. Je développerai les maraudes sociales pour mieux identifier et accompagner les personnes sans abri, avec des équipes dédiées et des partenariats renforcés avec les associations, et faciliterai l’accès aux soins en installant des permanences médicales dans les centres d’hébergement et en assurant un suivi social personnalisé.
Au-delà des questions sociales, l’Église intervient aussi dans le débat public sur de grands enjeux anthropologiques, notamment la protection de la vie face à l’avortement ou à l’euthanasie. En tant que responsable politique, comment regardez-vous ces débats qui touchent à la conception même de la dignité humaine ?
La conciliation entre la religion et les avancées sociétales comme l’euthanasie est un sujet complexe. Il est normal que des croyants s’interrogent, se demandent si tout cela est compatible avec leur foi. Il est impératif de favoriser le dialogue interreligieux pour promouvoir la tolérance et la compréhension mutuelle sur ces questions sensibles. J’ai pleinement conscience qu’il faille respecter les convictions de chacun, notamment en assurant un cadre légal clair et éthique.
Vous arrive-t-il, dans votre vie personnelle ou familiale, d’entrer dans une église parisienne pour un moment de recueillement, de silence ou de prière, en dehors de toute dimension officielle ?
Oui, régulièrement. Ce sont pour moi de véritables moments de respiration et d’introspection.
La République française repose sur un principe de neutralité et de laïcité. Mais derrière l’élu, il y a aussi une personne. Avez-vous, à titre personnel, un cheminement spirituel ou une foi qui nourrit votre regard sur l’engagement public ?
Oui j’ai mes convictions : je suis baptisé, j’ai fait ma communion. Comme élu de la République, je suis garant de l’intérêt général et je prends mes décisions en fonction de ce qui me semble bon pour ma ville, pour les Parisiens et non en fonction de ce qui est bon pour moi. »
Propos recueillis par Philippe Marie


