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Les Petites Sœurs des Pauvres face à la loi sur l’euthanasie : l’histoire d’un drame annoncé

Petites sœurs des pauvres - DR
Petites sœurs des pauvres - DR
Malgré la demande du Sénat de mettre un terme à la navette parlementaire sur la proposition de loi relative à l'aide à mourir, l'Assemblée nationale pourrait adopter définitivement le texte le 15 juillet si cette initiative reste sans effet. Les Petites Sœurs des Pauvres alertent déjà sur les conséquences qu'aurait une telle loi pour leurs maisons de retraite, allant jusqu'à envisager la fermeture de certains établissements plutôt que de renoncer à leur mission et à leur liberté de conscience

Le débat sur la fin de vie est entré dans sa phase décisive. En nouvelle lecture, l’Assemblée nationale a de nouveau adopté la proposition de loi créant un droit à « l’aide à mourir », maintenant l’économie générale d’un texte qui autoriserait le suicide assisté et, lorsque la personne ne peut accomplir elle-même le geste, l’euthanasie.

Le 1er juillet, la commission des affaires sociales du Sénat a toutefois adopté une motion demandant qu’« il n’y a pas lieu de poursuivre la délibération » et a appelé le gouvernement à interrompre la navette parlementaire. Si cette demande demeure sans effet, l’Assemblée nationale, qui dispose du dernier mot en vertu de l’article 45 de la Constitution, devrait être appelée à adopter définitivement le texte le 15 juillet.

C’est dans ce contexte que les Petites Sœurs des Pauvres ont choisi de faire entendre leur voix. La congrégation, fondée en 1839 par sainte Jeanne Jugan, accueille depuis près de deux siècles des personnes âgées démunies dans un esprit de charité chrétienne. Aujourd’hui encore, ses maisons offrent un accompagnement fondé sur le respect inconditionnel de la personne humaine jusqu’à sa mort naturelle. Pour les religieuses, leur mission est incompatible avec tout acte visant à provoquer volontairement la mort. Si la future loi devait permettre ou imposer la pratique de l’euthanasie ou du suicide assisté dans leurs établissements, elles affirment qu’elles préféreraient fermer certaines maisons plutôt que de renoncer à leurs convictions.

Une telle position ne relève pas d’un choix politique mais d’une fidélité à leur charisme. Depuis les origines du christianisme, le soin apporté aux malades, aux personnes âgées et aux mourants constitue l’une des expressions les plus fortes de la charité. Les Petites Sœurs des Pauvres ont précisément consacré leur existence à accompagner les plus fragiles dans leurs derniers instants, sans jamais provoquer leur mort.

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La doctrine de l’Église distingue avec précision le refus de l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie. Renoncer à des traitements devenus disproportionnés ou inutiles est moralement légitime ; provoquer délibérément la mort d’une personne ne l’est pas. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle que « quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes » et qu’elle est « moralement irrecevable ». Cette distinction a été constamment réaffirmée par le magistère, de saint Jean-Paul II dans Evangelium vitae jusqu’aux enseignements les plus récents du Saint-Siège.

Au-delà du seul cas des Petites Sœurs des Pauvres, c’est désormais la question de la liberté des œuvres confessionnelles qui est posée. Des établissements fondés sur une vision chrétienne de la personne pourront-ils continuer à exercer leur mission conformément à leur identité ? Ou devront-ils appliquer une législation qu’ils considèrent comme incompatible avec leur raison d’être ? L’expérience de plusieurs pays ayant légalisé l’euthanasie montre que ces interrogations ne sont pas théoriques. Les tensions entre la culture de la mort et la liberté de conscience des professionnels de santé ou des institutions confessionnelles se sont multipliées au fil des années. Si les avertissements des Petites Sœurs des Pauvres devaient devenir réalité, la France perdrait des établissements unanimement reconnus pour la qualité de leur accompagnement des personnes âgées les plus vulnérables. Pour beaucoup, cette perspective illustre le véritable enjeu du débat actuel : au-delà de la création d’un nouveau droit individuel, c’est une certaine conception du soin, de la dignité humaine et de la liberté de conscience qui se trouve aujourd’hui en question.

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