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« Il existe une tradition de plus de mille ans de la guerre juste » : JD Vance insiste sur la théologie de la paix

JD VANCE lors du Turning Point USA en Géorgie - capture écran
JD VANCE lors du Turning Point USA en Géorgie - capture écran
« Dieu était-il du côté des Américains qui ont libéré la France des nazis ? » JD Vance relance le débat sur la guerre juste et la place de la parole de l’Église

Les dernières déclarations du vice-président américain JD Vance s’inscrivent dans le prolongement des attaques de Donald Trump à l’encontre du pape Léon XIV. Mardi 14 avril, JD Vance avait déjà pris position en estimant qu’il serait « préférable que le Vatican se cantonne aux questions de moralité » et qu’il laisse aux autorités politiques le soin de « dicter la politique publique ». Une déclaration qui posait clairement la question de la place de l’Église dans les affaires internationales.

Dans la soirée du même jour, lors d’un événement organisé par Turning Point USA en Géorgie, un mouvement influent dans les milieux conservateurs et auprès de la jeunesse républicaine, le vice-président a développé plus longuement sa réponse aux propos du pape. Revenant sur l’appel du pape Léon XIV à dire « assez avec la guerre », lancé lors d’une vigile du Rosaire à la basilique Saint-Pierre, JD Vance a déclaré : « Quand le Pape dit que Dieu n’est jamais du côté de ceux qui manient l’épée, il existe une tradition de plus de MILLE ans de la Théorie de la guerre juste. »

Cette référence renvoie à un élément bien connu de la tradition chrétienne, élaboré notamment par Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin. La doctrine de la guerre juste vise à encadrer moralement le recours à la force, en fixant des conditions strictes dans des circonstances exceptionnelles. Cependant, cette tradition a toujours été comprise comme une limite et non comme un idéal. Dans le contexte contemporain, marqué par des conflits aux conséquences humaines considérables, de nombreux responsables ecclésiaux insistent sur la difficulté croissante à satisfaire ces conditions, ce qui explique un accent plus marqué sur la prévention des guerres et la recherche de la paix. Au cours de cette même intervention, JD Vance a également cherché à illustrer son propos par des références historiques, déclarant : « Il a dit que Dieu n’est jamais du côté de ceux qui manient l’épée… comment pouvez-vous dire cela ? Dieu était-il du côté des Américains qui ont libéré la France des nazis ? » Il a poursuivi : « Dieu était-il du côté des Américains qui ont libéré les camps de l’Holocauste et libéré ces personnes innocentes de ceux qui avaient survécu à l’Holocauste ? » Avant de conclure : « Je pense certainement que la réponse est oui. »

Ces exemples renvoient à des épisodes majeurs du XXe siècle, souvent invoqués pour souligner que certaines interventions militaires peuvent apparaître comme moralement nécessaires face à des crimes extrêmes. Ils s’inscrivent dans une lecture qui met en avant la responsabilité des nations à intervenir pour mettre fin à des injustices graves.

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JD Vance a enfin ajouté : « De la même manière qu’il est important pour le vice-président des États-Unis de faire preuve de prudence quand je parle de questions de politique publique, je pense qu’il est très, très important pour le pape de faire preuve de prudence quand il parle de questions de théologie. » Puis : « Et je pense qu’un de ces problèmes ici est qu’il y a eu, si vous allez donner un avis sur des questions de théologie, vous devez faire preuve de prudence, vous devez vous assurer que c’est ancré dans la vérité, et c’est une des choses que j’essaie de faire, et c’est certainement quelque chose que j’attendrais du clergé, qu’ils soient catholiques ou protestants. »

Là où le vice-président insiste sur la continuité doctrinale et sur des exemples historiques concrets, le pape Léon XIV s’inscrit dans une parole pastorale et spirituelle, rappelant les exigences morales face aux réalités contemporaines de la guerre.

Dans ce contexte, certains éléments du débat public américain éclairent aussi l’arrière-plan de cette controverse. Certains évoquent des références à des épisodes de l’Ancien Testament où des guerres sont présentées comme voulues ou permises par Dieu, qu’il s’agisse des conflits contre Madian, de la conquête de Canaan, de la chute de Jéricho ou encore des Amalécites. Sans résumer à eux seuls la position des responsables politiques, ces exemples témoignent d’un climat où la question de la force peut être relue à travers une grille religieuse qui la justifie.

La tradition catholique, pour sa part, lit ces passages à la lumière de l’ensemble de la Révélation. Elle les interprète à partir de leur accomplissement dans le Christ, qui place au centre la miséricorde, la justice et la paix. Lorsque le pape Léon XIV affirme que Dieu n’est pas du côté de ceux qui manient l’épée, il ne propose pas une analyse historique des conflits passés, mais rappelle une exigence évangélique. La doctrine de la guerre juste, évoquée par JD Vance, n’est pas niée, mais replacée dans une vision plus large, où la paix demeure l’horizon.Au-delà de la polémique, ces échanges révèlent une question plus profonde, celle de l’articulation entre responsabilité politique, mémoire historique et exigence morale. Dans un monde marqué par les conflits, la voix de l’Église continue de se faire entendre par le Saint Père , non pour dicter des décisions, mais pour rappeler les limites et la dignité de toute action humaine à la lecture de l’Evangile.

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