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[ Encyclique Magnifica Humanitas] « Arrêtons le chantier d’une énième Babel » : le cri d’alarme de Léon XIV à l’ère de l’intelligence artificielle

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Face aux promesses du transhumanisme et aux bouleversements provoqués par la révolution numérique, le pape rappelle une vérité fondamentale : l’avenir de l’humanité ne dépend pas des machines qu’elle construira, mais de la fidélité avec laquelle elle demeurera enracinée dans le Christ ( texte intégral de l'Encyclique)

Comme prévu, ce lundi 25 mai à 11h15, le pape Léon XIV a officiellement présenté son encyclique Magnifica Humanitas lors d’une conférence organisée au Vatican, en présence du cardinal Víctor Manuel Fernández, principal intervenant chargé d’en exposer les grandes lignes théologiques et pastorales. Ce texte majeur, premier document magistériel du pontificat consacré à l’intelligence artificielle, entend offrir une réponse chrétienne aux profondes transformations anthropologiques, sociales et spirituelles provoquées par la révolution numérique.

Lorsque Léon XIII publiait Rerum Novarum en 1891, l’Église affrontait les bouleversements de la révolution industrielle. Cent trente-cinq ans plus tard, Léon XIV estime que l’humanité traverse une mutation comparable. Mais cette fois, les machines ne remplacent plus seulement les bras de l’homme. Elles prétendent désormais reproduire certaines facultés de son intelligence, orienter ses décisions, restructurer son travail et parfois même redéfinir sa compréhension de lui-même.Dès les premières lignes de l’encyclique, le pape place l’humanité devant une alternative dramatique : « La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble » (Magnifica Humanitas, n° 3). Cette phrase constitue la clé de lecture de l’ensemble du document.

Babel ou la tentation de l’homme qui veut se sauver lui-même

La référence à Babel traverse toute l’encyclique. Pour Léon XIV, le récit de la Genèse n’est pas seulement une histoire ancienne. Il décrit une tentation permanente de l’humanité : atteindre le ciel sans Dieu. La tour de Babel symbolise une civilisation qui prétend trouver son salut dans sa propre puissance. L’homme moderne, fasciné par ses découvertes scientifiques, peut être tenté de croire qu’il n’existe plus aucune limite qu’il ne puisse dépasser.

Le pape voit dans certaines formes de technicisme et de transhumanisme une réapparition de cette logique prométhéenne. La technologie cesse alors d’être un instrument pour devenir une espérance quasi religieuse. C’est pourquoi Léon XIV lance cet avertissement saisissant : « Je demande à tous d’arrêter le chantier d’une énième Babel et d’unir nos forces pour édifier le bien » (Magnifica Humanitas, n° 16). Le problème n’est pas l’intelligence artificielle elle-même. Le problème est la tentation de substituer la puissance technique à Dieu.

Le Christ révèle l’homme à lui-même

L’un des aspects les plus frappants de Magnifica Humanitas est son caractère profondément christocentrique. Face aux débats contemporains sur l’intelligence artificielle, Léon XIV refuse de partir de la machine. Il part du Christ. Il rappelle ainsi : « Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Magnifica Humanitas, n° 4).Cette citation du concile Vatican II devient le cœur de toute l’encyclique. Depuis plusieurs décennies, une partie de la culture contemporaine tend à définir l’homme par ses performances : sa capacité à calculer, à mémoriser, à analyser ou à produire. Or précisément, les machines commencent à accomplir certaines de ces tâches. Le pape oblige alors à revenir à la question fondamentale : qu’est-ce que l’homme ?La réponse chrétienne demeure inchangée. L’homme est une créature voulue pour elle-même par Dieu. Il est créé à son image. Il est appelé à partager sa vie. Léon XIV écrit ainsi : « À l’ère de l’intelligence artificielle, où la dignité humaine risque d’être éclipsée par de nouvelles formes de déshumanisation, nous avons le devoir urgent de rester profondément humains » (Magnifica Humanitas, n° 5). Cette phrase pourrait résumer tout le document.

La sagesse est plus grande que l’intelligence

L’une des contributions les plus originales de l’encyclique est la distinction entre intelligence et sagesse. Léon XIV écrit : « La sagesse ne consiste pas à accumuler des informations mais à discerner le sens des choses à la lumière de la vérité » (Magnifica Humanitas, n° 41).Cette phrase est capitale. Une intelligence artificielle peut traiter des milliards de données. Elle peut analyser des informations à une vitesse inaccessible à l’esprit humain. Mais la sagesse est autre chose. Elle suppose la capacité de discerner le vrai bien, de hiérarchiser les réalités et de comprendre leur finalité ultime. Cette réflexion rejoint directement la tradition de saint Thomas d’Aquin. La sagesse ne consiste pas seulement à connaître davantage. Elle consiste à voir les choses depuis la perspective de Dieu.

