« C’est Pâques, le Seigneur vous remerciera. » Derrière cette formule pieuse se cachait, selon l’accusation, une mécanique bien rodée qui aurait permis à un habitant de Sarcelles de soutirer plus de 230 000 euros à des prêtres catholiques en l’espace de plusieurs années. Lundi 8 juin, devant le tribunal correctionnel de Paris, cet homme de 70 ans a comparu pour des faits d’escroquerie présumée commis entre 2019 et 2025. Les enquêteurs lui reprochent d’avoir ciblé des prêtres, principalement âgés ou retraités, en leur adressant des centaines de lettres manuscrites relatant des situations de détresse financière.
Les courriers étaient soigneusement construits. Tantôt il évoquait une maladie, tantôt des loyers impayés, des difficultés familiales ou des dépenses imprévues. Les périodes de Noël et de Pâques semblaient particulièrement propices à ses sollicitations. « Aidez-moi pour Noël », « Avez-vous un cœur ? » ou encore « Le Seigneur vous remerciera » figuraient parmi les formules utilisées pour toucher la sensibilité de ses destinataires. Mais l’homme ne se serait pas contenté d’envoyer quelques lettres. L’enquête a révélé qu’il entretenait parfois une correspondance suivie avec ses victimes. Lorsque certaines tardaient à répondre, il les relançait par téléphone. Dans plusieurs cas, il se serait même déplacé pour rencontrer les prêtres en personne. Certains auraient reçu jusqu’à quatre lettres par semaine. Au fil des investigations, au moins trente-deux prêtres ont été identifiés comme victimes potentielles. Le préjudice total dépasserait les 230 000 euros.
L’affaire met en lumière une réalité rarement évoquée. Chaque année, de nombreux prêtres reçoivent des demandes d’aide de personnes réellement confrontées à la pauvreté ou à des situations de détresse. Beaucoup puisent dans leurs ressources personnelles pour venir en aide aux plus fragiles, parfois sans publicité et dans la plus grande discrétion. C’est précisément cette générosité que l’accusation estime avoir été exploitée. Loin d’une cyberattaque ou d’une fraude bancaire sophistiquée, l’arnaque présumée reposait essentiellement sur la confiance, l’empathie et la volonté chrétienne de secourir son prochain.
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Le dossier n’aurait d’ailleurs pas été découvert à la suite d’une plainte isolée. C’est en constatant la répétition de demandes similaires adressées à de nombreux prêtres que des responsables du diocèse de Paris auraient fini par donner l’alerte. Les signalements ont conduit à l’ouverture d’une enquête qui a permis de remonter jusqu’au suspect. À l’audience, le septuagénaire a tenté de convaincre le tribunal qu’il ne faisait que solliciter des dons librement consentis. Une ligne de défense contestée par l’accusation, qui estime au contraire que les prêtres ont été trompés par de fausses représentations destinées à obtenir leur argent.
Sa compagne comparaît également dans cette affaire. Elle est poursuivie pour recel, une partie des sommes ayant transité par ses comptes bancaires. Au-delà de son aspect judiciaire, cette affaire interroge. Comment préserver l’élan de charité qui constitue l’une des missions essentielles de l’Église tout en protégeant ceux qui la mettent en œuvre ? Car si la prudence s’impose, l’Évangile continue d’appeler les chrétiens à tendre la main à ceux qui souffrent. C’est précisément cette disponibilité du cœur que l’escroc présumé aurait choisi d’exploiter pendant près de six années.


