L’Église catholique nicaraguayenne compte un nouveau prélat réduit au silence. Monseigneur Abelardo Mata, évêque émérite d’Estelí, âgé de 80 ans, est désormais assigné à résidence après avoir été arrêté à deux reprises par les autorités nicaraguayennes. Les événements se sont déroulés en l’espace de deux jours. Le 29 juin, l’évêque est interpellé alors qu’il se trouve dans un centre médical. Il est conduit dans les locaux de la redoutée Direction des enquêtes judiciaires, où il est interrogé plusieurs heures avant d’être autorisé à regagner son domicile. Mais, selon ACI Prensa et plusieurs médias nicaraguayens en exil, cette liberté n’aura été que de très courte durée. Le lendemain, le 30 juin, les forces de sécurité procèdent à une nouvelle arrestation. Depuis, Monseigneur Mata serait maintenu dans sa résidence de Tisma, sans possibilité de se déplacer librement, sous la surveillance constante de la police.
Le gouvernement de Daniel Ortega présente une tout autre version. Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur affirme que l’évêque a simplement été entendu dans le cadre d’une enquête pour des faits présumés de corruption, avant de regagner son domicile « en parfait état de santé » et après avoir été traité « avec respect ». Aucune image récente ni aucune apparition publique de Monseigneur Mata n’est toutefois venue confirmer cette version officielle. Les médias indépendants nicaraguayens demeurent, eux, extrêmement prudents. Despacho 505, Confidencial et 100 % Noticias soulignent qu’aucune preuve indépendante de sa liberté n’a pu être obtenue. Certains proches évoquent une véritable assignation à résidence, tandis que d’autres parlent même d’une disparition forcée, faute de pouvoir établir un contact direct avec l’évêque. À ce jour, aucune source indépendante n’a pu vérifier les affirmations du régime.
Cette affaire intervient dans un contexte de persécution systématique de l’Église catholique. Depuis les manifestations de 2018, réprimées dans le sang, le pouvoir sandiniste considère une partie de l’épiscopat comme un adversaire politique. Évêques, prêtres, religieux et laïcs engagés ont été arrêtés, expulsés ou contraints à l’exil. Des centaines de processions ont été interdites, des œuvres caritatives et des universités catholiques fermées, tandis que les médias religieux ont été progressivement réduits au silence.
Lire aussi
Le cas le plus emblématique demeure celui de Monseigneur Rolando Álvarez, condamné en 2023 à vingt-six ans de prison avant d’être finalement expulsé vers Rome en janvier 2024 à la faveur d’un accord conclu avec le Saint-Siège. Depuis lors, plusieurs dizaines de prêtres ont également été bannis du pays. Monseigneur Abelardo Mata n’est pas un inconnu pour le régime. Depuis de nombreuses années, il dénonce publiquement les atteintes aux libertés fondamentales et les dérives autoritaires du pouvoir. Sa voix, particulièrement écoutée au sein de l’Église nicaraguayenne, en faisait l’une des figures les plus critiques à l’égard de Daniel Ortega.
À l’heure où nous publions ces lignes, il demeure impossible de confirmer de manière indépendante la situation exacte de l’évêque. Si les autorités assurent qu’il est libre, les informations recueillies par les médias indépendants convergent vers une réalité bien différente : celle d’un prélat de 80 ans privé de toute liberté de mouvement, dans un pays où l’exercice de la foi continue, chaque jour davantage, de se heurter à la répression du pouvoir.


