Depuis 2000 ans

Témoignage exceptionnel du frère Jean-Baptiste : « J’ai tout donné aux Carmes, aujourd’hui ils refusent de me rendre ce qui m’est dû »

Frère Jean-Baptiste Gélébart - @tribunechretienne
Frère Jean-Baptiste Gélébart - @tribunechretienne
Depuis deux ans, il mène un combat judiciaire pour obtenir ce qu'il considère être l'application du devoir de charité prévu par le droit de l'Église envers les religieux quittant leur institut

Le départ d’un religieux après des années de vie consacrée constitue souvent une épreuve humaine, spirituelle et matérielle. Si l’Église reconnaît la liberté de quitter la vie religieuse lorsque les circonstances l’exigent, la question de l’accompagnement des anciens religieux demeure parfois source de tensions. Le droit canonique prévoit en effet qu’un institut religieux fasse preuve d’équité et de charité envers celui qui le quitte après plusieurs années d’engagement.

Dans la pratique, cette aide peut prendre la forme d’un accompagnement matériel ou financier destiné à faciliter le retour à la vie civile. La Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) rappelle également l’importance de ce soutien au moment de la sortie.

Après plusieurs années passées dans la vie religieuse au sein des Carmes Déchaux, le frère Jean-Baptiste affirme avoir quitté sa communauté dans un contexte de grande souffrance et attend depuis près de deux ans que soient reconnues ses demandes concernant la restitution de son épargne, l’aide à sa réinsertion et les préjudices qu’il estime avoir subis. Il a souhaité aujourd’hui rendre public son témoignage en l’adressant dans son intégralité à Tribune Chrétienne :

« Je m’appelle Jean-Baptiste, j’ai 36 ans et suis actuellement fonctionnaire comptable.

Entre 2012 et 2024, j’étais religieux carme au sein de la Province de Paris des Carmes Déchaux. Courant 2022, j’ai vécu une sortie d’amnésie traumatique liée à des violences sexuelles vécues dans ma petite enfance. Cela a énormément impacté, tant physiquement que psychologiquement, mon quotidien au couvent, rendant mon engagement religieux douloureux.

Le Provincial, le Père Antoine-Marie Leduc, a alors remis en question la réalité de ces violences subies et il m’est devenu impossible de rester au sein de la province religieuse. En février 2024, j’ai dû faire un séjour en clinique psychiatrique avant de sortir définitivement de la communauté en juin 2024.

En sortant de la vie religieuse, je n’avais aucune ressource et la Province des Carmes a refusé de m’apporter une aide financière et matérielle au retour dans la vie civile. J’ai dû solliciter l’aide d’un avocat, Me Jean-Baptiste Moquet, en intentant une action en justice, mes démarches amiables n’ayant pas permis d’infléchir le refus catégorique des Carmes.

Après avoir recherché, dans un premier temps, un accord amiable via la commission de conciliation de la CEF, sans effet malgré la légitimité de mes demandes qu’elle a confirmé, le refus des Carmes de tout versement, au mépris de leur devoir de charité, m’a obligé à saisir le juge des référés (des affaires urgentes et non contestables), pour demander la restitution de mon épargne que j’avais versée à la communauté lors de mes vœux définitifs (26.421 €), le versement d’un pécule de sortie prévu par le droit Canon et rappelé par la CORREF (à savoir 1 an de SMIC, 21.200 €), ainsi que la réparation de mon préjudice moral (15.000 euros) et la prise en charge de mes frais d’avocats (10.000 €).

La première audience, le 6 décembre 2024, a été renvoyée au 4 avril 2025 pour permettre une médiation, qui avait déjà été tentée et rendue impossible par la posture catégorique des Carmes, en vain. Lors de la deuxième audience, l’avocat des Carmes, Me Bertrand Ollivier, s’est permis de remettre en cause le principe même de l’aide financière imposée par le devoir de charité, sous prétexte que j’avais déjà trouvé un travail, et a tenu des propos diffamatoires sur les violences sexuelles que j’ai subies sans que je puisse lui répondre, me replongeant dans un état traumatique.

Le 30 mai 2025, le Juge des Référés s’est déclaré incompétent au motif que mes demandes étaient contestables.

Confronté à ce nouveau refus de sanctionner le devoir de charité et d’humanité des Carmes, j’ai donc saisi le Tribunal « sur le fond » (c’est-à-dire avec l’obligation pour les juges de trancher le différend en examinant les arguments et pièces justificatives des parties). Cela fait un an maintenant et les Carmes agissent de manière dilatoire en faisant durer la procédure, refusant de respecter l’obligation qui leur était faite de produire leurs conclusion en octobre 2025, puis en soulevant l’incompétence du Tribunal en janvier 2026 et en obtenant que lors de l’audience du mois d’avril le Juge chargé de suivre la mise en état du dossier décide de le renvoyer devant une autre chambre du Tribunal, sans explication et sans suites depuis deux mois, à la stupéfaction de mon avocat.

Ainsi, au lieu d’assumer leurs responsabilités et leur devoir de charité envers un frère qui a dû se résoudre à retourner à la vie civile vu les difficultés survenues avec son prieur, les Carmes préfèrent jouer la carte de l’épuisement. Cette tribune est l’occasion pour moi d’exprimer mon désarroi, ma colère et ma lassitude face à cette Province religieuse, qui se comporte en exacte opposition aux valeurs chrétiennes qu’elle prétend vivre et incarner.

Voilà maintenant deux ans que je suis engagé dans cette procédure judiciaire pour voir reconnu mon droit à la justice, à la réparation de mes préjudices et la restitution de mon épargne qui me sont dues selon le droit canon. Mais, parce que le responsable de la Communauté a pris la décision d’en faire une question de principe en bafouant les préceptes évangéliques et la loi universelle de l’Église, je devrais en être privé et il faut que cela m’en coûte le plus possible… quand il s’agit de charité. Comment comprendre ? »

Jean-Baptiste Gélébart

Recevez chaque jour notre newsletter !