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[Vidéo] « Je ne suis pas un grand fan du pape Léon » : Donald Trump affiche ses divergences avec le pape Léon XIV

Léon XIV ( depositphotos) - Donald Trump ( capture écran)
Léon XIV ( depositphotos) - Donald Trump ( capture écran)
« Le pape est faible » : une attaque directe de Donald Trump contre le pape Léon XIV, révélatrice d’une confrontation inédite entre le pouvoir politique américain et l'autorité religieuse du Vatican

Quelques heures auparavant, lors d’une vigile du Rosaire pour la paix à la basilique Saint-Pierre, le pape Léon XIV avait lancé un appel : « Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! ». Dans une méditation , il dénonçait les logiques de puissance, l’« idolâtrie de soi-même et de l’argent » et appelait les responsables politiques à « s’arrêter », à privilégier le dialogue plutôt que l’escalade. Une parole spirituelle exigeante, enracinée dans la tradition de l’Église. C’est dans ce contexte immédiat que, dans la nuit du 12 au 13 avril 2026, dans un long message publié sur son réseau Truth Social, puis devant des journalistes depuis la base militaire d’Andrews, dans le Maryland, Donald Trump s’en est pris frontalement au pape Léon XIV :

« Le pape Léon est FAIBLE sur la criminalité, et terrible en politique étrangère. Il parle de la “peur” de l’administration Trump, mais ne mentionne pas la PEUR que l’Église catholique, et toutes les autres organisations chrétiennes, ont ressentie pendant le COVID quand ils arrêtaient les prêtres, les ministres, et tout le monde, pour avoir tenu des services religieux, même en allant à l’extérieur, et en étant à dix et même vingt pieds de distance. »

« Je ne veux pas d’un pape qui pense que c’est terrible que l’Amérique ait attaqué le Venezuela, un pays qui envoyait des quantités massives de drogue aux États-Unis et, pire encore, qui vidait ses prisons, y compris des meurtriers, des trafiquants de drogue, et des tueurs, dans notre pays. »

« Et je ne veux pas d’un pape qui critique le président des États-Unis parce que je fais exactement ce pour quoi j’ai été élu, PAR UN GLISSEMENT DE TERRAIN, à faire, en obtenant des chiffres records bas en criminalité, et en créant le plus grand marché boursier de l’histoire. »

« Léon devrait être reconnaissant parce que, comme tout le monde le sait, il a été une surprise choquante. Il n’était sur aucune liste pour être pape, et n’a été mis là par l’Église que parce qu’il était américain, et ils pensaient que ce serait la meilleure façon de traiter avec le président Donald J. Trump. »

« Si je n’étais pas à la Maison Blanche, Léon ne serait pas au Vatican.« 

« Malheureusement, Léon est faible sur la criminalité, faible sur les armes nucléaires, ce qui ne me convient pas, ni le fait qu’il rencontre des sympathisants d’Obama comme David Axelrod, un PERDANT de la gauche, qui est l’un de ceux qui voulaient que les fidèles et les clercs soient arrêtés. » « Léon devrait se ressaisir en tant que pape, utiliser le bon sens, arrêter de se plier à la gauche radicale, et se concentrer sur être un grand pape, pas un politicien. Ça lui fait très mal et, plus important encore, ça fait mal à l’Église catholique ! »

L’enchaînement des propos éclaire la nature du désaccord. D’un côté, une parole pontificale qui rappelle que la guerre divise et que la paix se construit patiemment, dans la conversion des cœurs comme dans les décisions politiques. De l’autre, une lecture qui interprète cet appel comme une faiblesse. Le pape ne nie pas les menaces ni les responsabilités des États. Mais il en appelle à une logique différente, qui refuse de faire de la force le seul horizon. Lorsqu’il invite les dirigeants à « s’arrêter », il ne prône pas l’inaction, mais une forme de lucidité et de responsabilité face aux conséquences humaines des décisions politiques.

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À travers ces propos, une confusion apparaît. Le pape n’est ni un chef d’État comme un autre, ni un stratège militaire. Sa mission est d’éclairer les consciences, de rappeler les limites morales de l’action humaine et d’ouvrir un chemin de paix, même lorsque celui-ci semble difficile.

En qualifiant le pape de « très libéral », Donald Trump inscrit la parole de l’Église dans un cadre politique qui n’est pas le sien. L’Église ne parle pas selon les catégories partisanes. Elle rappelle des principes qui dépassent les clivages et s’adressent à tous. Lorsque le pape affirme que la prière « éduque à agir » et qu’elle transforme les cœurs, il ne propose pas une fuite hors du réel, mais une autre manière d’habiter ce réel, en le reliant à une exigence spirituelle et morale.

Cette séquence révèle une tension plus profonde entre deux visions du monde. L’une privilégie la puissance et la réponse immédiate, l’autre insiste sur la patience, la conversion et la construction progressive de la paix.

Dans ce contexte, qualifier le pape de « faible » ne dit peut-être pas tant quelque chose du pontife que de l’écart entre ces deux logiques. L’une mesure la force à la capacité d’imposer, l’autre à la capacité de servir et de préserver la vie. Au-delà de la polémique, une question demeure : dans un monde tenté par la démonstration de force, la voix de l’Église, qui appelle à « assez avec la guerre », peut-elle encore être entendue pour ce qu’elle est, non une faiblesse, mais une exigence de vérité ?

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