Une civilisation sans vérité finit par perdre sa liberté

Léon XIV consacre également plusieurs pages à la crise de la vérité dans les sociétés contemporaines. Il écrit : « Une société qui renonce à la recherche de la vérité finit par réduire la liberté à la satisfaction des préférences individuelles » (Magnifica Humanitas, n° 53).Cette réflexion prolonge directement les enseignements de Benoît XVI. Lorsque la vérité disparaît, il ne reste plus que les désirs individuels ou les rapports de force. Dans un tel contexte, la technologie risque de devenir un simple outil au service des préférences du moment au lieu d’être orientée vers le bien commun.

La personne humaine n’est pas un ensemble de données

L’un des chapitres les plus importants de l’encyclique critique la tendance à réduire l’homme à des données numériques. Le pape affirme : « La personne humaine ne peut jamais être réduite à l’ensemble de ses données, de ses comportements observables ou de ses préférences prévisibles » (Magnifica Humanitas, n° 67).Cette phrase constitue une critique majeure de certaines dérives de l’économie numérique contemporaine. Les technologies actuelles accumulent des quantités gigantesques d’informations sur les individus. Mais pour Léon XIV, la personne demeure toujours plus grande que ce qui peut être mesuré. L’homme possède une intériorité. Il possède une liberté. Il possède une vocation spirituelle. Aucun algorithme ne pourra jamais épuiser ce mystère.

La critique la plus profonde du transhumanisme

Le pape s’attaque ensuite à l’une des idéologies les plus influentes du monde technologique contemporain. Il dénonce une vision selon laquelle « La plénitude de la vie consisterait à avoir plus, à réduire la fragilité, à éliminer l’imprévu, à contrôler chaque chose » (Magnifica Humanitas, n° 72).Nous retrouvons ici le cœur du projet transhumaniste. Vieillir serait un problème. La maladie une anomalie. La dépendance une humiliation. La mort elle-même deviendrait une défaillance technique. Face à cette logique, Léon XIV rappelle : « Accepter les limites et la fragilité de l’humanité sans les considérer comme une erreur à corriger » (Magnifica Humanitas, n° 15).Le christianisme ne promet pas l’abolition de la condition humaine. Il annonce sa transfiguration. Le Christ n’a pas supprimé la souffrance, il l’a traversée. Il n’a pas supprimé la mort, il l’a vaincue. Toute la différence entre le christianisme et le transhumanisme se trouve là : l’un cherche à supprimer la fragilité, l’autre lui donne un sens.

Quand l’efficacité devient une idole

L’un des diagnostics les plus lucides de l’encyclique concerne le culte contemporain de la performance. Léon XIV écrit : « Lorsque l’efficacité devient la mesure de la valeur, l’être humain est tenté de se considérer comme un projet à optimiser plutôt que comme une créature appelée à la relation et à la communion » (Magnifica Humanitas, n° 76).Cette phrase mérite d’être méditée. L’individu moderne est constamment invité à améliorer ses performances, optimiser son temps, accroître sa productivité et mesurer sa valeur à ses résultats. Progressivement, il risque de se percevoir lui-même comme une machine. Le christianisme affirme exactement l’inverse. L’homme n’est pas un programme. Il est une personne.

Le progrès peut aussi rendre l’homme plus seul

Parmi les passages les plus originaux du texte figure cette observation : « Le pouvoir technique, s’il n’est pas équilibré, ne nous rend pas plus capables : il nous rend plus seuls » (Magnifica Humanitas, n° 81).Jamais les hommes n’ont été aussi connectés. Pourtant, jamais les sociétés occidentales n’ont connu autant de solitude, d’isolement et de détresse relationnelle. Léon XIV rappelle ici une distinction essentielle. La connexion n’est pas la communion. Les technologies transmettent des informations. Elles ne produisent pas l’amour.

Une crise de la contemplation

Le pape identifie également un danger spirituel souvent ignoré. Il écrit : « Une civilisation qui ne sait plus contempler risque de perdre la capacité même d’admirer » (Magnifica Humanitas, n° 91).Cette phrase est d’une profondeur remarquable. Le monde numérique favorise la vitesse, l’immédiateté et la réaction permanente. La contemplation exige au contraire le silence, la patience et l’ouverture au réel. Léon XIV semble suggérer que la crise contemporaine est aussi une crise de l’attention. L’homme regarde tout. Mais il contemple de moins en moins.

