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[ Vidéo] Un diacre déchainé chante Claude François devant l’autel : jusqu’où ira la désacralisation des mariages catholiques ?

capture RS
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Diocèse de Clermont-Ferrand , à l’église Saint-Martin d’Aubière, un diacre a choisi d’interpréter « Cette année-là » de Claude François devant l’autel au cours d’une célébration de mariage.

La vidéo circule largement sur les réseaux sociaux. On y voit un diacre entonner le célèbre tube de Claude François « Cette année-là » au cours d’un mariage célébré à l’église Saint-Martin d’Aubière, dans le diocèse de Clermont-Ferrand. Les invités applaudissent, sourient, reprennent parfois les paroles. L’ambiance semble chaleureuse et festive. Et pourtant, derrière certains commentaires enthousiastes, de nombreux catholiques expriment un profond malaise et un réel désarroi.

Car la question n’est pas de savoir si Claude François est un bon chanteur ou si les mariés ont passé un agréable moment. La question est beaucoup plus fondamentale : que vient-on célébrer dans une église ? L’église n’est pas une salle des fêtes. Elle n’est pas un décor pittoresque destiné à mettre en valeur des photographies de mariage. Elle est un lieu consacré à Dieu. Elle abrite le Saint-Sacrement. Elle est le lieu du sacrifice eucharistique, de la prière, de l’adoration et des sacrements. Depuis deux mille ans, les chrétiens ont construit des églises pour rendre gloire à Dieu et conduire les âmes vers le Ciel. Chaque pierre, chaque autel, chaque crucifix rappelle cette vocation première : orienter les hommes vers le Christ.

Le mariage célébré à l’église n’est pas davantage une simple cérémonie familiale. Il est un sacrement. Un homme et une femme s’y engagent devant Dieu pour toute leur vie. Ils reçoivent une grâce particulière destinée à sanctifier leur union et à faire de leur foyer une véritable Église domestique.

Comment ne pas s’interroger lorsque, au cœur même de cette célébration sacrée, l’attention se déplace soudain vers une chanson de variété française ? Les défenseurs de ce genre d’initiatives avancent toujours les mêmes arguments : cela met de la joie, cela détend l’atmosphère, cela rapproche l’Église des gens. Mais la joie chrétienne n’est pas le divertissement. La joie chrétienne naît de la rencontre avec Dieu, non de l’importation dans le sanctuaire des codes du spectacle et de l’animation. Personne ne conteste que les mariages soient des moments de fête. Bien au contraire. Les catholiques aiment célébrer les unions, partager des repas, chanter et danser. Mais pourquoi vouloir absolument faire entrer ces animations dans le chœur de l’église ?

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Après la messe, lors du vin d’honneur, du repas ou de la soirée, les mariés pouvaient parfaitement reprendre Claude François, danser jusqu’au bout de la nuit et faire chanter tous leurs invités. Personne n’y aurait trouvé matière à critique. La question n’est donc pas celle de la chanson elle-même. Elle est celle du lieu. Car à force d’effacer la frontière entre le sacré et le profane, on finit par ne plus savoir ce qu’est une église.

Plus inquiétant encore, cette tendance d’attribuer à un diacre un rôle qui n’est pas le sien. Un diacre n’est pas un animateur du Club Med. Il n’est pas chargé de mettre l’ambiance ou de divertir l’assemblée.

Lorsqu’un diacre devient lui-même le spectacle, le risque est grand que l’essentiel disparaisse derrière l’anecdotique. Cette scène d’Aubière n’est malheureusement pas isolée. Depuis plusieurs années, les réseaux sociaux regorgent de vidéos montrant des prêtres chantant des tubes populaires, dansant dans les églises ou transformant certaines célébrations en happenings destinés à susciter l’émotion immédiate. Chaque fois, le succès médiatique est au rendez-vous. Chaque fois aussi, le sens du sacré recule un peu davantage.

Monseigneur François Kalist

Le diocèse de Clermont est aujourd’hui dirigé par Monseigneur François Kalist, archevêque de Clermont depuis 2016. Connu pour son attachement à la mission de l’Église et à la transmission de la foi, il appartient naturellement à l’autorité diocésaine de discerner ce qui contribue réellement à l’évangélisation et ce qui risque au contraire d’entretenir une confusion sur la nature même de la liturgie et des lieux sacrés. Beaucoup de fidèles espèrent que ce type d’initiative fera l’objet d’un rappel fraternel mais ferme. Non par manque de charité ou par refus de la joie, mais parce que l’on ne rend pas service aux futurs époux en leur donnant l’impression que la dimension sacrée du mariage peut être reléguée au second plan derrière l’animation.

Une église n’est pas une salle de spectacle. Un autel n’est pas une scène. Et un mariage catholique mérite mieux qu’une imitation de spectacle de variétés. Car si l’Église elle-même ne protège plus le caractère sacré de ses sanctuaires et de ses sacrements, qui le fera encore ?

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