À l’approche de l’examen au Sénat de la proposition de loi sur « l’aide à mourir », Mgr Marc Aillet publie un communiqué au ton ferme dans lequel il appelle les fidèles et les parlementaires à s’opposer au texte. Alors que le Sénat doit examiner du 11 au 13 mai la proposition de loi relative à « l’aide à mourir », le prélat a choisi d’intervenir publiquement à travers un communiqué intitulé « Tu ne tueras point ». Dans ce texte, l’évêque de Bayonne, Lescar et Oloron exprime son opposition à la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie. Il estime que cette réforme dépasserait largement le cadre d’une évolution sociétale ordinaire. Selon lui, le texte remettrait en cause « l’interdit de tuer » qui constitue l’un des fondements traditionnels de la vie collective.
Par cette prise de position, Mgr Aillet s’inscrit dans la continuité de l’enseignement de l’Église catholique sur les questions de fin de vie, tout en adoptant un ton direct destiné à alerter les fidèles comme les responsables politiques.
L’évêque insiste particulièrement sur la situation des soins palliatifs en France. Il rappelle que de nombreux patients renoncent à une demande d’euthanasie ou de suicide assisté lorsqu’ils bénéficient d’un accompagnement médical et humain adapté. Selon lui, la faiblesse actuelle de l’offre de soins palliatifs crée un déséquilibre dans le débat public. Mgr Aillet souligne notamment qu’une partie importante de la population française n’a toujours pas accès à ces structures spécialisées malgré plusieurs lois votées ces dernières années. Cette insuffisance pourrait conduire certaines personnes fragiles, notamment les plus isolées ou les plus précaires , à envisager l’euthanasie par crainte de représenter une charge pour leurs proches ou pour la société.
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Le communiqué fait également référence aux expériences étrangères, notamment en Belgique, aux Pays-Bas et au Canada, pays dans lesquels ces pratiques sont autorisées depuis plusieurs années.
Au-delà de la réflexion éthique, Mgr Aillet invite explicitement les fidèles du diocèse à écrire aux sénateurs afin de leur demander de rejeter le texte lors de son examen en séance publique.
L’évêque précise avoir lui-même adressé un courrier aux parlementaires de son département. Il encourage également les catholiques à interpeller ensuite les députés sur cette question qu’il qualifie de « cruciale ». Cette démarche traduit une volonté de participation active des fidèles au débat démocratique, dans un contexte où la question de la fin de vie continue de diviser l’opinion publique et le monde politique.
Le communiqué prend enfin une dimension religieuse plus marquée lorsque Mgr Aillet évoque la date du vote solennel au Sénat, prévue le 13 mai, jour de la fête de Notre-Dame de Fatima. L’évêque invite les fidèles qui le souhaitent à prier et à jeûner ce jour-là afin que les parlementaires puissent, selon ses mots, mesurer « les conséquences morales et spirituelles » d’une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.
Texte intégral du communiqué de Mgr Marc Aillet
Communiqué de Mgr Marc Aillet – « Tu ne tueras point »
6 mai 2026La proposition de loi sur « l’aide à mourir » adoptée le 25 février dernier, à une courte majorité, à l’Assemblée nationale, sera de nouveau examinée en séance publique au Sénat du 11 au 13 mai prochain…
Est-il encore nécessaire d’insister sur l’extrême gravité de ce texte de loi qui entend ni plus ni moins abolir l’interdit de tuer sur lequel repose depuis toujours la vie en société, en légalisant le suicide assisté et l’euthanasie ?
La quasi-totalité des patients tentés de demander le suicide assisté ou l’euthanasie, y renoncent dès lors qu’ils sont pris en charge au sein d’une unité de soins palliatifs susceptible de les accompagner et de les soulager, mais en France, les soins palliatifs sont encore à ce point lacunaires (malgré plusieurs textes de loi pourtant adoptés à la quasi-unanimité), que près de la moitié de nos concitoyens ne peuvent toujours pas en bénéficier…
Dans ces conditions, l’adoption définitive de cette proposition de loi ne pourrait qu’inciter les patients les plus pauvres ou les plus vulnérables qui n’ont pas accès aux soins palliatifs, ou les personnes dites « éligibles » qui craignent d’être un poids pour leurs familles, le corps médical ou le budget de la Sécurité sociale, à recourir au suicide assisté ou à l’euthanasie, comme c’est d’ailleurs le cas dans les pays (la Belgique, les Pays-Bas ou le Canada…) où ces pratiques sont légales depuis plusieurs années.
Rien n’est cependant jamais perdu d’avance, comme le démontre le revirement qui vient de se produire en Ecosse (où le Parlement a rejeté, le 17 mars dernier, le texte de loi qui prévoyait de légaliser l’euthanasie) et au Royaume-Uni (où la Chambre des Lords s’est opposée, le 24 avril, à un projet de loi similaire), tandis qu’en France, le nombre de députés opposés à la proposition de loi sur « l’aide à mourir » est passé de 199 le 27 mai 2025, à 226 le 25 février dernier.
Il n’est donc nullement trop tard pour agir et se mobiliser.
Ayant moi-même écrit aux parlementaires du département pour leur demander de s’opposer à cette proposition de loi qui constituerait une rupture anthropologique majeure, j’invite instamment les fidèles du diocèse à faire de même, en s’adressant par mail et sans délai, aux sénateurs qui s’apprêtent à examiner le texte en séance publique les 11, 12 et 13 mai 2026.
Sans doute faudra-t-il écrire, dans un second temps, aux députés du département, sans craindre de leur rappeler qu’ils sont nos représentants et qu’ils auront à rendre compte de leur positionnement et de leur vote sur cette question cruciale de la fin de vie.
Le vote au Sénat de la proposition de loi relative à « l’aide à mourir » est officiellement prévu mercredi 13 mai, en la fête de Notre-Dame de Fatima : le vibrant appel à la conversion et à la pénitence que la Vierge de Fatima nous lance en réponse aux dérives du monde moderne apparaissant plus actuel que jamais, j’invite les fidèles qui le peuvent à prier et à jeûner ce jour-là : puisse le Seigneur éclairer la conscience des sénateurs et de nos élus quant aux redoutables conséquences morales et spirituelles qui résulteraient d’une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté en France, « fille aînée de l’Église ».
+ Marc Aillet
Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron
Fait à Bayonne, le 6 mai 2026. »


