Dix ans après la publication de Amoris laetitia, le Vatican ouvre une nouvelle étape de réflexion sur la pastorale familiale. Le document publié en préparation de la rencontre mondiale convoquée par le pape Léon XIV constitue moins un texte de conclusions qu’une feuille de route destinée à orienter le discernement des principaux responsables de l’Église. Dès les premières lignes, l’ambition est clairement affichée. La rencontre devra permettre de « procéder, dans l’écoute réciproque, à un discernement synodal sur les mesures à prendre pour annoncer l’Évangile aux familles aujourd’hui, à la lumière d’Amoris laetitia et en tenant compte de ce qui se réalise dans les Églises locales ». Cette formulation mérite l’attention. Elle ne propose pas une relecture doctrinale du mariage chrétien mais un examen pastoral des réalités vécues sur les différents continents. Le texte s’inscrit ainsi dans la continuité du pontificat précédent tout en cherchant à recueillir l’expérience des Églises particulières.
La phrase la plus révélatrice apparaît un peu plus loin : « discerner vers quelle direction l’Esprit Saint nous conduit aujourd’hui ». L’expression est forte. Elle manifeste la volonté de Léon XIV de ne pas réduire cette rencontre à un simple anniversaire d’Amoris laetitia. Le pape invite les évêques à exercer un véritable discernement ecclésial, convaincu que l’Esprit Saint continue de guider l’Église dans l’annonce de l’Évangile, sans pour autant remettre en cause le dépôt de la foi. Autre affirmation majeure : « Les familles ne sont pas seulement destinataires de l’action pastorale de l’Église, mais aussi sujets de sa mission. » Cette perspective traduit une évolution importante de l’accent pastoral. La famille n’est plus seulement considérée comme une réalité à soutenir ou à protéger ; elle devient un acteur de l’évangélisation. C’est à travers la vie conjugale, l’éducation des enfants et le témoignage quotidien que les familles sont appelées à participer pleinement à la mission de l’Église.
Le document aborde également plusieurs situations pastorales délicates. Ainsi, il demande : « Quels pas d’attention pastorale et de conversion peuvent aider l’Église à accompagner les couples en union de fait dans le discernement d’un chemin affectif et familial, en mûrissant le choix du mariage et l’accueil des enfants ? » Il ne s’agit pas ici d’assimiler ces unions au mariage sacramentel, mais de réfléchir à la manière de conduire progressivement ces couples vers la plénitude de la vocation chrétienne au mariage.Dans le même esprit, le texte interroge les évêques : « Comment construire des communautés chrétiennes dans lesquelles ceux qui ont fait l’expérience de la souffrance, de l’abandon, de la séparation et du divorce puissent se sentir réellement écoutés, participants et coresponsables ? » Cette interrogation reprend l’une des intuitions majeures d’Amoris laetitia : accueillir les personnes blessées par les épreuves de la vie sans renoncer à l’exigence de la vérité évangélique.
Enfin, la conclusion rappelle avec force la vocation missionnaire de la famille : « Les familles demeurent le premier lieu où la foi est transmise aux nouvelles générations. » Dans un contexte marqué par la sécularisation et la fragilisation des liens familiaux, cette conviction apparaît comme le fil conducteur de tout le document.Aucune évolution doctrinale n’est annoncée dans ce texte préparatoire. En revanche, Léon XIV confirme sa volonté d’engager l’Église universelle dans un discernement pastoral approfondi, afin que l’annonce de l’Évangile de la famille demeure fidèle à la tradition tout en répondant aux défis du temps présent.
Dix ans après Amoris laetitia :
annoncer l’Évangile avec les familles aujourd’hui
Rencontre du Saint-Père Léon XIV
avec les Chefs des Églises Orientales
et les Présidents des Conférences Épiscopales
7-14 octobre 2026
PARCOURS THÉMATIQUE
La rencontre du Saint-Père avec les Chefs des Églises Catholiques Orientales sui iuris et les Présidents des Conférences Épiscopales a pour objectif de « procéder, dans l’écoute réciproque, à un discernement synodal sur les mesures à prendre pour annoncer l’Évangile aux familles aujourd’hui, à la lumière d’Amoris laetitia et en tenant compte de ce qui se réalise dans les Églises locales » [1]. Il s’agit donc d’un parcours éminemment pastoral, qui s’inscrit dans le dynamisme de la « conversion pastorale » déjà en cours.
Dans cet itinéraire, nous sommes invités à demander au Seigneur « le courage de poursuivre le chemin » ouvert par Amoris laetitia, « en accueillant toujours à nouveau l’Évangile, dans la joie de pouvoir l’annoncer à tous ». Dans cette perspective, les familles ne sont pas seulement destinataires de l’action pastorale de l’Église, mais aussi sujets de sa mission, à travers lesquels l’Évangile prend forme dans les relations quotidiennes, les choix, les fragilités et l’espérance.
