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Les États-Unis sont-ils nés d’une révolution chrétienne ?

Tableau de John Trumbull représentant  la présentation du projet de Déclaration d'indépendance au Congrès continental - DR
Tableau de John Trumbull représentant la présentation du projet de Déclaration d'indépendance au Congrès continental - DR
À l'occasion du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance, certains présentent les Pères fondateurs comme les artisans d'une république exclusivement laïque. Pourtant, si la révolution de 1776 fut menée par une élite politique, elle s'enracine dans une société profondément imprégnée de christianisme

Lorsque l’on évoque la naissance des États-Unis, deux caricatures s’opposent souvent. Pour les uns, l’Amérique serait née d’une rupture totale avec la religion au nom des Lumières. Pour les autres, elle serait l’œuvre exclusive de dirigeants unanimement chrétiens. La vérité historique est plus complexe. Comme le rappellent de nombreux historiens, la révolution américaine fut d’abord menée par une élite coloniale. Avocats, planteurs, négociants, officiers et grands propriétaires prirent la tête du mouvement qui conduisit, le 4 juillet 1776, à l’adoption de la Déclaration d’indépendance.

Mais cette élite évoluait dans une société où le christianisme structurait profondément la vie quotidienne. Depuis l’arrivée des Pères pèlerins à bord du Mayflower en 1620 jusqu’aux treize colonies de la côte Est, la Bible occupait une place centrale dans les familles, les écoles, les universités et les institutions locales. Les colonies elles-mêmes étaient marquées par une forte identité religieuse : le Massachusetts fut fondé par les puritains, la Pennsylvanie par les quakers de William Penn, le Maryland accueillit de nombreux catholiques anglais en quête de liberté religieuse. Bien avant la naissance de la République, le christianisme façonnait déjà la culture et les institutions de l’Amérique coloniale.

Les sermons dominicaux jouèrent d’ailleurs un rôle majeur dans la diffusion des idées d’indépendance. De nombreux pasteurs protestants dénonçaient les abus de la Couronne britannique en s’appuyant sur les Écritures. Plusieurs historiens parleront même d’une « révolution prêchée depuis les chaires ».

Le langage de la Déclaration d’indépendance témoigne lui aussi de cet héritage. Son auteur principal, Thomas Jefferson, écrit que « tous les hommes sont créés égaux » et qu’ils sont dotés par leur « Créateur » de droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Si Jefferson était influencé par les philosophes des Lumières et par une forme de déisme, il ne concevait pas ces droits comme une simple création de l’État, mais comme un don reçu d’une autorité supérieure. Le premier président américain, George Washington, partageait cette conviction. Dans son discours d’adieu de 1796, il déclarait : « Parmi toutes les dispositions et les habitudes qui conduisent à la prospérité politique, la religion et la moralité sont des soutiens indispensables. » Pour lui, une république libre ne pouvait durablement survivre sans vertu morale.

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Quelques années plus tard, John Adams allait encore plus loin en affirmant : « Notre Constitution n’a été conçue que pour un peuple moral et religieux. Elle est totalement inadaptée au gouvernement de tout autre. » Cette phrase résume la conviction largement répandue chez les fondateurs : les institutions politiques ne peuvent fonctionner durablement si elles ne reposent pas sur un socle moral partagé. Cette vision se retrouvait également dans l’enseignement. Les premières universités américaines, comme Harvard, Yale ou Princeton, avaient toutes été fondées pour former des ministres du culte et diffuser une éducation inspirée du christianisme.

Pour autant, les Pères fondateurs ne souhaitaient pas instaurer une religion officielle au niveau fédéral. Le Premier amendement de la Constitution interdit au Congrès d’établir une Église d’État, non pour exclure la religion de la vie publique, mais afin d’empêcher qu’une confession ne domine les autres. Cette distinction est essentielle. La séparation américaine visait d’abord à protéger la liberté religieuse, et non à imposer une neutralité hostile à la foi. Deux siècles et demi plus tard, cet héritage demeure au cœur des débats américains. Les références à Dieu restent présentes dans la devise nationale, « In God We Trust », comme dans le serment d’allégeance. Elles rappellent qu’à l’origine des États-Unis se trouve moins une révolution antireligieuse qu’une nation convaincue que les droits de l’homme trouvent leur source dans une loi morale supérieure à celle des gouvernements.

Cet héritage est d’ailleurs régulièrement revendiqué par une partie de la classe politique américaine. À l’occasion des célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance, le président Donald Trump a de nouveau insisté sur les racines religieuses de la nation, affirmant que « la religion est de retour » (« Religion is coming back ») et présentant les Pères fondateurs comme les héritiers d’une civilisation façonnée par la foi en Dieu. Au-delà des débats politiques contemporains, cette référence rappelle combien la question religieuse demeure indissociable de l’identité américaine et continue, deux cent cinquante ans après 1776, d’alimenter la réflexion sur les fondements spirituels de la première démocratie

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