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Sarah Mullaly et une bénédiction qui interroge : unité, vérité et clarté dans l’Église

Sarah Mullaly et  Monseigneur Joseph V. Brennan , évêque américain -  Capture écran
Sarah Mullaly et Monseigneur Joseph V. Brennan , évêque américain - Capture écran
L’unité authentique ne peut naître que dans la vérité. Toute autre forme d’unité même animée des meilleures intentions finit par fragiliser ce qu’elle prétend construire

Il est des événements qui, au-delà de leur matérialité, appellent non pas d’abord à la polémique, mais à un examen de conscience ecclésial. L’épisode récemment relayé concernant Monseigneur Joseph V. Brennan, évêque du diocèse de Fresno ( Californie) , présent et participant lors d’une cérémonie d’ordination anglicane, appartient à cette catégorie. Non qu’il faille céder à l’émotion ou à la précipitation, mais parce que l’Église, précisément dans sa fidélité bimillénaire, ne peut éviter certaines questions lorsque des gestes liturgiques semblent brouiller le langage de la foi. Nous comprenons profondément le désir d’unité exprimé par le Saint-Père, Léon XIV. Dans un monde fragmenté, marqué par la division et l’indifférence religieuse, la recherche de la communion entre chrétiens apparaît non seulement légitime, mais nécessaire. L’Église n’a jamais renoncé à cette aspiration, et le magistère récent en a rappelé l’importance avec constance.

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Cependant et c’est ici que naît l’interrogation l’unité ne peut se construire au prix de l’ambiguïté doctrinale.

Or, cette inquiétude ne surgit pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un contexte ecclésial plus large, dont l’évolution récente du monde anglican constitue une illustration particulièrement éclairante et profondément préoccupante. La nomination de Sarah Mullally à la tête de Cantorbéry première femme à occuper ce siège historique et figure engagée en faveur de bénédictions de couples de même sexe a provoqué une rupture majeure au sein de la Communion anglicane. Sous l’impulsion de responsables tels que l’ archevêque Laurent Mbanda ( primat de l’Église anglicane du Rwanda) , une coalition représentant des millions de fidèles notamment en Afrique et en Asie a officiellement cessé de reconnaître l’autorité de Cantorbéry. Ce n’est plus une simple tension interne c’est un schisme.

Un schisme motivé non par des querelles secondaires mais par des divergences jugées fondamentales sur l’Écriture la morale et la fidélité à la tradition apostolique.

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Depuis plusieurs décennies déjà certaines provinces anglicanes avaient engagé des évolutions doctrinales profondes bénédictions d’unions homosexuelles ordination de femmes évêques relectures de la morale chrétienne. Ces choix présentés comme des adaptations pastorales ont progressivement fracturé l’unité. La nomination de Sarah Mullally a été perçue par une large partie du monde anglican comme l’aboutissement de cette dérive et pour certains comme une ligne rouge définitivement franchie. Il est significatif que ceux qui rompent aujourd’hui invoquent explicitement la fidélité à l’Écriture et à la tradition. Leur geste aussi dramatique soit il se veut une protestation contre ce qu’ils considèrent comme une altération de la foi reçue.

Pourquoi rappeler cela ici, parce que ce contexte éclaire d’une lumière particulière les événements récents. Car tandis que l’anglicanisme se déchire précisément sur des questions doctrinales majeures des gestes posés dans un cadre catholique semblent à première vue du moins atténuer ces différences. Et c’est là que naît le trouble.

Depuis la bulle Apostolicae Curae de Léon XIII l’Église enseigne de manière définitive que les ordinations anglicanes sont absolument nulles et entièrement invalides. Cet enseignement engage la cohérence du sacrement de l’Ordre et la compréhension même de la succession apostolique.

Dès lors lorsque un évêque catholique semble participer non comme simple observateur mais par des gestes appartenant au cœur même d’un rite d’ordination anglicane une question surgit inévitablement sur ce que signifie ce geste même si il serait injuste de conclure trop vite à une intention de rupture. Mais il serait tout aussi imprudent de minimiser l’effet objectif de tels actes. Car la liturgie parle, et elle parle avec une force que nul discours ne peut totalement corriger.

Imposer les mains prononcer une prière consécratoire se tenir au centre d’un rite qui prétend conférer l’épiscopat tout cela constitue un langage. Et ce langage semble au minimum entrer en tension avec un enseignement magistériel tenu pour définitif. Dans ce contexte l’exemple de Sarah Mullally devient qu’on le veuille ou non un point de comparaison incontournable. Non pour établir une équivalence mais parce que son parcours et les décisions qu’elle incarne ont précisément conduit à une fracture majeure dans sa propre communion. Il est difficile de ne pas voir dans cette évolution une leçon ecclésiale lorsque la doctrine devient fluctuante l’unité se fissure lorsque l’autorité s’éloigne de la tradition reçue la communion se fragilise et lorsque des bénédictions viennent toucher des réalités que la foi chrétienne a toujours encadrées avec précision le risque de confusion devient inévitable.

C’est pourquoi l’interrogation des fidèles ne relève ni de la suspicion ni de la polémique. Elle procède d’un sensus fidei légitime ce désir profond de cohérence entre ce que l’Église enseigne et ce qu’elle manifeste.

Une autre dimension plus délicate encore nourrit cette réflexion celle d’une possible asymétrie dans la perception et la réponse aux écarts disciplinaires. Sans préjuger des décisions à venir beaucoup constatent que certaines situations ont dans le passé suscité des réactions rapides et fermes tandis que d’autres semblent appeler un temps de discernement plus prolongé. Il ne s’agit pas d’opposer mais de comprendre, non de réclamer mais d’espérer. Car le silence dans de telles circonstances peut être interprété souvent à tort mais inévitablement comme une forme de tolérance implicite. Or l’Église ne vit pas de silences ambigus mais de paroles claires.

L’unité authentique ne peut naître que dans la vérité. Toute autre forme d’unité même animée des meilleures intentions finit par fragiliser ce qu’elle prétend construire.

Ainsi l’interrogation actuelle peut être comprise comme une fidélité. Fidélité à la Tradition Fidélité au Magistère Fidélité enfin à la mission du successeur de Pierre confirmer ses frères dans la foi. Dans cette perspective il est permis et même nécessaire d’attendre une clarification.

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