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Nigeria : bain de sang dans deux églises en pleine célébration de Pâques

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" Nous nous sentons tellement détruits et nous nous sentons tellement rejetés"

Le nord-ouest du Nigeria a de nouveau été frappé par la violence. Dimanche matin, jour de Pâques, une attaque armée contre deux églises dans la localité d’Ariko, dans l’État de Kaduna, a causé la mort de plusieurs fidèles et l’enlèvement de dizaines d’autres. Selon un communiqué de l’armée nigériane publié lundi 6 avril, 31 civils retenus en otage ont été libérés à la suite d’une intervention militaire. Les forces de sécurité indiquent avoir engagé les assaillants dans un violent échange de tirs, contraignant ces derniers à prendre la fuite en abandonnant leurs captifs ainsi que les corps des victimes. Le nombre exact de morts reste à définir. L’armée évoque cinq personnes tuées, tandis qu’un responsable ecclésial local avait initialement fait état de sept victimes, signe de la confusion qui a suivi l’attaque.

Les hommes armés ont pris pour cible des fidèles rassemblés pour les offices pascals. La violence de l’assaut a profondément marqué la communauté locale. Au-delà des chiffres, la tragédie se lit dans les témoignages des familles endeuillées. L’un des proches des victimes décrit une souffrance profonde et répétée :

« Je me sens si triste, je me sens brisé, je me sens complètement détruit. Mon frère aîné a été tué en décembre dernier, lorsqu’il s’est rendu à sa ferme pendant la période des récoltes. Et maintenant, même pas un an et six mois plus tard, notre père est également tué. Toute la famille est en lambeaux. Nous nous sentons tellement détruits et nous nous sentons tellement rejetés. »

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Ce témoignage illustre la spirale de violence qui frappe les familles chrétiennes, déjà durement éprouvées par l’insécurité chronique dans la région. L’armée affirme avoir réagi rapidement. Elle souligne que les assaillants ont subi de lourdes pertes, évoquant des traces de sang retrouvées sur leurs routes de fuite. Des renforts ont été déployés afin de poursuivre les responsables et sécuriser la zone.

Sur place, un responsable des autorités de sécurité, dépêché depuis Abuja, a tenu à constater la situation :

« Je suis venu voir par moi-même. Vous pouvez voir le commissaire de police et d’autres agences de sécurité qui m’accompagnent. Lorsque nous avons reçu le rapport indiquant que des églises avaient été attaquées et que cinq personnes avaient été tuées, j’ai dû être envoyé depuis Abuja pour venir voir ce qui se passe »

Cependant, des témoignages rapportés par des médias locaux nuancent la version officielle. Certains habitants affirment que les assaillants ont pu agir pendant un certain temps sans rencontrer de résistance immédiate, soulevant des interrogations sur la rapidité réelle de l’intervention. Cette attaque s’inscrit dans un contexte sécuritaire extrêmement dégradé. Le nord du Nigeria est régulièrement le théâtre d’enlèvements contre rançon et d’attaques meurtrières, menés à la fois par des groupes jihadistes et par des bandes armées appelées « bandits ».

L’attaque survenue en plein jour de Pâques ravive les inquiétudes concernant la sécurité des chrétiens dans le pays. Fin 2025, les autorités américaines avaient exprimé leurs préoccupations et appelé le gouvernement nigérian à renforcer la protection des communautés chrétiennes. Des accusations de « génocide chrétien » avaient été avancées par le président Donald Trump et certains évêques , des propos fermement rejetés par Abuja, qui insiste sur le fait que toutes les communautés religieuses sont touchées par les violences. Dans ce contexte, les autorités appellent les populations à coopérer avec les forces de sécurité. Mais pour de nombreuses communautés chrétiennes du nord, l’attaque d’Ariko apparaît comme une nouvelle tragédie, survenue au moment même où elles célébraient l’un des temps les plus sacrés de leur foi.

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