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Historique et tragique : après 456 ans de présence, les jésuites quittent leur bastion de Belgique

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La messe d’action de grâce présidée par Monseigneur Jean-Pierre Delville le 13 juin dernier a marqué la fin d’une présence ininterrompue commencée au XVIe siècle. Au-delà de l’émotion suscitée par cet adieu, l’événement interroge sur l’avenir des grandes familles religieuses dans une Europe en pleine déchristianisation

C’est une page d’histoire qui se referme dans l’indifférence relative du grand public, mais non sans émotion pour de nombreux catholiques. Le 13 juin 2026, le diocèse de Liège a officiellement dit au revoir aux jésuites lors d’une célébration présidée par Monseigneur Jean-Pierre Delville. Après 456 ans de présence ininterrompue, la Compagnie de Jésus quitte ce qui fut l’un de ses principaux bastions historiques en Belgique. Près de 600 personnes avaient pris place dans l’église Saint-Christophe pour cette messe d’action de grâce. Prêtres, religieux, religieuses, anciens élèves, enseignants et fidèles sont venus rendre hommage à une œuvre qui a profondément marqué la vie spirituelle, intellectuelle et éducative de la région.

L’histoire commence en 1569. Quelques années seulement après la fondation de la Compagnie de Jésus par saint Ignace de Loyola, les jésuites s’implantent à Liège. Durant près de cinq siècles, ils participent activement à la formation de générations de jeunes, au développement de l’enseignement catholique et à la mission d’évangélisation de l’Église. Leur influence dépasse largement les murs de leurs établissements. Ils contribuent à façonner durablement la vie religieuse locale et à faire de Liège l’un des centres majeurs de la présence jésuite dans les territoires qui composent aujourd’hui la Belgique.

Pourquoi partir aujourd’hui ?

La réponse est connue et douloureuse : le manque de vocations et le vieillissement des effectifs. Comme de nombreuses congrégations religieuses en Europe occidentale, la Compagnie de Jésus doit réorganiser sa présence faute de religieux suffisamment nombreux pour maintenir certaines communautés historiques. Le départ de Liège apparaît ainsi comme l’une des conséquences les plus visibles de cette crise qui touche depuis plusieurs décennies les ordres religieux du continent. Au cours de la cérémonie, Monseigneur Jean-Pierre Delville a prononcé une réflexion qui a marqué les esprits : « Si les jésuites se retirent de Liège, parce qu’ils ne sont plus assez nombreux, est-ce parce que nous n’avons pas assez prié ? »

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Une interrogation qui dépasse largement le cadre du diocèse de Liège. Car derrière la fermeture d’une communauté se profile une question plus vaste : comment transmettre la foi lorsque les forces vives qui l’ont portée pendant des générations s’amenuisent progressivement ? Pour beaucoup de fidèles présents, l’émotion était d’autant plus grande que les jésuites ne représentaient pas seulement une institution. Ils étaient un visage familier de l’Église locale, un héritage vivant transmis de génération en génération.

Les œuvres éducatives qu’ils ont fondées continueront d’exister, notamment à travers le collège Saint-Benoît Saint-Servais. Mais la présence quotidienne des fils de saint Ignace disparaît désormais du paysage liégeois.Historique, cet événement l’est assurément. Tragique également, tant il symbolise les difficultés actuelles du catholicisme européen. Pourtant, l’histoire de l’Église enseigne aussi que les périodes de déclin apparent peuvent devenir des temps de renouveau. À Liège comme ailleurs, la question demeure ouverte : qui reprendra demain le flambeau laissé par quatre siècles et demi de présence jésuite ?

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