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Pape Léon XIV en Algérie : « On ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération »

Pape Léon XIV  ( capture écran)
Pape Léon XIV ( capture écran)
Prononcée au Sanctuaire des Martyrs (Maqam Echahid), à Alger, cette phrase résonne comme un appel à la réconciliation, mais aussi comme un rappel à la vérité et à la justice ( intégralité du texte)

Suite aux récents propos très critiques du président Donald Trump, le pape Léon XIV n’a pas hésité à rappeler avec fermeté sa liberté de parole : « Je n’ai peur ni de l’administration Trump ni de m’exprimer haut et fort sur le message de l’Évangile. » Dans ce contexte, la phrase prononcée quelques heures plus tard au Sanctuaire des Martyrs à Alger prend un relief particulier : « On ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération », a déclaré le Saint-Père, appelant à rompre avec les logiques d’accumulation de rancœur. L’évocation d’une « histoire douloureuse, marquée aussi par des périodes de violence » a introduit une tonalité plus grave. Sans entrer dans des détails précis, le pape a mis en avant la capacité du peuple à surmonter ces épreuves « avec courage et honnêteté ». Mais cette reconnaissance a aussi laissé entrevoir, en creux, que ces blessures du passé n’étaient pas entièrement dépassées et qu’elles continuaient d’appeler un travail intérieur.

Ce point est apparu plus nettement lorsqu’il a affirmé : « la paix […] n’est possible que par le pardon ». Le pape a développé ici une exigence claire, en soulignant qu’il fallait transformer les cœurs. Lorsqu’il a insisté : « on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment », il a formulé un avertissement implicite, suggérant que la tentation de l’amertume ou de la mémoire blessée pouvait encore exister et qu’elle devait être dépassée. Le discours a ensuite pris une dimension plus universelle avec cette affirmation : « Un peuple qui aime Dieu possède la richesse la plus authentique ». En mettant en avant le rôle de la foi comme source de cohésion et de sens, le pape a encouragé une fidélité à cette dimension religieuse. Là encore, l’affirmation, tout en étant positive, a aussi pu être entendue comme un appel à ne pas laisser cette richesse s’affaiblir ou se réduire à une simple référence culturelle.

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La citation de l’Évangile, « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16, 26) , a introduit une réflexion plus personnelle et exigeante. Elle a rappelé la primauté de la vie intérieure et du sens du sacrifice. En reliant cette parole aux personnes honorées en ce lieu, le pape a souligné leur don de soi « par amour pour leur peuple », tout en invitant implicitement chacun à s’interroger sur ses propres choix.

Enfin, la conclusion avec les Béatitudes (« Heureux les artisans de paix… ») a donné au discours une portée spirituelle forte. Ces paroles ont résumé un idéal élevé, celui d’une paix fondée sur la justice, la miséricorde et la pureté du cœur. Elles ont aussi constitué, en filigrane, une exigence adressée à tous, celle de devenir concrètement des artisans de paix dans un contexte encore marqué par des tensions. Le discours du Saint Père a donc combiné reconnaissance et appel à une conversion intérieure.

En valorisant les qualités du peuple algérien, le pape a en même temps laissé apparaître, de manière mesurée, les défis qui demeurent, notamment dans la capacité à pardonner, à dépasser les blessures du passé et à construire une paix durable.

VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
EN ALGÉRIE, AU CAMEROUN, EN ANGOLA ET EN GUINÉE ÉQUATORIALE
(13-23 AVRIL 2026)

VISITE DU MÉMORIAL DES MARTYRS MAQAM ECHAHID

SALUTATION DU SAINT-PÈRE
AU PEUPLE ALGÉRIEN

Alger
Lundi 13 avril 2026

« Chers frères et sœurs d’Algérie,
que la paix soit avec vous tous ! Assalamu lakom !

Je rends grâce à Dieu qui m’offre la possibilité de visiter votre pays en tant que successeur de l’apôtre Pierre, après l’avoir déjà fait à deux reprises en tant que fils spirituel de saint Augustin. Mais c’est avant tout un frère qui se présente devant vous, heureux de pouvoir renouveler, à l’occasion de cette rencontre, les liens d’affection qui rapprochent nos cœurs.

En vous regardant, je vois le visage d’un peuple fort et jeune, dont j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’expérimenter l’hospitalité et la fraternité. Dans le cœur algérien, l’amitié, la confiance, la solidarité ne sont pas simplement des mots, mais des valeurs qui comptent et qui donnent chaleur et solidité à la vie commune.

L’Algérie est un grand pays doté d’une longue histoire riche en traditions, depuis l’époque de saint Augustin et bien avant. Une histoire douloureuse, marquée aussi par des périodes de violence que vous avez toutefois su surmonter, avec courage et honnêteté, grâce précisément à la noblesse d’esprit qui vous caractérise et que je sens vivante encore aujourd’hui, ici.

Me trouver devant ce Monument est un hommage à cette histoire de l’Algérie et à l’âme d’un peuple qui s’est battu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de cette nation.

En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations : une paix qui ne soit pas seulement une absence de conflit, mais l’expression de la justice et de la dignité. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon. La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise. Je sais combien il est difficile de pardonner. Cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération.

L’avenir appartient aux hommes et aux femmes de paix. En fin de compte, la justice triomphera toujours de l’injustice, tout comme la violence, n’aura jamais le dernier mot contrairement aux apparences.

Sur cette terre, carrefour de cultures et de religions, le respect mutuel est la voie qui permet aux peuples de cheminer ensemble. Puisse l’Algérie, forte de ses racines et de l’espérance de ses jeunes, continuer à contribuer à la stabilité et au dialogue au sein de la communauté des nations et sur les rives de la Méditerranée.

Chaque peuple garde un patrimoine unique d’histoire, de culture et de foi. L’Algérie possède elle aussi cette richesse qui a soutenu son cheminement dans les moments difficiles et continue d’orienter son avenir. Dans ce patrimoine, la foi en Dieu occupe une place centrale : elle illumine la vie des personnes, soutient les familles et inspire le sens de la fraternité. Un peuple qui aime Dieu possède la richesse la plus authentique, et le peuple algérien garde ce joyau dans son trésor. Notre monde a besoin de croyants comme ceux-là, d’hommes et de femmes de foi, assoiffés de justice et d’unité. C’est pourquoi, face à une humanité désireuse de fraternité et de réconciliation, c’est un grand don et un engagement béni que de nous affirmer avec force et d’être toujours, ensemble, des frères entre nous et des enfants de Dieu !

À ceux qui recherchent des richesses éphémères, trompeuses et décevantes, qui finissent malheureusement souvent par corrompre le cœur humain et créer l’envie, la rivalité et les conflits, Jésus répète encore la question qu’il a posée il y a deux mille ans : « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16, 26). C’est une question fondamentale pour chacun à laquelle les défunts que nous honorons ici ont donné leur réponse : ils ont perdu la vie, mais dans un autre sens, en la donnant par amour pour leur peuple. Que leur histoire soutienne le peuple algérien et nous tous dans notre cheminement : car la vraie liberté ne s’hérite pas seulement, elle se choisit chaque jour.

Permettez-moi donc de conclure en reprenant les paroles que Jésus a adressées à ses disciples, celles que nous appelons le Sermon sur la montagne ou les Béatitudes :

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3-10)

Merci de votre accueil ! Que Dieu vous bénisse ! »

Source Vatican

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