Depuis 2000 ans

Les chrétiens seront-ils les grands sacrifiés de l’accord de paix avec l’Iran ?

Depositphotos
Depositphotos
Peut-on parler de paix durable avec le régime actuellement au pouvoir à Téhéran, accusé de persécuter les chrétiens, de réprimer ses opposants, de soutenir le Hezbollah au Liban et de déstabiliser le Moyen-Orient depuis des décennies ?

L’éventualité d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran suscite autant d’espoirs que d’interrogations. Si la perspective d’éviter une nouvelle guerre au Moyen-Orient est naturellement accueillie avec soulagement, beaucoup s’interrogent sur le prix humain et moral d’un tel accord. Parmi eux figurent les chrétiens d’Iran, qui continuent de vivre sous un régime accusé depuis des décennies de réprimer les libertés fondamentales.

Les propos attribués à Donald Trump lors du sommet du G7 à Évian ont particulièrement retenu l’attention. Le président américain aurait décrit les dirigeants iraniens comme des personnes « très rationnelles », « intelligentes » et désireuses d’aider leur pays. Une appréciation qui contraste fortement avec les accusations portées depuis des années contre la République islamique en matière de droits de l’homme.

Car derrière les négociations diplomatiques demeure une réalité que personne ne peut ignorer. Le régime des mollahs reste l’un des plus répressifs de la région. L’Iran figure parmi les pays recourant le plus largement à la peine de mort. Opposants politiques, journalistes, militants et contestataires continuent d’être arrêtés, emprisonnés ou condamnés par des tribunaux régulièrement dénoncés par les organisations internationales. Les pendaisons publiques et les exécutions demeurent l’un des symboles les plus inquiétants de ce système. Les minorités religieuses restent elles aussi sous pression. Si certaines communautés chrétiennes historiques bénéficient d’un statut reconnu, les convertis issus de l’islam sont particulièrement exposés. Arrestations, interrogatoires, surveillance des églises de maison et condamnations à de lourdes peines de prison continuent d’être signalés par les organisations de défense de la liberté religieuse.

Pour de nombreux chrétiens, une question demeure donc sans réponse : qu’est-ce qui changera réellement si le même régime reste au pouvoir ? Les responsables politiques qui dirigent le pays aujourd’hui sont les mêmes que ceux qui ont construit et maintenu ce système depuis près d’un demi-siècle. Un accord diplomatique peut modifier les relations internationales, mais il ne transforme pas automatiquement la nature d’un régime.

Lire aussi

Les inquiétudes ne concernent d’ailleurs pas uniquement l’Iran. Au Liban, de nombreux chrétiens observent avec préoccupation l’influence persistante de Téhéran à travers ses relais régionaux. Malgré les espoirs de stabilité, les déséquilibres qui fragilisent le pays demeurent largement présents. Là encore, un accord de paix ne ferait pas disparaître du jour au lendemain les réseaux d’influence et les rapports de force construits depuis des années. En Israël également, beaucoup soulignent que la menace stratégique représentée par la République islamique ne disparaîtrait pas par la seule signature d’un accord. Les tensions accumulées depuis des décennies, les groupes armés soutenus par l’Iran ( Hezbollah) et les ambitions régionales de Téhéran continueraient d’alimenter les inquiétudes.

Les partisans de l’accord répondent qu’une paix imparfaite vaut toujours mieux qu’une guerre dévastatrice. Ils rappellent qu’un conflit ouvert provoquerait des souffrances immenses pour les populations civiles de toute la région. Mais pour les chrétiens d’Iran, du Liban et plus largement du Moyen-Orient, la véritable paix suppose également la liberté religieuse, la protection des minorités, le respect des droits fondamentaux et la fin des persécutions.

C’est pourquoi certains observateurs appellent à la prudence face aux annonces diplomatiques. Car si un accord peut réduire le risque d’une confrontation militaire immédiate, il ne règle ni la situation des convertis chrétiens en Iran, ni les inquiétudes des communautés chrétiennes du Liban, ni les menaces qui continuent de peser sur Israël. En laissant intact le régime des mollahs, beaucoup estiment que les causes profondes de l’instabilité régionale demeurent largement inchangées. Pour les chrétiens de la région, la véritable question n’est donc pas seulement celle de la paix, mais celle de la justice, de la liberté et de la sécurité à long terme.

Recevez chaque jour notre newsletter !