Les journées de travail se veulent un véritable espace de rencontre, d’écoute et de discernement : accueillir les expériences vécues des familles, partager des récits concrets de vie, réfléchir aux initiatives d’accompagnement que les communautés ecclésiales mettent en œuvre avec l’aide de la grâce de Dieu, et dialoguer avec des experts. L’objectif est de discerner vers quelle direction l’Esprit Saint nous conduit aujourd’hui, afin de reconnaître, soutenir et promouvoir ce qu’Il accomplit déjà au sein des familles et de valoriser leur contribution à la mission de l’Église.
1. Les familles aujourd’hui : réalités, beauté et défis
Discerner les signes des temps à partir de l’expérience des familles et de l’engagement de l’Église aujourd’hui
Le point de départ de la rencontre est un regard sur la réalité éclairée par l’Évangile et enraciné dans le Christ : « Notre époque est marquée par des transformations rapides qui, plus encore qu’il y a dix ans, rendent nécessaire une attention pastorale particulière aux familles, auxquelles le Seigneur confie la tâche de participer à la mission de l’Église d’annoncer et de témoigner l’Évangile. » Dans le sillage d’Amoris laetitia, il devient essentiel de « mettre en valeur ces signes d’amour qui, d’une manière et d’une autre, reflètent l’amour de Dieu », en accompagnant les personnes « avec patience et délicatesse » (AL 294). Cela requiert de se mettre à l’écoute de la vie concrète des familles ainsi que de l’expérience de ceux qui les accompagnent, en reconnaissant ensemble la beauté de l’amour qui prend forme dans le quotidien et les fragilités qui le traversent souvent, parmi lesquelles la précarité du travail et du logement, la maladie, les difficultés liées à l’éducation des enfants, la solitude affective, ainsi que l’attention portée aux membres de la famille en situation de handicap, aux personnes âgées ou dépendantes.
Quels signes d’espérance, quels défis et quels points critiques émergent aujourd’hui de la vie des familles dans les différents contextes culturels et sociaux ? De quelle manière les transformations de notre temps influencent-elles l’expérience de l’amour entre l’homme et la femme, l’engendrement de la vie, le soin des personnes, la transmission de la foi et la mission de l’Église ? Quelles expériences pastorales aident le plus à reconnaître l’action de Dieu dans la vie concrète des familles et à valoriser leurs ressources humaines et spirituelles ? Qu’apprenons-nous de l’écoute des familles et de l’expérience des Églises locales ? Comment le dialogue entre l’expérience vécue, le discernement ecclésial, la recherche théologique et les sciences humaines peut-il nous aider à comprendre plus profondément la réalité des familles et à mieux les accompagner ?
2. Les jeunes et la découverte de la vocation au mariage
Écouter les jeunes et les accompagner dans la découverte de la valeur du mariage
Dans de nombreuses régions du monde, les jeunes vivent dans des contextes où la confiance dans la possibilité de construire un projet conjugal et familial stable s’est affaiblie en raison de facteurs économiques, sociaux et culturels. Les jeunes sont en quête de sens, de témoins – des couples fidèles et crédibles – ainsi que de personnes capables de les écouter et de les aider à découvrir la beauté et la promesse du mariage chrétien : « C’est pourquoi l’engagement de l’Église […] doit être renouvelé et approfondi, afin […] que les jeunes se sentent attirés par l’intensité de la vocation matrimoniale dans l’Église. »
Quels langages, quelles expériences et quels parcours éducatifs et spirituels aident aujourd’hui les enfants, les adolescents et les jeunes à reconnaître la valeur du mariage ? Quel témoignage les couples et les familles peuvent-ils offrir ? Comment peuvent-ils contribuer à les accompagner dans leur croissance émotive, relationnelle et sexuelle ? Quels pas d’attention pastorale et de conversion peuvent aider l’Église à accompagner les couples en union de fait dans le discernement d’un chemin affectif et familial, en mûrissant le choix du mariage et l’accueil des enfants ?
3. La vie conjugale. Les premières années de mariage : un temps décisif
Écouter et accompagner les couples dans les premières années de la vie conjugale et à chaque étape de leur vie
L’expérience des couples au cours des premières années de la vie conjugale requiert une attention particulière. Il s’agit d’une période particulièrement importante pour consolider le lien conjugal et faire face ensemble aux changements qui accompagnent les débuts de la vie familiale, tels que la naissance des enfants et l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle, en redécouvrant sans cesse le sens de l’amour conjugal et familial. C’est un temps où les époux apprennent à relire continuellement leur expérience à la lumière de l’Évangile, en enracinant leur amour dans le Christ et en mûrissant dans la liberté et la responsabilité réciproque. En effet, c’est au cours de ces premières années que se développent nombre des ressources humaines et spirituelles qui aideront les époux à traverser les différentes saisons de la vie familiale. « C’est pourquoi l’engagement de l’Église […] doit être renouvelé et approfondi, afin que ceux que le Seigneur appelle au mariage et à fonder une famille puissent vivre leur amour conjugal dans le Christ », en explorant également les moyens de favoriser des relations de proximité entre les familles, des expériences de soutien mutuel et des formes concrètes de coresponsabilité au sein de la communauté ecclésiale.
