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[ PÂQUES 2026 ] Léon XIV : « Portons par notre vie la joie de la résurrection »

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La Résurrection est un acte créateur, un commencement absolu. Elle inaugure une humanité nouvelle, libérée de la domination de la mort. ( intégralité du texte)

Dès les premières lignes, le pape inscrit son homélie dans une vision cosmique du salut : « la création tout entière resplendit aujourd’hui d’une lumière nouvelle ». Cette affirmation renvoie directement à la théologie paulinienne, notamment à l’idée que toute la création est engagée dans le mystère de la rédemption. La Résurrection n’est pas un événement isolé, mais une transfiguration de l’ordre même du réel. En déclarant que « le Christ est ressuscité d’entre les morts et, avec Lui, nous ressuscitons nous aussi à une vie nouvelle », Léon XIV rappelle que la Résurrection n’est pas seulement celle du Christ, mais déjà, en germe, celle de l’humanité entière. Il poursuit en affirmant : « la mort a été vaincue pour toujours, la mort n’a plus de pouvoir sur nous ». Cette parole, d’une radicalité absolue, exprime le cœur de la foi chrétienne. Pourtant, le pape reconnaît immédiatement la tension existentielle qui habite l’homme : « C’est un message qui n’est pas toujours facile à accueillir ».

Théologiquement, cette difficulté tient à la condition de l’homme encore marqué par le péché et la finitude. La victoire du Christ est réelle, mais elle se déploie dans un monde où la mort continue d’exercer une forme de présence. Il y a ici toute la dynamique du « déjà-là et pas encore » du salut.

Le pape plonge ensuite dans une analyse de l’expérience humaine : « lorsque le boulet de nos péchés nous empêche de prendre notre envol […] lorsque nous avons l’impression de nous trouver dans un tunnel dont nous ne voyons pas la sortie ». Cette description rejoint une anthropologie réaliste. Le péché n’est pas une abstraction, il est un poids, une gravité qui incline l’homme vers le bas. Mais c’est précisément dans cette profondeur que la Résurrection vient agir, non pas en niant la réalité de la souffrance, mais en l’ouvrant de l’intérieur à une possibilité nouvelle. Cette même lucidité se retrouve dans l’analyse du monde extérieur : « la mort est toujours à l’affût […] dans les injustices […] dans la violence de la guerre qui tue et détruit ». Le pape ne spiritualise pas le mal. Il en reconnaît la dimension historique et concrète. Il y a des structures d’injustice, des logiques d’oppression, des violences réelles. Et il y a, implicitement, des ennemis qui portent ces logiques de mort. Mais là encore, la perspective chrétienne ne se réduit pas à une lecture purement politique : ces réalités visibles renvoient à une racine plus profonde, celle du péché et de la rupture avec Dieu, qui doit être combattue à sa source.

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Face à cette réalité, Léon XIV affirme : « la Pâques du Seigneur nous invite à lever les yeux et à ouvrir notre cœur ». Cette invitation est une véritable conversion du regard. Elle consiste à discerner, au cœur même de la mort, les « fissures de résurrection ». Cette expression est théologiquement très riche : elle signifie que la grâce ne supprime pas immédiatement le mal, mais qu’elle l’ouvre, le fissure, et fait surgir en lui une vie nouvelle. C’est toute la logique du mystère pascal : la vie jaillit de la mort, non pas à côté d’elle, mais à travers elle.

Le pape cite ensuite François : « la résurrection du Christ “n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde” ». Cette affirmation est décisive. Elle signifie que la Résurrection est une puissance actuelle, opérante, qui travaille le monde de l’intérieur. Même lorsque « l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne faiblissent pas », quelque chose de nouveau est déjà en train de germer. La théologie ici rejoint une espérance active : Dieu agit dans l’histoire, souvent de manière cachée, mais réelle. Léon XIV insiste ensuite sur la dimension créatrice de Pâques : « Pâques est la nouvelle création opérée par le Seigneur ressuscité ». En reliant la Résurrection au « premier jour de la semaine », il établit un parallèle direct avec le récit de la Genèse.

La Résurrection est un acte créateur, un commencement absolu. Elle inaugure une humanité nouvelle, libérée de la domination de la mort.

Enfin, l’appel final donne à toute l’homélie sa dimension missionnaire : « portons par notre vie la joie de la résurrection ». Il ne s’agit pas seulement d’adhérer intellectuellement à une vérité, mais de l’incarner. La Résurrection doit devenir visible dans l’existence concrète des chrétiens. « Courons donc comme Marie de Magdala », dit le pape, rappelant que le premier témoignage pascal est celui d’une course, d’un élan, d’une urgence. Cette injonction engage profondément : porter la joie de la Résurrection signifie devenir signe de vie dans un monde marqué par la mort. Cela implique de combattre le mal, non pas seulement en le dénonçant, mais en opposant à ses logiques une vie transformée par la grâce. Là où dominent la haine, l’égoïsme et la violence, le chrétien est appelé à faire apparaître une autre manière d’exister.

