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« Je crois en Dieu et au Christ” : Vincent Bolloré dérange-t-il plus par sa foi que par ses affaires ?

Vincent Bolloré - capture écran
Vincent Bolloré - capture écran
Alors que l’homme d’affaires était interrogé dans le cadre des travaux sur l’influence des grands groupes médiatiques, ses propos ont dépassé le seul terrain économique pour toucher à une question plus profonde

Par Philippe Marie

Auditionné le 24 mars 2026 par une commission de l’Assemblée nationale chargée d’examiner l’influence des grands groupes dans les médias et la vie publique, Vincent Bolloré n’était pas venu faire profession de foi. Et pourtant, c’est bien ce qui s’est produit, « presque malgré lui ». Dans un climat où son nom est devenu, au fil des années, un symbole commode, l’homme d’affaires incarne désormais une figure qu’il est presque devenu naturel de diaboliser. Non pas nécessairement parce qu’il serait pire que d’autres acteurs économiques ou médiatiques, mais parce qu’il concentre en lui tout ce que certains milieux contestent : réussite industrielle, enracinement familial, influence culturelle et, plus singulier encore, référence assumée au christianisme.

C’est dans ce contexte qu’il a déclaré, avec une simplicité désarmante : « Je suis démocrate-chrétien : Démocrate, c’est-à-dire que je respecte le vote des citoyens et des citoyennes, et chrétien parce que je crois en Dieu et au Christ. On est deux milliards dans le monde à y croire, même si en France, ça a l’air un peu bizarre. »

La remarque pourrait prêter à sourire, mais elle met en lumière un paradoxe bien réel. À l’échelle mondiale, le christianisme demeure une réalité massive ; en France, il tend à être perçu comme une étrangeté. Dire sa foi publiquement n’est pas interdit, bien sûr, mais cela reste inhabituel, presque suspect. En effet, l’instrumentalisation qui est faite du fameux principe de la laïcité interdit, voire étouffe, tout témoignage chrétien dans la France d’aujourd’hui, au nom d’une laïcité punitive qui renie l’héritage chrétien de la France pour, semble-t-il, s’ouvrir à d’autres horizons…

Vincent Bolloré poursuit, avec une pointe d’ironie : « Je suis le bouc-émissaire parfait. Je représente toutes les cases que la caste n’aime pas : des origines familiales, des entreprises avec des salariés qui sont heureux de travailler en Bretagne, et même une chapelle dans le jardin ! »

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Derrière la formule, il y a plus qu’un trait d’humour. Il y a le constat d’un climat où certaines réalités ,la réussite économique, l’enracinement, la référence religieuse, deviennent en elles-mêmes des motifs de suspicion. Comme si, dans le débat public contemporain, ce n’était pas tant les actes qui étaient jugés que ce qu’ils symbolisent. Il serait évidemment excessif de transformer ces propos en manifeste. Vincent Bolloré n’est ni un modèle absolu, ni au-dessus de toute critique. Ses activités économiques, son influence médiatique, ses choix peuvent et doivent être discutés. Mais cela n’enlève rien à la nature particulière de ce moment.

Car ce qui a été entendu dépasse la seule défense d’un homme. Il s’agit d’un témoignage de foi, exprimé sans détour, sans emphase, sans stratégie apparente. Une parole simple, presque banale en d’autres temps, mais devenue rare dans la France d’aujourd’hui.

Précisons que reconnaître cette dimension ne signifie en rien une quelconque adhésion ou proximité institutionnelle. Il convient d’ailleurs de préciser que reconnaître cette dimension ne signifie en rien une quelconque adhésion ou proximité institutionnelle : Tribune Chrétienne n’est ni engagée dans un soutien à Vincent Bolloré, ni financée par son groupe, et conserve toute son indépendance éditoriale, contrairement à certains médias dits « catholiques » qui clament leur indépendance tout en recevant chaque année des millions de subventions. Reste que ces paroles, sans faire de leur auteur un homme parfait, constituent un témoignage clair. Et peut-être est-ce précisément cela qui dérange le plus : non pas l’influence ou la réussite, mais le fait qu’une foi puisse encore être dite publiquement, sans s’excuser, dans un pays qui semble avoir pris l’habitude de la reléguer au silence et à l’oubli.

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