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En Papouasie, une église catholique visée par une explosion et des chrétiens pris au piège d’un conflit oublié

église Saint-Paul de Mbamogo en Papouasie nouvelle Guinée - capture écran
église Saint-Paul de Mbamogo en Papouasie nouvelle Guinée - capture écran
Alors que plus de 100 000 personnes ont déjà fui les violences depuis le début de l’année, l’Église demeure l’une des rares voix à dénoncer les atteintes aux droits humains et à défendre les populations autochtones papoues

Une nouvelle fois, la violence a frappé une communauté catholique de Papouasie. Le 17 mai dernier, quelques instants après la messe dominicale, une explosion s’est produite dans l’enceinte de l’église Saint-Paul de Mbamogo, dans la région d’Intan Jaya, en Papouasie centrale. Quatre civils papous catholiques ont été blessés alors que de nombreux fidèles se trouvaient encore dans la cour de l’église. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, l’engin explosif aurait été largué par un drone. L’armée indonésienne a immédiatement rejeté toute responsabilité, évoquant une possible provocation destinée à attiser les tensions. Une enquête a été ouverte par la police afin d’établir les circonstances exactes des faits et d’identifier les responsables.

Selon les informations rapportées par l’Agence Fides, l’explosion a provoqué un mouvement de panique parmi les habitants et entraîné la fuite de nombreux civils vers les zones forestières environnantes. Le père Yanuarius Yance Yogi, curé de la paroisse, a coordonné l’évacuation des blessés tandis que les responsables catholiques locaux ont réclamé une enquête transparente. Pour les catholiques de Papouasie, cet épisode s’inscrit dans un climat de violence qui dure depuis plusieurs décennies. Le père Alexandro Rangga, directeur de la Commission « Justice et Paix » des Franciscains de Papouasie, dénonce une situation devenue insoutenable. Selon lui, les opérations militaires, les affrontements armés et les attaques touchant les civils provoquent des traumatismes profonds au sein de la population. « Le conflit en cours a privé le peuple papou de son sentiment de sécurité, de son avenir et de son droit à la vie », affirme le religieux, qui rappelle que les enfants et les femmes sont souvent les premières victimes de cette guerre larvée.

La Papouasie occidentale demeure aujourd’hui l’un des conflits les moins médiatisés du monde. Située à l’extrémité occidentale de l’île de Nouvelle-Guinée, cette région a été intégrée à l’Indonésie en 1969 dans des conditions qui continuent d’être contestées par de nombreux Papous. Depuis lors, plusieurs mouvements indépendantistes réclament soit l’indépendance, soit une autonomie beaucoup plus importante. Face à eux, Jakarta considère ces groupes comme des organisations séparatistes menaçant l’intégrité territoriale du pays. Les affrontements entre forces gouvernementales et groupes armés indépendantistes se poursuivent régulièrement, notamment dans les régions montagneuses du centre de la Papouasie.

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À cette dimension politique s’ajoute une question économique majeure. La région recèle d’immenses richesses naturelles, notamment du cuivre, de l’or, du gaz et du bois. Les populations locales dénoncent depuis longtemps l’exploitation de ces ressources par de grandes entreprises bénéficiant de concessions accordées par le gouvernement central, sans que les bénéfices ne profitent réellement aux habitants.

Autre sujet de tension, la politique de « transmigrasi », mise en œuvre depuis plusieurs décennies par les autorités indonésiennes. Elle a favorisé l’installation de populations venues de Java et d’autres îles de l’archipel, au point que les Papous autochtones sont désormais devenus minoritaires dans certaines zones de leur propre territoire. Dans ce contexte, les Églises chrétiennes occupent une place particulière. La Papouasie est l’une des régions les plus chrétiennes d’Indonésie. Les catholiques y représentent une part importante de la population aux côtés des différentes communautés protestantes. Depuis des années, évêques, prêtres, religieux et responsables protestants dénoncent régulièrement les violations des droits humains, les déplacements forcés de population, les disparitions et les violences touchant les civils. L’Église catholique apparaît ainsi comme l’un des principaux défenseurs des populations autochtones. Elle plaide inlassablement pour le dialogue, la justice et une solution pacifique à un conflit qui continue de faire des victimes loin des regards de la communauté internationale.

Selon les estimations citées par les responsables ecclésiaux, plus de 105 000 personnes ont déjà été déplacées à l’intérieur du pays depuis le début de l’année 2026. Une grande partie de ces familles survivent dans des conditions précaires après avoir fui les combats. Dans son appel, le père Alexandro Rangga invite les fidèles à intensifier leurs prières pour la paix et rappelle que « la Papouasie n’est pas une terre maudite, mais une terre de vie ». Un message d’espérance au milieu d’une crise qui semble pourtant loin d’être résolue.

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