Une croix de trois mètres à l’entrée d’un village. Voilà désormais un monument que la justice estime contraire à la loi. Selon ici.fr, la cour administrative d’appel de Marseille a confirmé, dans un arrêt rendu le 26 juin, que la croix installée en 2022 à Quasquara devait être retirée. Le maire de la commune dispose de deux mois pour former un pourvoi en cassation. Toutefois, ce recours ne serait pas suspensif, ce qui signifie que la décision de retrait demeure applicable.
Cette affaire remonte à avril 2023, lorsqu’une habitante de la commune, par ailleurs ancienne candidate sur une liste concurrente lors des élections municipales de 2014, a saisi le tribunal administratif afin d’obtenir le retrait de la croix « au nom du principe de laïcité ». Très vite, cette démarche avait suscité une vive émotion en Corse. De nombreuses voix s’étaient élevées pour défendre ce qui était présenté comme un élément du patrimoine chrétien et de l’identité de l’île.Ces arguments n’ont toutefois pas convaincu les magistrats.
Dans sa décision, la cour relève que « plus d’une trentaine d’années séparent la disparition de l’ancienne croix et l’édification de la nouvelle ». Elle observe également que l’ancienne croix « était implantée devant l’église avant 1905 », tandis que la nouvelle « a été édifiée à l’extrémité du village ». Les juges en concluent qu’« eu égard à cette rupture géographique et temporelle, (…) l’édification, en 2022, d’une nouvelle croix ne peut être assimilée au simple remplacement d’une croix qui existait avant 1905 et (…) est donc contraire à la loi ».
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Ils écartent également les arguments avancés au nom de l’histoire et de l’identité de la Corse. L’arrêt rappelle en effet que « la loi de 1905 prévoit de façon exhaustive les exceptions à l’interdiction qu’elle pose » et que « des considérations tenant au patrimoine de l’île, à l’identité montagnarde corse ou à l’existence d’une demande des habitants, qui ne sont pas prévues par la loi, ne permettent pas de déroger à cette interdiction ».
Cette décision ne manquera pas de susciter l’incompréhension de nombreux Français. Une simple croix élevée à l’entrée d’un village se voit désormais déclarée « non conforme ».
La question dépasse largement le cas de Quasquara. Elle interroge l’interprétation toujours plus restrictive de la loi de 1905. Celle-ci avait pour objet de garantir la neutralité de l’État, non d’effacer progressivement de l’espace public les symboles qui témoignent de l’histoire chrétienne de la France. Pour les habitants de Quasquara, cette croix ne représentait ni un acte de prosélytisme ni une remise en cause de la laïcité. Elle exprimait un héritage, une mémoire et une identité que beaucoup considèrent comme constitutifs de leur village.
Au-delà de cette décision judiciaire, c’est donc une interrogation plus profonde qui demeure : jusqu’où ira cette lecture de la laïcité ? À force de considérer les symboles chrétiens comme des éléments suspects lorsqu’ils trouvent place dans l’espace public, ne risque-t-on pas d’effacer peu à peu ce qui constitue pourtant l’une des racines essentielles de notre histoire nationale ?


