Fondée en 2014 par Gaëtane de Lacoste Lareymondie, qui utilise le prénom de « Virginie » dans le cadre de son expérience spirituelle, l’Alliance des Cœurs Unis rassemble différents groupes de prière autour d’une dévotion aux Cœurs de Jésus et de Marie. Sa fondatrice affirme recevoir des « locutions privées » attribuées notamment au Christ, à la Vierge Marie et à plusieurs saints.
C’est autour de ces phénomènes mystiques présumés, mais également du fonctionnement du mouvement, qu’une controverse s’est progressivement développée au cours des dernières années.
Dans une enquête publiée le 12 août, l’hebdomadaire La Vie revient sur ce dossier et apporte notamment un élément important : interrogée par le journal, la Miviludes confirme avoir reçu des signalements concernant l’Alliance des Cœurs Unis et précise qu’« une enquête est en cours ». Cette information doit cependant être maniée avec précision. L’existence de signalements ou d’une enquête administrative ne constitue évidemment ni une condamnation ni la preuve de l’existence de dérives sectaires. Une enquête sert précisément à déterminer la réalité et la portée des faits signalés.
Monseigneur Aillet avait lui-même fait procéder à une enquête
Un élément essentiel du dossier mérite en effet d’être rappelé. Loin d’avoir ignoré les interrogations entourant le mouvement, Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, qui accompagne pastoralement l’Alliance, avait fait procéder à une enquête ecclésiale.Les conclusions rendues publiques en janvier 2024 et rapportées par l’Alliance étaient largement favorables. Selon cette dernière, les enquêteurs n’avaient relevé ni emprise portant atteinte à la liberté des personnes, ni manipulation économique, ni orientation politique problématique. Des fruits spirituels positifs avaient également été constatés.
Ces conclusions n’empêchent naturellement pas d’autres autorités de mener leurs propres investigations. Elles constituent néanmoins un élément du dossier qui doit être pris en considération et interdisent de présenter aujourd’hui comme établi ce qui demeure précisément l’objet d’un examen.
Le rôle de Mgr Aillet doit également être correctement compris. Accompagner pastoralement un groupe et avoir préfacé l’un de ses livres de prières ne signifie pas reconnaître officiellement le caractère surnaturel des locutions attribuées à sa fondatrice. Dans l’Église, accompagnement pastoral et reconnaissance d’un phénomène surnaturel sont deux réalités différentes.
L’affaire comporte surtout un second volet, distinct de la question des éventuelles dérives d’emprise : celui du discernement doctrinal et spirituel.
Selon les informations rapportées par La Vie, le dossier de l’Alliance des Cœurs Unis se trouve désormais sur le bureau du Dicastère pour la Doctrine de la foi. L’Alliance indique elle-même que son dossier est entre les mains du Saint-Siège, appelé à se prononcer sur le mouvement et sa spiritualité. Cette étape est importante. Depuis les nouvelles normes publiées par le Vatican en 2024 concernant les phénomènes surnaturels présumés, le Dicastère pour la Doctrine de la foi joue un rôle central dans leur discernement.
Il convient donc de distinguer trois questions trop souvent confondues : l’existence éventuelle de phénomènes d’emprise, la conformité doctrinale des écrits et pratiques spirituelles, et enfin la question de l’origine éventuellement surnaturelle des locutions attribuées à « Virginie ».
Une difficulté doctrinale éventuelle ne démontrerait pas l’existence d’une dérive sectaire. Inversement, l’absence d’emprise ne suffirait évidemment pas à authentifier des révélations privées. L’histoire de l’Église invite précisément à une extrême prudence face aux apparitions, visions et locutions privées. Même lorsqu’un phénomène est reconnu, les révélations privées n’appartiennent pas au dépôt de la foi et ne peuvent jamais se substituer à l’Écriture, à la Tradition et au Magistère.
Dans le cas de l’Alliance des Cœurs Unis, deux conclusions prématurées doivent donc être évitées : considérer les messages attribués à « Virginie » comme authentifiés alors que Rome ne s’est pas prononcée, ou présenter le mouvement comme coupable de dérives sectaires alors qu’aucune conclusion définitive en ce sens n’est aujourd’hui établie.Quant à Mgr Aillet, les éléments actuellement publics montrent qu’il a choisi la voie du discernement ecclésial : accompagnement pastoral, enquête et poursuite de l’examen du dossier par les autorités compétentes. Une démarche qui ne saurait être assimilée à une reconnaissance automatique des phénomènes mystiques revendiqués.
Désormais, la parole la plus attendue sera donc celle du Saint-Siège. Elle permettra de connaître l’appréciation de l’Église sur la spiritualité de l’Alliance des Cœurs Unis et sur les phénomènes mystiques dont se prévaut sa fondatrice.