La liberté n’est pas le choix illimité

Dans un autre passage particulièrement important, le pape rappelle : « La liberté authentique ne consiste pas à multiplier les options mais à pouvoir choisir le bien » (Magnifica Humanitas, n° 118). Cette phrase résume toute la conception chrétienne de la liberté. La liberté n’est pas l’absence de limites. Elle est la capacité de choisir ce qui conduit à la vérité et au bien. Cette réflexion prend une importance particulière à l’heure où les algorithmes cherchent de plus en plus à influencer les comportements humains.

Une nouvelle doctrine sociale pour l’âge de l’IA

Comme Léon XIII en son temps, Léon XIV entreprend d’appliquer la doctrine sociale de l’Église à un monde profondément transformé. Il rappelle que « Le travail n’est pas seulement une activité économique mais une participation à l’œuvre créatrice de Dieu » (Magnifica Humanitas). Il ajoute également : « Le progrès qui abandonne les plus fragiles cesse d’être un progrès authentiquement humain » (Magnifica Humanitas, n° 143).Ces affirmations montrent que l’encyclique ne se limite pas à des considérations techniques. Elle pose une question de civilisation. Une innovation est-elle véritablement un progrès si elle marginalise les plus faibles ? Pour le pape, la réponse est clairement négative.

Guerre, responsabilité et intelligence artificielle

Le texte aborde également les questions liées aux armes autonomes et aux usages militaires de l’intelligence artificielle. Léon XIV rappelle un principe fondamental : « La responsabilité morale ne peut jamais être déléguée entièrement à des systèmes automatisés » (Magnifica Humanitas).Aucune machine ne possède une conscience. Aucun algorithme ne peut répondre moralement de ses actes. Le jugement éthique demeure toujours une responsabilité humaine.

Les pauvres au centre de la cité humaine

Comme dans toute la doctrine sociale de l’Église, les plus vulnérables occupent une place centrale. Le pape affirme : « Les pierres rejetées, les pauvres, les faibles, les malades, les migrants, les personnes oubliées deviennent la pierre angulaire d’une société réconciliée » (Magnifica Humanitas, n° 12).Une civilisation n’est pas jugée à la sophistication de ses technologies. Elle est jugée à sa manière de traiter les plus faibles.

La véritable mesure d’une civilisation

Peut-être la plus belle définition de la civilisation donnée par Léon XIV est-elle celle-ci : « La qualité d’une civilisation ne se mesure pas à la puissance de ses moyens, mais à l’attention qu’elle sait offrir » (Magnifica Humanitas, n° 84).Nous retrouvons ici l’essentiel du message chrétien. La grandeur d’une société ne réside ni dans sa richesse, ni dans sa puissance, ni dans ses innovations. Elle réside dans sa capacité à reconnaître un visage là où d’autres ne voient qu’une fonction.

Le Christ révèle non seulement ce que nous sommes, mais ce que nous devons devenir

Vers la fin de l’encyclique, Léon XIV atteint le sommet de sa réflexion théologique : « En Jésus-Christ, l’humanité découvre non seulement ce qu’elle est, mais ce qu’elle est appelée à devenir » (Magnifica Humanitas, n° 201).Cette phrase est probablement l’une des plus importantes de tout le document. Le pape ne cherche pas seulement à défendre l’homme contre les excès de la technologie. Il rappelle sa vocation surnaturelle. L’homme n’est pas seulement appelé à demeurer humain. Il est appelé à devenir saint.Voilà toute la différence entre le projet chrétien et le projet transhumaniste. L’un promet un homme augmenté. L’autre annonce un homme transfiguré par la grâce.

Une encyclique d’espérance

Malgré la gravité de certains diagnostics, Magnifica Humanitas n’est jamais un texte de peur. Léon XIV conclut au contraire sur une note profondément chrétienne : « Dans l’humble fidélité de chaque jour, l’ère de l’IA peut elle aussi devenir un passage par lequel l’Esprit fait mûrir la civilisation de l’amour dans notre vie » (Magnifica Humanitas, n° 254). Puis viennent ces mots qui résonnent comme le testament spirituel de l’encyclique : « Afin que l’humanité ne perde jamais sa beauté et que le monde puisse reconnaître, une fois encore, au cœur de l’être humain, le lieu où Dieu désire habiter » (Magnifica Humanitas, n° 253). Au terme de cette encyclique monumentale, une certitude s’impose. Pour Léon XIV, la question décisive n’est pas de savoir jusqu’où iront les algorithmes. La véritable question est de savoir si l’homme se souviendra encore de ce qu’il est. Face à une civilisation fascinée par l’homme augmenté, le pape répond par une affirmation profondément chrétienne : l’homme n’est pas destiné à devenir une machine parfaite. Il est appelé à devenir un saint.

intégralité de l’Encyclique Magnifica Humanitas

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