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Écosse : le Parlement rejette l’euthanasie, un coup d’arrêt à la culture de mort

Le Parlement écossais à Édimbourg - Depositphotos
Le Parlement écossais à Édimbourg - Depositphotos
La question de l’euthanasie n’est pas nouvelle en Écosse. Depuis plus de vingt ans, le Parlement écossais a été à plusieurs reprises saisi de projets visant à légaliser l’aide à mourir

Le 17 mars , le Parlement écossais a rejeté un projet de loi visant à légaliser l’euthanasie pour les adultes atteints de maladies terminales. Après des heures de débat intense au Parlement de Holyrood, le texte a été rejeté par 69 voix contre 57. Pour être adopté, il devait réunir 64 votes favorables. Cette décision marque un coup d’arrêt important à la tentative de légaliser l’« aide médicale à mourir » en Écosse, même si ses promoteurs annoncent déjà que le débat se poursuivra. Le Parlement écossais a donc finalement rejeté la proposition de loi intitulée Assisted Dying for Terminally Ill Adults ( Aide à mourir pour les adultes atteints de maladies terminales) , portée par le député libéral-démocrate Liam McArthur. Le texte visait à autoriser certains malades en phase terminale à demander une assistance médicale pour mettre fin à leur vie.

Après le vote, le parlementaire s’est dit « dévasté » par la décision de l’assemblée, tout en affirmant que « la conversation ne disparaîtra pas ».

Plusieurs députés intervenaient pour la dernière fois dans l’hémicycle avant les élections prévues le 7 mai prochain, ce qui a donné à la séance une tonalité grave et solennelle. Le projet de loi avait fait l’objet d’un examen approfondi et de nombreux amendements. Au total, 175 modifications avaient été examinées lors de la dernière phase parlementaire. Le rejet du texte signifie que la question ne pourra pas être relancée immédiatement. Toute tentative future devra repartir de zéro avec un nouveau projet de loi lors de la prochaine session parlementaire. Si Liam McArthur souhaite porter à nouveau cette initiative, il devra d’abord être réélu lors des élections du 7 mai. Élu député écossais depuis 2007, il avait repris ce combat après sa réélection en 2021.

La question de l’euthanasie n’est pas nouvelle en Écosse. Depuis plus de vingt ans, le Parlement écossais a été à plusieurs reprises saisi de projets visant à légaliser l’aide à mourir. En 2010, la députée indépendante Margo MacDonald, atteinte de la maladie de Parkinson, avait présenté une proposition intitulée End of Life Assistance Bill. Celle-ci avait été massivement rejetée par 85 voix contre 16. Après sa mort en 2014, une nouvelle proposition avait été reprise par le député écologiste Patrick Harvie. Elle avait également été rejetée en 2015 par 82 voix contre 36. Le texte examiné cette année est donc celui qui s’est approché le plus d’une adoption.

Le débat écossais s’inscrit dans un contexte international marqué par l’expansion des législations favorables à l’euthanasie. Plusieurs pays ont déjà légalisé différentes formes d’aide à mourir, notamment le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Dans les îles britanniques, l’île de Man a adopté une loi similaire en 2025, tandis que Jersey a voté son propre texte récemment, même si ces législations ne sont pas encore entrées en vigueur. Au Royaume-Uni, un projet visant à légaliser l’euthanasie en Angleterre et au pays de Galles est également en discussion, mais il reste bloqué à la Chambre des Lords. Une telle évolution n’aurait pas d’effet direct sur la loi écossaise, puisque les questions de santé relèvent de la compétence du Parlement écossais. Toutefois, une réforme à Westminster exercerait presque certainement une pression politique accrue sur Holyrood pour relancer la question.

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De nombreux députés opposés au projet ont insisté sur la nécessité d’améliorer d’abord l’accompagnement des personnes en fin de vie. Plusieurs d’entre eux ont affirmé que l’Écosse devait renforcer les soins palliatifs, les services sociaux et la protection des personnes vulnérables avant d’envisager toute modification de la loi.

La Scottish Partnership for Palliative Care avait d’ailleurs publié des analyses détaillées pendant l’examen du texte, soulignant que l’insuffisance de soins palliatifs pouvait exercer une pression indirecte sur les patients.

Liam McArthur lui-même a reconnu que le débat avait permis de mettre en lumière un secteur essentiel. Il a déclaré que « le débat a mis en lumière le rôle crucial, et souvent mal compris, des soins palliatifs ». Il a également affirmé que « ce n’est pas un choix entre l’euthanasie et les soins palliatifs ».

Les responsables du secteur médical rappellent toutefois que l’urgence demeure d’assurer un accompagnement digne des personnes en fin de vie. Toby Porter, directeur général de UK Hospice, a souligné l’ampleur du défi :

« Plus de 60 000 personnes meurent chaque année en Écosse et le nombre de patients ayant besoin de soins palliatifs augmente rapidement », a-t-il déclaré. Il a ajouté que « l’euthanasie n’arrivera peut-être pas en Écosse, mais l’investissement dans les hospices et les soins palliatifs doit avoir lieu quoi qu’il arrive : c’est essentiel pour garantir le choix, la dignité et la compassion à la fin de la vie ».

Le vote du Parlement écossais constitue donc un frein important à la légalisation de l’euthanasie dans le pays. Mais il ne met pas fin au débat. Plusieurs responsables politiques ont déjà indiqué que la question pourrait revenir devant les députés lors de la prochaine législature. Dans un contexte occidental où les législations favorables à l’euthanasie se multiplient, la décision écossaise montre que la question de la fin de vie demeure l’un des débats moraux et politiques les plus sensibles de notre époque. En France, où le projet de légalisation de « l’aide à mourir » suscite également une vive controverse, l’Église catholique s’est ouverte­ment et fermement positionnée contre cette évolution. Les évêques ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « fausse fraternité », rappelant que la véritable solidarité consiste à accompagner les personnes souffrantes et non à provoquer leur mort. Ils soulignent également le caractère sacré de la vie humaine et rappellent que la dignité de la personne ne disparaît jamais, même dans la maladie ou la dépendance, appelant à développer les soins palliatifs et l’accompagnement jusqu’à la fin naturelle de la vie.

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