Quelles formes d’accompagnement aident le plus les couples, en particulier au cours des premières années de la vie conjugale ? Comment favoriser des relations de proximité entre les familles, des expériences de soutien mutuel et des formes concrètes de coresponsabilité au sein de la communauté ecclésiale ? Comment aider les époux à reconnaître et à valoriser leurs ressources relationnelles, spirituelles, génératives et parentales ? Quelles expériences manifestent la fécondité de réseaux de familles capables de se soutenir mutuellement et de devenir, à leur tour, une présence d’accompagnement et de témoignage pour d’autres ?
4. Dans les difficultés de la vie : accompagner et soutenir
Cheminer avec les familles dans des situations complexes
Une attention particulière est portée aux couples et aux familles qui, à toutes les étapes de la vie conjugale, rencontrent des difficultés relationnelles, sociales ou spirituelles, là où l’Évangile est appelé à se faire encore plus proche : « Nous devons apprendre à évoquer la beauté de la vocation au mariage précisément dans la reconnaissance de la fragilité, afin de réveiller « la confiance dans la grâce » (AL 36) et le désir chrétien de sainteté. Nous devons également soutenir les familles, en particulier celles qui souffrent des nombreuses formes de pauvreté et de violence présentes dans la société contemporaine. » L’échec, la fragilité, l’écart entre l’idéal et la réalité, ainsi que la complexité des situations deviennent eux aussi des lieux où reconnaître l’œuvre de la grâce de Dieu et accompagner les personnes avec respect, patience et espérance.
Quels pas ont été accomplis pour soutenir ceux qui vivent des situations de fragilité ou de difficulté ? Quelles résistances continuent d’émerger ? Comment construire des communautés chrétiennes dans lesquelles ceux qui ont fait l’expérience de la souffrance, de l’abandon, de la séparation et du divorce puissent se sentir réellement écoutés, participants et coresponsables ? Quelles expériences concrètes manifestent déjà aujourd’hui le visage d’une Église toujours plus capable de proximité, de discernement, d’accompagnement et de valorisation, aidant les personnes et les familles à retrouver confiance, à se reconnaître comme membres de la communauté et à faire l’expérience de la miséricorde de Dieu ?
5. Les familles chrétiennes, sujets de la mission de l’Église
Accueillir l’amour conjugal et familial comme élan missionnaire
Selon les paroles de saint Paul VI, « ce sont les foyers eux-mêmes qui se font apôtres et guides d’autres foyers » (Humanae vitae, 26). Les époux témoignent que l’amour n’est pas une réalité statique, mais un chemin dynamique de don continuel de soi : « Nous ne sommes pas faits « pour une vie où tout est acquis et immobile, mais pour une existence qui se régénère constamment dans le don, dans l’amour ». Les époux savent bien que l’on ne cesse jamais d’apprendre les langages de l’amour, jour après jour. Au sein des communautés chrétiennes, les couples ont une manière propre de répondre à la vocation commune à l’amour. Dans un monde qui évolue rapidement, la contribution des familles à la mission de l’Église est plus nécessaire que jamais pour soutenir un « apprentissage de l’amour durable », avec les fruits qu’il porte dans la vie personnelle, ecclésiale et sociale. Malgré les défis imposés par le rythme de la vie contemporaine, les familles demeurent le premier lieu où la foi est transmise aux nouvelles générations (cf. AL 287). Leur mission s’exprime de multiples façons : dans le témoignage quotidien de l’Évangile, dans l’accompagnement d’autres familles, dans la participation à la vie des communautés chrétiennes et dans la contribution qu’elles apportent à la société à travers des expériences d’amour, de soin et de solidarité.
Comment valoriser l’expérience des couples et des familles comme lieu de maturation humaine, spirituelle, ecclésiale et sociale ? Comment accompagner un chemin où la relation conjugale devienne une expérience vivante de croissance dans la foi et dans la vie sociale ? Comment reconnaître et soutenir la contribution des familles à la mission évangélisatrice et à la conversion pastorale des communautés chrétiennes ?
Vatican, 3 juillet 2026
[1] Sauf indication contraire, les citations sont tirées du Message du Saint-Père Léon XIV, publié le 19 mars 2026 à l’occasion du 10e anniversaire d’Amoris laetitia, par lequel le Saint-Père a convoqué la présente Rencontre. »
Source Vatican


