À Rome, chacun le sait : les rumeurs ne sont jamais de simples rumeurs. Elles naissent dans les couloirs des palais apostoliques, passent d’un bureau à l’autre, alimentent les conversations des prélats et, parfois, annoncent des décisions qui finissent par se concrétiser. Il serait imprudent de leur accorder une confiance aveugle. Il serait tout aussi imprudent de les ignorer lorsqu’elles convergent toutes dans la même direction. Depuis plusieurs semaines, c’est le nom de Sœur Simona Brambilla qui revient avec insistance. Première femme préfète d’un dicastère romain, sa nomination avait été saluée comme l’un des symboles majeurs de la réforme de la Curie engagée par le pape François. Beaucoup y voyaient l’avènement d’une gouvernance plus proche des personnes, plus attentive et plus humaine.
L’ironie est aujourd’hui soulignée par de nombreux observateurs romains. Les critiques qui remontent de plusieurs instituts religieux décrivent au contraire une gouvernance jugée distante, autoritaire et difficile d’accès. Selon plusieurs informations circulant actuellement au Vatican, certains supérieurs généraux se plaindraient de délais particulièrement longs dans le traitement de leurs dossiers, d’audiences tendues et d’un manque d’écoute. Plusieurs préféreraient même s’adresser directement au cardinal Ángel Fernández Artime, pro-préfet du dicastère, plutôt que de solliciter un entretien avec Sœur Brambilla. Aucune de ces critiques n’a évidemment été confirmée officiellement par le Saint-Siège et la préfète n’y a pas répondu publiquement. Elles relèvent donc des nombreux témoignages et confidences qui circulent actuellement du coté de la place Saint Pierre. Elles n’en révèlent pas moins un malaise dont parlent désormais plusieurs membres de la Curie.
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Mais les interrogations ne s’arrêtent pas au seul dicastère confié à Sœur Brambilla. D’autres voix « mettent également en cause » le fonctionnement du Dicastère pour le Service du développement humain intégral. Créé en 2017 par la fusion de quatre conseils pontificaux, il concentre des compétences extrêmement vastes : migrations, écologie, santé, économie, paix, coopération internationale, urgences humanitaires et droits de l’homme. Pour ces critiques, cette réforme aurait donné naissance à une structure devenue particulièrement lourde, bureaucratique et difficile à gouverner. La question de la succession du cardinal Michael Czerny contribue également à alimenter les conversations romaines. Le cardinal canadien atteindra quatre-vingts ans le 18 juillet prochain, ouvrant naturellement la réflexion sur son remplacement. Parmi les noms qui circulent avec insistance figure celui de Sœur Alessandra Smerilli, actuelle secrétaire du dicastère. Plusieurs observateurs lui prêtent l’ambition de succéder au cardinal et estiment qu’elle aurait, au fil des années, développé un important réseau d’influence au sein de la Curie. Là encore, aucune confirmation officielle n’est venue étayer ces spéculations mais déjà des nombreuses critiques affleurent si cela devait être confirmé.
Au fond, ces débats dépassent les personnes. Ils posent la question de la réforme même de la Curie romaine. Les grands dicastères créés sous le pontificat du pape François ont-ils réellement simplifié le gouvernement de l’Église ou ont-ils, au contraire, engendré des structures plus lourdes et plus complexes ? Les nominations répondent-elles d’abord aux critères de compétence, d’expérience et de service de l’Église, ou d’autres équilibres entrent-ils en ligne de compte ? Ces questions seront inévitablement celles de Léon XIV. Les prochaines nominations constitueront un premier révélateur de son style de gouvernement. Si les critiques qui remontent aujourd’hui des couloirs du Vatican devaient se confirmer, le nouveau pape pourrait être amené, plus tôt qu’on ne l’imagine, à rappeler à l’ordre certains responsables de la Curie afin de restaurer un climat de confiance au sein de l’administration centrale de l’Église.


