Préparée dans le plus grand secret et annoncée seulement le 2 juin par le Saint-Siège, la nomination de Maria Montserrat Alvarado à la tête du dicastère pour la communication apparaît comme l’une des décisions les plus significatives du début du pontificat de Léon XIV. Pourquoi Léon XIV a-t-il choisi Maria Montserrat Alvarado pour prendre la tête du dicastère pour la communication du Vatican ? Derrière cette nomination se cache probablement l’une des décisions les plus révélatrices du nouveau pontificat.
Selon plusieurs sources romaines, ce choix personnel du pape aurait été préparé de longue date et conservé dans le plus grand secret jusqu’à son annonce officielle. À compter du 1er novembre 2026, Maria Montserrat Alvarado, 39 ans, succédera à Paolo Ruffini à la tête d’un organisme stratégique qui supervise Vatican News, Radio Vatican, L’Osservatore Romano ainsi que l’ensemble de la communication institutionnelle du Saint-Siège. À première vue, certains ont voulu voir dans cette décision une nouvelle étape de la féminisation des postes de responsabilité au Vatican. Après sœur Simona Brambilla et Raffaella Petrini, une autre femme accède en effet à l’un des postes les plus importants de la Curie.
Cependant, à l’exception du fait qu’elles sont des femmes, peu de choses rapprochent Maria Montserrat Alvarado de ces autres responsables. Là où sœur Simona Brambilla et Raffaella Petrini sont issues des structures ecclésiales et administratives romaines, la nouvelle préfète de la communication vient du monde médiatique américain et du catholicisme conservateur.
Née au Mexique et formée aux États-Unis, elle a travaillé pendant quatorze ans au Becket Fund for Religious Liberty, l’une des organisations les plus influentes dans la défense de la liberté religieuse devant la Cour suprême américaine. Elle y a accompagné plusieurs dossiers emblématiques concernant les Petites Sœurs des Pauvres, les obligations liées à la contraception imposées par l’Obamacare ou encore les droits des institutions religieuses.
En 2023, elle prend la direction d’EWTN News, la branche journalistique du plus grand groupe médiatique catholique au monde. Fondé par Mère Angelica, EWTN est généralement considéré comme l’une des principales voix du catholicisme conservateur américain. C’est précisément cet élément qui donne à sa nomination une portée particulière.
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Sous le pontificat de François, les relations entre Rome et une partie du catholicisme conservateur américain ont souvent été marquées par la méfiance. François avait lui-même dénoncé certains grands médias catholiques qui critiquaient continuellement le pape, des propos largement interprétés comme visant le milieu d’EWTN.
Le choix de Léon XIV apparaît dès lors comme un geste significatif. Sans remettre en cause l’héritage de son prédécesseur, le nouveau pape semble vouloir rétablir des ponts avec un courant catholique qui avait parfois eu le sentiment d’être tenu à distance des centres de décision romains. Cette nomination ne répond toutefois pas uniquement à une logique de réconciliation.
Selon plusieurs observateurs, le mécontentement à l’égard de la communication vaticane était devenu important ces dernières années. Les dépenses consacrées à ce secteur représentaient une part considérable du budget du Saint-Siège tandis que les résultats étaient souvent jugés insuffisants. Léon XIV, réputé attentif aux questions de gouvernance et de gestion, aurait donc décidé d’engager une réforme profonde de cet appareil stratégique. La publication récente de l’encyclique Magnifica Humanitas semble également avoir renforcé cette conviction. Le pape paraît déterminé à mieux faire connaître son enseignement et à améliorer la capacité de l’Église à communiquer dans un environnement médiatique devenu particulièrement complexe.
Pour autant, Maria Montserrat Alvarado n’apparaît pas comme une figure de combat. Elle a toujours rejeté l’idée selon laquelle EWTN serait un média hostile à François, rappelant régulièrement que la chaîne avait largement couvert son pontificat et diffusé ses interventions. Reste que sa nomination marque une rupture incontestable avec les années précédentes. En confiant la communication du Vatican à une dirigeante issue du catholicisme conservateur américain, Léon XIV envoie un message clair. Il entend réformer un secteur jugé défaillant, mais aussi retisser des liens avec une partie du monde catholique qui s’était sentie éloignée de Rome. Pour de nombreux observateurs, cette nomination constitue l’un des premiers indices concrets de la méthode Léon XIV : restaurer l’unité sans renoncer au changement.