Ainsi, l’homélie de Léon XIV s’impose comme une synthèse de la théologie pascale : lucidité sur le mal, affirmation de la victoire du Christ, et appel à un engagement concret. La Résurrection n’est pas un simple objet de foi, elle est une force vivante qui exige d’être manifestée. Et c’est précisément en portant « par notre vie la joie de la résurrection » que les chrétiens deviennent, dans l’histoire, les témoins de cette victoire déjà acquise mais encore à déployer.

HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

Place Saint-Pierre
Dimanche de Pâques, 5 avril 2026

« Chers frères et sœurs,

La création tout entière resplendit aujourd’hui d’une lumière nouvelle, un chant de louange s’élève de la terre, notre cœur exulte de joie : le Christ est ressuscité d’entre les morts et, avec Lui, nous ressuscitons nous aussi à une vie nouvelle !

Cette annonce pascale embrasse le mystère de notre vie, la destinée de l’histoire, et elle nous atteint jusque dans les abîmes de la mort, par lesquels nous nous sentons menacés et parfois submergés. Elle nous ouvre à l’espérance qui ne faiblit pas, à la lumière qui ne se couche pas, à cette plénitude de joie que rien ne peut détruire : la mort a été vaincue pour toujours, la mort n’a plus de pouvoir sur nous !

C’est un message qui n’est pas toujours facile à accueillir, une promesse que nous avons du mal à accepter, car le pouvoir de la mort nous menace sans cesse, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Au plus profond de nous-mêmes, lorsque le boulet de nos péchés nous empêche de prendre notre envol, lorsque les déceptions ou la solitude que nous vivons assèchent nos espérances, lorsque les soucis ou les rancœurs étouffent la joie de vivre, lorsque nous éprouvons de la tristesse ou de la fatigue, lorsque nous nous sentons trahis ou rejetés, lorsque nous devons faire face à notre faiblesse, à la souffrance, à la fatigue de chaque jour, alors nous avons l’impression de nous trouver dans un tunnel dont nous ne voyons pas la sortie.

Mais aussi en dehors de nous, la mort est toujours à l’affût. Nous la voyons présente dans les injustices, dans les égoïsmes partisans, dans l’oppression des pauvres, dans le manque d’attention envers les plus fragiles. Nous la voyons dans la violence, dans les blessures du monde, dans le cri de douleur qui s’élève de toutes parts face aux abus qui écrasent les plus faibles, face à l’idolâtrie du profit qui pille les ressources de la terre, face à la violence de la guerre qui tue et détruit.

Dans cette réalité, la Pâques du Seigneur nous invite à lever les yeux et à ouvrir notre cœur. Elle continue de nourrir dans notre esprit et au fil de l’histoire la semence de la victoire promise. Elle nous met en mouvement, comme Marie de Magdala et comme les Apôtres, pour nous faire découvrir que le tombeau de Jésus est vide, et qu’ainsi, dans toute mort que nous expérimentons, se trouve aussi de la place pour une vie nouvelle qui surgit. Le Seigneur est vivant et demeure avec nous. Il ouvre notre cœur à l’espérance qui nous soutient par les fissures de résurrection qui s’ouvrent dans les ténèbres : le pouvoir de la mort n’est pas la destinée ultime de notre vie. Nous sommes orientés une fois pour toutes vers la plénitude car, dans le Christ ressuscité, nous sommes nous aussi ressuscités.

Le Pape François nous le rappelait avec émotion dans sa première Exhortation apostolique, Evangelii gaudium, en affirmant que la résurrection du Christ « n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne faiblissent pas. Pourtant, il est aussi certain que commence à germer quelque chose de nouveau dans l’obscurité, qui tôt ou tard produira du fruit » (n° 276).

Frères et sœurs, la Pâque du Seigneur nous donne cette espérance, en nous rappelant que, dans le Christ ressuscité, une nouvelle création est possible chaque jour. C’est ce que nous dit l’Évangile proclamé aujourd’hui qui situe l’événement de la résurrection « le premier jour de la semaine » (Jn 20, 1). Le jour de la résurrection du Christ nous renvoie ainsi à la création, à ce premier jour où Dieu créa le monde, et il nous annonce en même temps qu’une vie nouvelle, plus forte que la mort, est en train de naître pour l’humanité.

Pâques est la nouvelle création opérée par le Seigneur ressuscité. Elle est un nouveau départ, elle est la vie enfin rendue éternelle par la victoire de Dieu sur l’ancien Adversaire.

Nous avons besoin aujourd’hui de ce chant d’espérance. Et c’est à nous, ressuscités avec le Christ, qu’il revient de le porter dans les rues du monde. Courons donc comme Marie de Magdala, annonçons-le à chacun, portons par notre vie la joie de la résurrection afin que partout où plane encore le spectre de la mort, la lumière de la vie puisse resplendir.

Que le Christ, notre Pâques, nous bénisse et donne sa paix au monde entier ! »

Source Vatican

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