Dans le silence du monastère de Rimont, en Saône-et-Loire, les téléphones portables ont fait une entrée inattendue. Non pour troubler la prière, mais pour porter la Parole. Deux religieuses ont choisi d’y ouvrir une fenêtre sur leur vie en publiant de courtes vidéos sur TikTok. Une initiative qui, loin d’être anecdotique, dit quelque chose de l’état de l’Église en France et de sa volonté de rejoindre une génération éloignée. « C’est une aventure… je n’avais jamais fait ça », confie sœur Pia devant les caméras de France 3. Derrière cette simplicité, une réalité nouvelle s’impose. Les religieuses se sont approprié les codes d’une plateforme où tout se joue en quelques secondes. « On n’a qu’une minute, il faut aller à l’essentiel », explique-t-elle sur France 3. Dire Dieu en soixante secondes devient alors un exercice exigeant, presque ascétique, qui oblige à épurer le discours sans en trahir la substance.
Leur quotidien, fait de prière, de silence et de vie fraternelle, est ainsi donné à voir dans des formats courts. Pas de mise en scène sophistiquée, peu d’effets, mais une parole directe. Cette sobriété tranche avec l’agitation habituelle des réseaux sociaux et semble, paradoxalement, susciter l’attention. Certaines vidéos dépassent les 500 000 vues, preuve qu’un public existe, parfois inattendu. Le choix de TikTok n’est pas un hasard. Dans un diocèse rural comme celui d’Autun, vaste et dispersé, les contacts avec les jeunes sont devenus plus rares. « On va les chercher là où ils sont, sur leur téléphone », résume sœur Jeanne-Victoire. Une phrase simple qui traduit une évolution profonde de la mission. L’Église ne peut plus attendre que les fidèles viennent à elle, elle doit se rendre présente dans les espaces où se joue désormais une part de la vie sociale.
Cette intuition s’inscrit dans une réflexion plus large. Déjà, le pape Benoît XVI appelait à investir les « continents numériques ». Une orientation reprise par François, qui voit dans ces outils un moyen de première annonce. TikTok, souvent critiqué pour sa superficialité, devient ainsi un lieu possible de rencontre.
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À l’occasion de Pâques, les deux religieuses ont proposé de courtes séquences de catéchisme. Une initiative modeste, mais qui intervient dans un contexte marqué par un regain d’intérêt pour la foi. En France, plus de 21 000 adultes et adolescents doivent être baptisés en 2026, un chiffre en nette progression. Derrière l’apparente indifférence religieuse, une attente demeure. Reste une question bien réelle. Le format impose sa rapidité, sa simplification. La vie monastique, elle, s’inscrit dans la durée, le silence, la répétition. Comment faire tenir une parole spirituelle dans ce cadre sans la réduire ? Comment éviter que le message ne se dissolve dans le flux continu des contenus numériques ?
La présence en ligne des religieuses de Rimont ne prétend pas remplacer la vie sacramentelle ni la rencontre réelle. Elle se veut une porte d’entrée d’un long chemin dont l’issue ne dépend que de la volonté de chacun.


